LIVRE Tr. CHAPITRE Ier
» différens qui ne doivent pas même porter » leurs regards dans leurs districts séparés. . .
» C'est vous qui faites la guerre que souffre l'É- » glise; tenez-vous en repos, elle sera en paix, » et les désordres finiront.
» La religion jouissait d'une paix profonde » quand vous avez excité les combats et les scan-
» dales
» Vous croyez nous épouvanter en disant : J'en- » verrai à Rome briser l'image de saint Pierre, » et j'en ferai enlever le pape Grégoire chargé » de chaînes , comme autrefois le pape Martin ; » mais ignorez-vous comment la haine que vous » portez à l'Église a soulevé tout l'Occident » contre vous ? Vous êtes moins pour nous un » objet d'alarme que de pitié. Nous avons eu la » douleur de voir abattre vos portraits et de les » voir fouler aux pieds.
» Les Lombards, les Sarmates et d'autres » peuples du Nord ont fait des courses dans la » province de Ravenne, se sont emparés de » cette ville, et ont chassé vos officiers pour » mettre les leurs. Ils veulent traiter de la même » manière celles de vos places qui sont les plus » proches de nous , sans en excepter Rome. Et T. i. 2
» quelles sont vos ressources pour les défendre ? » Restez donc convaincu que vos menaces ici » n'ont rien de terrible. Les papes, au contraire, » sont devenus des médiateurs utiles pour vous » entre l'Orient et l'Occident (1). »
Le prêtre Georges, chargé de porter ces lettres à l'empereur, fut arrêté en Sicile, avant même de parvenir à Constantinople. Un ordre de Léon le frappa d'exil. Ainsi procèdent les despotes de tous les temps. Un message déplaît ; s'ils ne peuvent atteindre celui de qui il émane , leur rage stupide poursuit et frappe le messager. D'autres exhortations du pontife n'ont pas un plus heureux résultat. L'empereur, toujours plus irrité, arme de nombreux vaisseaux que les flots de l'Adriatique détruisent en vue de cette Italie qu'ils sont venus menacer. Ce coup fut fatal à sa puissance en Occident.
Luithprand, dont l'ambitieuse politique s'est servie du zèle religieux des Italiens pour affaiblir l'autorité des empereurs grecs, se sentanl si bien secondé par l'imprudent Léon , et par le récent désastre de sa flotte, croit le moment venu enfin d'établir et d'étendre en Italie son autorité sur les débris du pouvoir impérial.
(1) Histoire de l'Eglise, par B.-J5. , T. i\ , p. 81 v\ 82.