LIVRE Ie'. CHAPITRE IV
cate d'offrir au nouvel empereur la main d'Irène, et de lui faire entrevoir la possibilité de réunir, par cette union , sous le même sceptre , les deux empires d'Orient et d'Occident.
Charles était alors maître de toutes les Gaules , de la Germanie et des régions nordiques où n'avait jamais pénétré l'aigle romaine. La Pannonie, une partie de l'Espagne, la Lombardie, Rome enfin , cette ancienne maîtresse du monde , reconnaissaient sa souveraineté.
La vaste ambition de Gharlemagne s'émut un moment à l'idée de tenir sous sa loi le double et gigantesque empire rêvé par Irène. On dit que l'ambassade renvoyée par ce prince à Constantinople, eut lieu de flatter l'impératrice; mais Nicéphore , patrice et grand trésorier , soulevant tout à coup les familles puissantes, blessées de ce qu'on diminuait les revenus de leurs charges pour se ménager l'affection des peuples par la réduction des impôts , mit fin à ces chimériques projets. Il se saisit de la couronne, fit arrêter l'impératrice, et la relégua dans l'île de Lesbos où elle mourut peu de temps après.
Irène avait régné seule pendant cinq ans : c'est la première femme qui ait occupé , en son nom, le trône des Césars.
Charlemagne, après avoir passé l'hiver à t. i. 8
Home, se rendit à Spoletti (1) et à Ravenne, où , pour assurer le bien-être des peuples d'Italie et réprimer bien des abus, il publia quelques nouveaux décrets qui furent ajoutés au code des lois lombardes.
Plusieurs de ces édits ne mentionnent le concours ni d'un synode, ni de Pépin, que l'empereur réduisait souvent à être plutôt roi de nom que de fait (2).
C'était une faute : quand vous créez une dignité, une charge quelconque, si vous voulez que celui qui en est investi impose aux hommes , aux peuples qui ressortentde son autorité, commencez vous-même par ne pas empiéter sur ses droits et ses prérogatives. Ne point agir ainsi peut quelquefois être sans danger pour le moment, mais l'exemple est presque toujours fu-
(1) Pendant le séjour de l'empereur à Spoletti , on ressentit , en Italie , les secousses de ce fameux tremblement de terre qui , entre autres grands dommages , occasionna la chute de presque toute la toiture de la basilique de Saint- Paul, à Rome. Ce fut, selon plusieurs historiens, par suite de ces désastres et pour calmer la colère céleste , que le pape Léon institua, à Rome, les Rogations 9 pour les trois jours qui précèdent la fête de Y Ascension. Cette cérémonie existait en France depuis le Ve siècle. Giulini en fait remonter l'établissement aussi à cette époque pour Milan.
(2) Il est même à remarquer que, dans la plupart de ces rapitulaires, l'Italie n'esl considérée qne comme une province de l'empire. Cunctis reipubliccsminùtris per provinriarn Italie? à nostrà mansiictiatinc pnrpositis.