LIVRE IV. — CHAPITRE Ier
croyons toutefois l'avoir vu désigner quelque part, sous le nom d'Amasius.
Jean l'Anglais, dans un séjour de quelques mois à Athènes , fit de merveilleux progrès dans les belles-lettres , les arts libéraux , l'histoire profane , les sciences humaines et particulièrement la philosophie , grandes et sublimes choses qui $ nous l'avons dit , ne s'y enseignaient plus depuis près de quatre siècles. Tous ceux qui entraient en dispute scientifique ou conversaient familièrement avec elle > admiraient la facilité ou plutôt la divinité de son esprit.
Mais, hélas! triomphe de l'intelligence et joie du cœur, tout cela en un seul être , c'était trop
pour ici bas L'amant mourut : Jeanne quitta
la Grèce , s'en vint à Rome étudier la théologie, et singulièrement favorisée par la malencontreuse coutume adoptée dès lors en Occident, de se raser le menton , elle eut , en avançant en âge , moins de difficulté à cacher son sexe. Bientôt elle se mit à enseigner dans les écoles publiques : on vit briller en elle tant de savoir, de subtilité et de bonne grâce qu'elle passa pour un des plus doctes hommes de son siècle : l'honnêteté de ses manières , la modestie de ses discours , la régularité de ses mœurs , sa dévotion et ses bonnes œuvres, étaient en exemple à tout
le monde , et reluisaient comme une lumière devant les hommes (1). Certes , elle dut être bien vive , bien éclatante , cette lumière : car voilà que Léon IV meurt , et que cardinaux , prélats , noblesse et peuple de Rome, les yeux fascinés par les rayons de cet astre éblouissant, portent, par acclamations unanimes , au palais du Vatican , le docte professeur, sans se douter qu'on élève une femme au siège pontifical.
Mais ici se rencontre une grave difficulté. Voilà que cette Jeanne, Dorothée, Isabelle, (quel nom lui donnerons-nous?), née au commencement du ixe siècle , et fille d'un prêtre ravisseur, aurait remplacé sous Charlemagne , en Tannée 810, Léon III, au trône de Saint-Pierre (2); d'autres disent en 816, deux ans après la mort de l'empereur. Il en est, comme nous l'avons dit, qui la font venir après Léon IV et avant Benoit III, savoir : les uns en 853 , d'autres en 854 ; quelques écrivains plus versés dans la chronologie , reportent la mort de Léon IV et l'avènement de leur héroïne à 855.
Nous en trouvons aussi qui la font succéder à Benoit III ; quelques retardataires ne nous la
(1) Malesius, cité dans l'Hùt. de la Papesse, édition de La Haye, 1758, T. Ier, page 18.
(2) Engelhusïus.