LIVRE IV. — CHAPITRE IF
voitée de nouveau par Constantinople , était le seul héritage que lui eût laissé son père.... Singulière dérision que de voir la couronne impériale de Charlemagne tomber, un demi-siècle après la glorieuse fondation du grand empire d'Occident, sur le front d'un simple roi de Lombardie !
Aussi , le jeune empereur avait-il été mécontent du partage opéré par Lothaire. L'Italie était un don de son aïeul ; il pensait avoir le droit de venir en concurrence avec les autres princes carlovingiens ? pour le partage du reste des États de son père. Il se plaignit ; mais trop peu puissant pour soutenir ses prétentions les armes à la main , ou trop sage pour ensanglanter de nouveau l'empire par de semblables querelles , il s'en tint à des remontrances modérées qui restèrent sans grand résultat (1).
Peut-être Louis II aurait-il dû s'applaudir de
(1) Selon de vieilles annales , il aurait obtenu * de Charles , roi de Provence , son frère , vers l'année 859, l'abandon de la portion du royaume attribuée à ce dernier au delà du mont Jura , et qui comprenait Genève , Lausanne et Sion , capitale du Valais , avec leurs évêchés et leurs monastères. Mais , qu'était cette cession auprès de la part à laquelle il croyait devoir prétendre? Aussi, le verrons-nous plus tard renouveler ses doléances et ses démarches.
* Afin. Franc, Bertiintanï. — Muratori. T. v, p. 56.
n'avoir pas à soutenir à lui seul le poids du sceptre de Charlemagne. Son aïeul , si brillant comme roi d'Aquitaine, avait plié sous le fardeau , quand la couronne du fondateur de l'empire d'Occident
vint à presser son front trop faible pouvait-il
se flatter de réussir mieux que lui ? mieux que Lothaire?... Tels sont les embarras que laissent après eux ces grands capitaines dont la vaste ambition n'est pas rassasiée alors même qu'elle a fait courber sous le joug la moitié de l'univers. La mort les surprend au faîte de la puissance , rêvant encore gloire et nouvelles conquêtes. Ils meurent : une caisse de marbre ou de plomb renferme cette tête qui se sentait à l'étroit dans les limites du plus grand empire du monde : la lourde épée du conquérant tombe aux mains de quelque débile successeur qui la laisse cheoir à terre, faute de la pouvoir tenir; ou bien la pourpre souveraine, trop immense pour les chétives proportions du malheureux héritier, est mise en lambeaux par une avide meute d'impuissans compétiteurs.
Nous disons que Louis II appela injuste le partage fait par son père. Qui sait si i\ cette injustice le jeune empereur ne dut pas sa gloire j et l'Italie son repos et son salut. Exempt dei soucis que lui eût attirés l'empire réel d'Occi-