‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 29 sur 246 · LIVRE Ier. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Ier. CHAPITRE II

leur manière trop souvent abusive de la remplir.

Certes toutes ces prérogatives ne pouvaient ressortir du seul titre de patrice qu'avaient accepté les rois francs avant leur conquête , et au dessus duquel , comme nous le verrons , s'élevait encore l'autorité suprême de quelque souverain à qui le patrice rendait hommage.

Au surplus ces droits , réservés ou non , eurent le sort de tant d'autres droits plus ou moins équivoques , respectés quand la force est là pour les soutenir, éludés ou enfreints ouvertement quand ils n'ont pour appui que la faiblesse ou l'impuissance.

Bientôt on fît plus que de contester la souveraineté aux successeurs dégénérés des monarques de qui émanait le pouvoir temporel de l'Église ; nous verrons les papes , nous verrons les évêques eux-mêmes , enhardis par les fautes et la faiblesse des rois , lancer leurs anathèmes sur des têtes couronnées , prononcer des déchéances , et pourvoir, selon leur volonté , rarement exempte de passions, à la vacance des trônes. Objectait-on que, comme vicaires de Jésus-Christ, les papes, pas plus que les évêques , n'avaient aucun droit réel sur les biens temporels de ce monde, les partisans de cette domination nouvelle prétendaient alors trouver son origine dans les conces-

sions Je Pépin et dans la consécration de sa royauté par les papes.

« Or, s'écrie à ce propos un célèbre historien » d'Allemagne (1), comment admettre que ce » monarque , en leur donnant ces biens , ait ja- » mais eu l'intention de les élever au dessus de » lui, de leur attribuer une puissance séculière » supérieure à la sienne et à celle de ses succes- » seurs au trône. La prétention contraire est » aussi mal fondée par les lois humaines que par » les lois divines. »

Quant aux sacres successifs de Pépin et de Charles, sur lesquels on s'est fondé aussi pour attribuer un pouvoir exorbitant à la papauté, voici ce que dit le même historien.

« Tout ce à quoi les papes ont contribué pour » faire prendre à ces princes la qualité ou de » roi ou d'empereur, n'a proprement été qu'une » cérémonie pour leur faire ajouter le nom à la » chose qu'ils possédaient déjà. »

Nous ajouterons toutefois que cette solennité, mêlant le nom de Dieu et les rits de son Église au prestige de la victoire , fut plus qu'une vaine et stérile cérémonie. De nos jours encore, les

(1) De Heiss, Histoire d'Allemagne. — Puffkndorff, Histoire universelle y T. v. — Emp. d'Allemagne, liv. v, chap. n.

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