LIVRE IV; CHAPITRE Ier
montrent que sous l'empire de Charles III, tantôt en 880 , tantôt en 883; enfin des traîneurs la remorquent au règne d'Àrnould ou Arnolphe , vers Tan 896. La marge est grande, comme on le voit. Pour sortir d'embarras entre les deux points extrêmes , 810 et 896 , prenons le terme moyen de ces deux époques , et nous tombons tout juste à cette année 853 , adoptée par l'éditeur de La Haye et par le plus grand nombre des propagateurs de cette fable. Cela est judicieux; on ne ferait pas mieux sous les habiles équilibristes de notre heureuse époque.
Mais Léon IV n'est mort qu'en 855 ! N'est-ce que cela? Messieurs les hussites le tuent en 853 et la question est tranchée.
Voilà donc Jeanne souverain pontife ; la voilà conférant les saints ordres, faisant prêtres et diacres, ordonnant évêques et abbés, chantant messes , consacrant temples et autels , administrant sacremens , présentant ses pieds pour être baisés , et faisant toutes les autres choses que les papes de Rome ont habitué de faire (1).
L'étude et la pauvreté avaient tenu Jeanne dans une conduite honnête et réglée. Le commencement de son pontificat s'était ressenti de ces
(1) Duhaillan , cité par noire éditeur dé La Haye , T. Ier, page 24.
louables habitudes ; mais la richesse, la we oisive, les délices de la papauté et les suggestions du diable (1), la plongèrent dans l'intempérance. Un familier , à qui il était indispensable, pour nos historiens , de donner la double qualité de chapelain et de cardinal, fut le confident du secret de Jeanne et devint l'amant de l'héroïne. Il survint de ce coupable commerce de graves conséquences. Un beau jour, ou plutôt une belle nuit, I'esprit malin (or, notons que notre historien , esprit fort , croit au diable et à ses apparitions), I'esprit malin, disons-nous, se présente à Jeanne et lui dit :
« 0 vous , pape , qui êtes le père des pères , » vous devez découvrir au monde , par votre » accouchement, que vous êtes une papesse; » c'est pourquoi je vous emporterai en corps et » en âme, afin que vous soyez avec moi (2)! » Grande fut la terreur de Jeanne ; repentante de son péché , elle songeait à s'imposer quelque rude pénitence, quand un ange, nous dit le même historien (3), qui croit probablement aux
(1) Boccatius Bergamensis, cité par le même.
(2) Hist. de la Papesse Jeanne, édition de La Haye, T. Ier, p. 33. — D'après une chronique allemande . — Cam pjdenense.
(3) T. Ier., p. 33 et suiv. fl cite à l'appui, Blanc ei liber indulgent : Rom.