LIVRE Ier. CHAPITRE II
veur des papes , de quelques unes des contrées récemment conquises , et dans l'appui qui leur fut accordé par la dynastie nouvelle , en ce sens que cette consécration de la suprématie et de l'unité de la puissance religieuse réagit contre la féodalité en faveur de l'unité et de la puissance monarchique.
Remarquons d'ailleurs qu'aucune des prérogatives de la couronne , aucun intérêt de la nation franque , ne furent sacrifiés dans ces concessions de Pepin-le-Bref et de Charlemagne.
Bien mieux , en élevant les papes , en se réservant une sorte de droit d'investiture pour leur élection, en les dotant d'un pouvoir temporel soumis , sous quelque rapport , à leur souveraineté l les carlovingiens > loin de rien sacrifier à la papauté , donnèrent un éclat nouveau à la couronne des rois francs (1).
Nous venons de dire que les rois qui avaient
(1) Parmi les engagemens contractés par Charles, à regard du Saint-Siège , il en est un ( et c'est le seul ) qui faillit porter quelque perturbation dans une partie de ses Etats , comme froissant des croyances ou au moins des usages séculaires.
Le pape , ayant obtenu de ce monarque , la promesse de ne tolérer que le rit romain dans toutes ses possessions , Charles tenta d'abolir le rit ambroisien , suivi , depuis le IVe siècle , à Milan et dans quelques villes lombardes. Il ordonna de jeter au feu tous les livres enseignant ce rit. Des troubles graves agitèrent aussitôt Milan et auraient
doté les papes d'un pouvoir temporel, avaient fait réserve, au moins implicitement, pour euxmêmes, du droit de souveraineté. On a vu que telle est l'opinion de Puffendorff, tel est aussi l'avis de la plupart des historiens.
Cette assertion a rencontré des contradicteurs ; cependant que de faits nous aurons à citer à l'appui!
L'élection du pape soumise à la sanction des empereurs d'Occident.
Le serment de fidélité que prêtaient aux empereurs, les grands, le clergé, le peuple de Rome et les souverains pontifes ; Rome leur envoyant sa bannière et les clés de Saint-Pierre.
L'intervention des empereurs dans les troubles de Rome , comme pacificateurs , comme arbitres , et quelquefois commejugesdespapeseux-mêmes.
La présence des mmir/oramici à Rome, comme dans les autres provinces de l'Italie soumises à la domination des Francs ; la nature même de quelques plaintes formulées par certains papes contre ces commissaires , non pas sur leur mission en elle-même, mais seulement à raison de
gagné toute la Lombardie , si le roi , mieux avisé , n'eût retiré ses ordres. Le pape n'osa plus insister auprès du monarque pour la stricte exécution de sa promesse. Le rit ambroisicn continua à être toléré. Milan le suit encore aujourd'hui et le conserve sans altération depuis quatorze siècles