LIVRE ilT- CHAPITRE II
Gerberge vint, avec ses deux enfans, chercher un refuge chez son père et implorer sa protection.
Desiderio avait à venger une double injure ; l'occasion d'ailleurs s'offrait belle à lui de jeter le désordre dans la monarchie des Francs, dont le chef était aux prises de nouveau avec les Saxons révoltés.
Le roi lombard employa promesses, flatteries, menaces même , auprès du pape , pour obtenir que ses deux petits-fils fussent sacrés et proclamés rois des Francs (1).
Adrien 1er, fils de Théodule, duc de Rome (2), occupait le trône pontifical ; ce pape , trop clairvoyant pour se laisser prendre au piège , répond aux envoyés de Pavie : « Je désire avoir la » paix avec tous les chrétiens, et principalement » avec votre roi; mais quelle foi puis-je accor- » der aux promesses de celui qui , ayant juré à » mon prédécesseur Etienne, sur le corps du » bienheureux saint Pierre , de reconnaître et » de respecter tous les droits de l'Église , a failli » à sa promesse (3)? »
(1) Hegëwisch, Histoire de Charlemagne 3 traduit de l'allemand, page 116. — Puffnedorff , Histoire générale. — Histoire de l'Eglise, par B.-B. — Giulini. — Mansoni.
(2) Anastase , In Adrian.
(5) « Pacem quidem cum omnibus Christianis pi^vcipuè
Adrien se hâte d'informer secrètement Charles des démarches hostiles du roi des Lombards. Avant que cet avis parvînt au roi des Francs , Desiderio , irrité de la résistance d'Adrien , avait pénétré dans l'exarchat, s'était emparé de Ferrare ? de Commachio et de Faënza ; bientôt Sinigaglia (1), Urbin et plusieurs autres villes du patrimoine de saint Pierre, furent saccagées par ses troupes.
Charles venait de faire les premiers essais de sa puissance contre les Saxons , quand il reçut ces désastreuses nouvelles. Il retournait vainqueur, après avoir été détruire à Eresbourg (2) le temple d'Irminsul et brisé l'idole de ce dieu de la guerre chez les vieux Germains. Comme celle de Pépin , cette expédition avait eu une plus rapide issue que ne l'avait espéré Desiderio.
Tout triomphant qu'il est, le roi des Francs hésite à porter ses armes en Italie; il tente d'abord la voie des négociations (3) auprès du roi
» cum rege vestro habere desidero. Sed quomodo credam » ei qui Stephano decessori meo fldem ante corpus B. Pe- » tri jure jurando datant, de jure ecclesiœ retribuendo fe- » fellit? » — (Gesta Pont, rom., T. rr, page 386. )
(1) Puffendokff, Histoire de l'Univers, T. II, page 67,
(2) Aujourd'hui Stadberg , en Westphalie.
(3) Puffendorff dit le contraire :
D'après cet historien, Desiderio se serait empresse d'envoyer à Charles des ambassadeurs pour détruire les accusa