LIVRE IV. — CHAPITRE 1er
par l'historien de La Haye et les autorités qu'il invoque, avec une effronterie d'expressions et un cynisme de détails dignes de cette ignominieuse invention.
Bien absurde est cette fable ! Qui croirait que, durant quelques siècles , la malice perverse de certains hommes l'imposa à la crédule ignorance des peuples , et que des gens de conscience et de savoir se crurent obligés de descendre sérieusement dans l'arène pour briser cette arme que l'on brandissait contre l'Église de Rome ! On vit même , comme nous l'avons dit , se mêler à cette lutte , dans le seul intérêt de la vérité , un partisan de la réforme luthérienne, un ministre protestant, Blondel.
Long-temps on fît observer, aux souteneurs de cette misérable invention , toute l'absurdité, toute l'incohérence de leurs mille récits. On voulait du bruit, du scandale, de l'affliction pour l'Église romaine ; tout fut en rumeur pendant une trop longue période d'années.
On leur opposa l'histoire, les faits, la chronologie. L'histoire mentait, la chronologie mentait : les faits avaient tort, ils mentaient.
On objecta le silence lYAnaslase sur cette étrange aventure; d'Anastase, ce célèbre bibliothécaire de l'Église romaine , écrivain du
ixe siècle , historiographe des papes, secrétaire
de Léon IV et de quelques uns de ses successeurs.
Ils répondaient qu'Anastase ne vivait plus à
cette époque! Confondus sur ce point par
l'autorité de l'histoire, ils affirmaient qu'Anastase n'était pas l'auteur de la vie des papes... Convaincus encore d'erreur, ils s'écriaient hardiment : « Qui vous dit qu'Anastase n'ait pas parlé de la papesse ?
— Les écrits , les manuscrits de cet historien.
— Les manuscrits ! On les a torturés , tronqués !
— Non seulement le silence d'Anastase vous accuse , leur disait-on ; mais des faits articulés dans ses écrits excluent l'existence de votre Jeanne.
— Des faits ! des faits ! dites des intercallalions frauduleuses, des additions mensongères.» Telle était leur réponse.
Si on leur citait les autres écrivains du ixe siècle , ceux du xe et du xie qui ne parlent pas plus qu'Anastase de la fabuleuse héroïne :« Tous ces écrivains , s'écriaient-ils , étaient pour la plupart de lâches adulateurs et de complaisans ministres du Saint-Siège, sur lequel ils n'auraient pas osé faire rejaillir une aussi grande flétrissure. »