‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 217 sur 246 · LIVRE IV. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE II

quérait chaque jour à la gratitude et à l'affection non seulement de ses sujets lombards , mais encore de toute l'Italie.

Mais quel orage impétueux, inattendu s'élève sur Rome? Pourquoi l'empereur Louis, revenant du royaume de Naples, après une expédition infructueuse contre les Sarrasins , tournet— il tout à coup ses armes contre le Saint-Siège? Ses troupes commettent les plus graves excès : le sang coule. Rome elle-même est menacée de pillage et de destruction par celui qui s'en est constamment montré le zélé défenseur !

La cause de cette colère subite de Louis II faisait alors grand bruit et grand scandale dans le monde. Elle préparait à la papauté un grand triomphe , celui de voir un roi , descendant de Charlemagne, venir humblement , à trois cents lieues de la capitale de ses États , plaider devant le chef de l'Église de Rome, pour conjurer les foudres que le Vatican brandissait sur sa royale tête. Ce roi , c'était Lothaire, fils de l'empereur de ce nom et frère de Louis IL

De bizarres complications ont rendu fameuse cette aventure dont Lothaire est le triste héros. k cet intéressant épisode nous rattacherons plus

(1) GiULUNi. — MuRATOiu , anno 863.

tard , les noms retentissans de Berthe , d'Hermengarde et du roi Hugues.

Lothaire , roi de Lorraine, avait épousé Theutberge ? fille du comte Boson. Dégoûté de cette princesse après une année de mariage , et aveuglé par le frénétique amour que lui inspire Waldrade, sa concubine, jeune et belle femme, au cœur faible et tendre, à Famé ardente et passionnée , il répudie Theutberge qu'il ose accuser d'inceste avec son frère. La malheureuse reine est d'abord justifiée par l'épreuve de l'eau bouillante ; bientôt , poussée à bout par les menaces, les mauvais traitemens et la crainte de la mort, elle s'avoue coupable... mais elle ne l'était pas , la pauvre femme ! Son aveu ne fut que ce cri mensonger de la douleur et du désespoir qu'arrache la torture. Le mariage de Lothaire est dissous par un concile de huit évoques tenu à Aix-la-Chapelle. On renferme l'infortunée Theutberge dans un cloître, et Lothaire épouse Waldrade.

Theutberge parvient à s'échapper de sa prison, elle cherche un refuge à la cour de Gharles-le- Chauve et implore le secours du souverain pontife.

La loi romaine, qui permettait le divorce , el qui s'élail long-temps maintenue après Constan-

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un, laimissait sous la loi de l'Église qui veut, et a du reste raison de vouloir, que le mariage soit considéré, non seulement comme le plus important des contrats civils, mais encore comme un lien sacramentel et indissoluble. Mais la menace , la coercition dussent-elles servir au triomphe de sa volonté et du bon droit , sont de dangereux moyens pour l'Église, car elles ne font qu'enfanter trop souvent le bruit et le scandale. Charlemagne, à l'exemple de plusieurs rois de la première race , avait répudié sa femme pour en épouser une autre. Rome s'en était émue peutêtre , mais le pape Etienne n'avait osé hasarder aucune censure. Les temps étaient changés. Depuis près d'un demi-siècle, Charlemagne était descendu du trône dans la tombe , et Rome avait pour pape Nicolas Ier (1). L'impérieux pontife enjoint aux évêques de Gaule et de Germanie de se rendre immédiatement à Metz , d'y citer Lothaire en présence de deux légats de Rome , et, après l'avoir entendu, de prononcer un jugement canonique. Le concile de Metz et les légats du pape eux-mêmes, gagnés par les larges-

(1) Il est juste toutefois de reconnaître que plusieurs historiens accusent Adrien d'avoir non seulement approuvé I e divorce de Charlemagne, mais de l'avoir conseillé, en haine des princes lombards.

ses de Lothaire, confirment le divorce contre l'attente du pontife. Nicolas réunit aussitôt en concile tous les évoques d'Italie. On casse les conciles de Metz et d'Aix-la-Chapelle. Une sentence de déposition est prononcée contre les archevêques de Cologne et de Trêves qui se sont montrés les plus ardens soutiens de Waldrade. L'archevêque de Cologne Gonthier (1), bien différent de cet autre archevêque de Cologne , notre contemporain, qui vient d'expier dans les prisons du roi de Prusse son opposition à l'intolérance du protestantisme et son zèle pour l'orthodoxie romaine, le fougueux Gonthier écrit aussitôt à toutes les églises : ce Quoique le sei- » gneur Nicolas, qu'on nomme pape, et qui » se compte pape et empereur, nous ait ex- » communié , nous avons résisté à sa folie. » S'adressant ensuite, dans son écrit, au pape lui-même : « Nous ne reconnaissons point, » ditil, « votre maudite sentence, nous la méprisons; » nous vous rejetons vous-même de notre com- » munion , nous contentant de celle des évo- » ques, nos frères, que vous méprisez. » On dit qu'un frère de l'archevêque de Cologne porta

(1) On croil assez généralement que Gonthier étaitfrère de Waldrade.

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