‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 7 sur 246 · LIVRE I1. CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE I1. CHAPITRE Ier

Des motifs de querelles manquent rarement entre des États contigus. À défaut de motifs fondés , la force et l'astuce savent au besoin se créer des prétextes. Ainsi fait Luithprand en cette occasion : disons mieux \ il reprend les armes sans daigner chercher une excuse à son agression nouvelle ; quatre villes dépendantes de l'État romain tombent en son pouvoir , et son armée reparaît plus menaçante que jamais sous les murs de Rome.

Le péril était imminent : Léon , quand bien même il l'eût voulu , n'aurait pu secourir le pontife ; le reste de l'Italie tremblait au seul nom du roi lombard. Grégoire ne vit de salut que dans la protection du héros qui , à cette époque , remplissait le monde du bruit de ses triomphes et de sa gloire.

Charles-Martel, sans porter en France le titre de roi, en avait toutes les prérogatives et toul le pouvoir. Les exploits de ce prince avaient rendu redoutables au loin le nom et les bannières de la France.

Grégoire III invoque son secours contre ce qu'il appelle , dans sa supplique , la violence et l'avidité sacrilège de Luithprand.

ce Gardez-vous d'ajouter foi aux propos arti- » ficieux des Lombards, ajoute le pontife. Pour

» vous assurer de l'état des choses , envoyez » ici quelque ministre fidèle qui voye de ses » propres yeux les excès de la tyrannie sous » laquelle nous gémissons , l'opprobre de l'É- » glise , la spoliation des autels , les flots de » larmes et de sang des citoyens et des pèle- » rins. »

Grégoire conjure ensuite Charles-Martel de ne pas préférer l'amitié des rois lombards à celle du chef de la chrétienté.

Parmi les titres dont il flatte sa puissance , on remarque celui de prince Très-Chrétien (1), que , pendant plus de dix siècles, nos rois se sont transmis comme un des droits de la couronne de France.

Le zèle et la politique de Charles-Martel se trouvèrent combattus par les sollicitations du Pape.

Éprouvé par trente ans de règne , Luithprand, prince habile et d'une grande valeur , avait rendu naguères à la France un service signalé. Les Sarrasins s'étant emparés , peu de temps auparavant , d'Avignon , de Marseille et de quelques autres villes de la France méridionale, Charles-Martel avait demandé contr'eux l'assis-

(1) Gesta Pontif. rom. , in-f°, T. r , page 360.

Page 1