‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 216 sur 246 · LIVKE IV. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVKE IV. CHAPITRE II

Pourquoi faut-il que , plus tard, ce prince jj dont la vie est si belle et presque sans tache , commette dans sa querelle avec Charles-le- Chauve , pour l'héritage de son frère Lothaire , la faute de recourir à l'intervention du pape Adrien? Démarche imprudente dont un éclair d'énergie de Charles-le-Chauve fera momentanément tourner les conséquences à la confusion du Saint-Siège, qu'il est toujours déplorable de voir compromettre dans sa dignité ; démarche d'autant plus inopportune que le pontificat de Nicolas Ier venait à peine de finir, et qu'elle semblait sanctionner les maximes de ce pape plus hardi qu'aucun de ses prédécesseurs.

Comment Louis II , roi et empereur, put-il mettre en oubli que Nicolas Ier avait plus gourmande l'archevêque Hincmar pour avoir déposé Rothade , évêque de Soissons , que l'évêque Vénillon et ses complices, pour avoir osé prononcer la déchéance d'un roi de France, de Charlesle-Chauve?... Mais il nous reste à signaler bien des actes méritoires de Louis II , avant d'aborder le récit des événemens qui firent commettre cette faute au jeune empereur.

Les premières années qui suivirent la mort de Lothaire , furent , comme nous l'avons vu , employées par l'empereur Louis à raffermir

l'ordre et le règne des lois dans ses États dont il ne recula que faiblement les limites , malgré ses justes sujets de plainte contre le partage de l'hérédité paternelle. Il fît ployer l'orgueil de ses grands , notamment des ducs de Bénévent et de Salerne : il maîtrisa l'impatiente ambition du clergé , et quoiqu'il ne combattît encore qu'avec des chances diverses les Sarrasins qui infestaient l'Italie, il avait fait de la Lombardie, dès ces premières années , la suzeraine protectrice , le bouclier de toute la Péninsule.

À tous ces soins vinrent se joindre d'autres graves sujets de préoccupation pour le fils de Lothaire.

La révolte , la guerre étrangère , l'intempérie des saisons qui quelquefois pèse sur un peuple aussi lourdement qu'une guerre , fondent toutes à la fois sur la Lombardie , et fournissent à Louis II l'occasion de développer une infatigable activité, une vigueur de résolution peu commune et un ardent amour pour ses peuples.

Les auteurs contemporains (1) racontent qu'il tomba en 860 une si grande quantité de neige en Italie, que les routes et les champs en furenl encombrés pendant près de la moitié de l'an-

(1) Aindkkas, PrëSBYTER., Chron. T. [**, aiin., 860.

LiVKE JV. CHAPITRE II. 459

née. Dans presque toutes les localités , les grains ensemencés se gelèrent sous les sillons ? aussi bien que toutes les vignes sur les coteaux. Le vin même gela au point, dit l'historien Andréas , qu'on dut briser les vases ou les cuves qui le contenaient.

Les Annales de Fuldes(l) ajoutent que la mer Adriatique fut prise aussi par la glace , de telle sorte que les marchandises , qui d'ordinaire arrivaient à Venise sur des vaisseaux , y furent transportées à cette époque sur des chevaux et des charrettes.

La misère fut grande dans tout le nord de l'Italie. La sage administration de Louis II prévint les troubles qu'aurait pu amener ce désastre i et son inépuisable munificence répara bien des maux.

On lit dans les Annales de Metz que la môme année , l'empereur eut à soutenir contre les Es-

(1) Mare Ioniiim giaciali rigore ità constrictum est , ut mercatores qui nunquàm anteà nisi vecti navigio , tune in equis quoque et carpentis mercimonia ferentes Venetiam fréquentaient.

Muratori , après cette citation, ajoute : *

Qui si parla délia cita Italica di Venezia, la oui lagilna anche nelrigoroso ver no del 1709 , talmente aggliiacciata si vide , che su pel ghiaccio dalle carrette c da i cavallï convenue portarvi le mercatanzie ,, e le provisioni del viito.

* Mubatobi', Antud'ItaL, T. v, ann. 800.

clavons une guerre qu'il signala par d'éclatantes victoires (1). Les anciennes chroniques italiennes ne relatent pas ces faits sur lesquels Muratori lui-même ne jette aucun jour, mais qu'il ne dément pas.

Quant à la rébellion , elle fut suscitée par un homme comblé des faveurs de Louis. Ce personnage ? du nom d'Hubert , oublieux des bienfaits reçus y traître à son devoir , et profitant des embarras suscités à Louis par les Esclavons , avait fait alliance avec les Bourguignons contre l'empereur. Louis envoie contre cette ligue Conrad qui , à la tête de bonnes troupes , répond à la confiance de son maître. Une bataille s'engage; elle est terrible , sanglante , disputée; mais Hubert est tué au fort de l'action ; ses troupes déconcertées lâchent pied : le désordre se met dans les rangs des rebelles dont les impériaux font un grand carnage (2).

Ainsi y tandis que tous les monarques autour de lui voyaient leur puissance décroître, Louis II affermissait la sienne , soit par la gloire de ses armes , malgré quelques insuccès contre les Sarrasins, soit par les nouveaux titres qu'il ac-

(1) Plurima betia strenuissima gessit (860) adversùs Sdavorum gentem. ANN. FRANC., METENSES.

Cl) MURATORI , Afin. f/7/.,ann. 860.

Page 1