‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 33 sur 246 · LIVRE Ier. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Ier. CHAPITRE II

retraites; harcelant , fatiguant l' ennemi , ne lui laissant aucun repos , l'assiégeant dans son propre camp , et transformant ainsi la défense en agression!... Vous êtes de la nation des Francs, duc d'Aquitaine , et les hommes qui s'arment à votre voix sont des Lombards , et les guerriers dont les rangs s'éclaircissent sous vos coups forcenés sont des Francs ! ! . . . Laissons venir la justice de Dieu !

L'armée conquérante s'est enfin réunie toute entière sous les murs de Pavie. On parle de la venue prochaine du roi des Francs , de Charles l'invincible. Tandis qu'à cette annonce Hunoald sent s'accroître son énergie et sa soif de vengeance , décimés par les rigueurs d'un long siège, dévorés par les maladies , livrés aux horreurs de la famine , exposés à toutes les conséquences d'un dernier assaut, les habitans de Pavie sentent faiblir leur constance : ils éclatent en plaintes contre l'étranger qui cherche en eux les instrumens de sa vengeance personnelle. Les plaintes sont bientôt suivies de menaces. Hunoald oppose un front serein aux rumeurs de la multitude. On court aux portes de la ville pour les livrer aux Francs ; le duc d'Aquitaine tente un dernier effort pour arrêter la foule délirante qui, un moment, s'apaise sous la

fascination de sa parole et de son regard ; mais , après cet éclair d'hésitation , l'orage populaire recommence à gronder avec plus de force ; des femmes échevelées (1), et l'on en voit toujours serpenter dans les émeutes , poussent des rugissemens de mort contre celui à qui elles imputent tous les maux de la cité : le tumulte s'accroît, les cris redoublent ; la rage, le désespoir arment des bras homicides. On se rue de toutes parts sur Hunoald, qui, tombant percé de mille coups , semble heureux de mourir, lui fils d'Eudes , lui père de Waifre , avant qu'un dernier triomphe assure l'entière conquête de la Lombardie au petit-fils de Charles -Martel , au fils de Pépin , à Charles dont il fut le vaincu et le captif.

Telle fut la fin tragique de ce prince , qui , sous l'inspiration de sa haine héréditaire et privée, arma l'étranger contre son pays.

Tel est le sort de presque tous les hommes qui , pour servir leurs passions fougueuses , veulent remuer et maîtriser la multitude. Jeu terrible ! les masses qu'ils osent soulever retombent bientôt sur < esSisyphes d'un jour et les écrasent.

Hunoald, mort, eihporta <i;ms sa tombe toutfe l'énergie de Desiderio qui, se hâtant de livrer

(1) Avmkïij., Histoire de France, T. i", page 575.

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