LIVRE I". CHAPITRE Ier
marche du chef de l'Église , cherchant , dans le secret mobile de cette démarche , un prétexte pour refuser toute gratitude à son heureuse issue , sa haine accuse le pontife d'avoir, dans cette circonstance, agi plus pour lui-même que dans l'intérêt de l'empire.
A l'injustice , à l'ingratitude , vient se joindre la perfidie la plus noire ; impuissante pour s'assouvir ouvertement par la force, cette haine implacable ourdit dans l'ombre de lâches tentatives d'assassinat contre le pontife; mais les trames de Léon sont découvertes , elles échouent par le zèle des Romains qui, révoltés de tant d'iniquités et se formant en république, défèrent au pape Grégoire, sur la ville et le duché de Rome, une sorte de surintendance qu'on regarde comme le principe de la souveraineté des papes (1).
(1) Histowe de l'Église, par Berault-Bercastel , T. iv, pag. 76.
Puffendorfffait remarquer que les souverains pontifes ne devinrent seigneurs de Rome que long-temps après , et que ce ne fut même pas dans cette ville qu'ils obtinrent d'abord la souveraineté temporelle , mais bien plutôt dans l'exarchat de Ravenne , dans le Pentapole ( ou marche d' Ancône ) et dans le duché de Rome.
« Pendant cette espèce d'interrègne que les Romains se » procurèrent par leur rébellion , ajoute cet auteur, il y eut » toujours dans leur ville quelques officiers des empereurs
L'empereur envoie des troupes contre Rome ; les Lombards , qui cependant ont eu de récens motifs de plaintes contre le pape , marchent à son secours et le sauvent du péril qui le menace.
La fureur de Léon , qu'exaspèrent tant d'obstacles ? éclate en nouveaux édits ; l'Italie répond à ces menaces par une insurrection nouvelle.
On brise les statues de l'empereur; on chasse ses délégués ; on parle de marcher jusqu'à sa capitale pour le renverser du trône : le pape parvient à empêcher l'exécution de ce projet au moins téméraire (1).
Luithprand met à profit ces désordres et tourne contre le Saint-Siège des armes qu'il semble n'avoir prises d'abord que pour sa défense; il réunit sous sa domination une partie de la Romagne et de la marche d'Ancône ; son ambition croissant avec le succès , il marche sur Rome, sous prétexte d'aider l'exarque de Ravenne à faire rentrer les Romains sous l'obéissance des empereurs. Ses troupes étaient déjà campées dans les prairies de Néron , situées entre le Ti-
» grecs. » (Puffendorff, Introd. à l'Histoire de l'Univers 9 T. il , pag. 63 , Mit. in-ft°. )
(1) Teop., an VII. PUFFENDQRFF , Introd. à l'Histoire de l'Univers, T. Il, pag. 61, HÙt, de t'ÉgL, par B.-IV , T. IV , pag. 77 et 78.