‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 10 sur 137 · LIVRE !"• — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE !"• — CHAPITRE II

L'élection du pape soumise à la sanction des empereurs d'Occident ;

Le serment de fidélité que prêtaient aux empereurs , les grands , le clergé » le peuple de Rome et les souverains pontifes ; Rome leur envoyant sa bannière et les clefs de Saint-Pierre;

L'intervention des empereurs dans les troubles de Rome , comme paciGcateurSy comme arbitres, et quelquefois comme juges des papes enx-mèmes;

La présence des missi dominici à Rome , comme dans les autres provinces de l'Italie soumises à la domination des Francs ; la nature même de quelques plaintes formulée par certains papes contre ces commissaires , non pas sur leur mission en elle-même , mais [seulement à raison de leur manière trop souvent abusive de la remplir.

Certes toutes ces prérogatives ne pouvaient ressortir du seul titre de patrice qu'avaient accepté],les rois francs avant leur conquête , et au-dessus duquel , comme nous le verrons, s'élevait encore l'autorité suprême de quelque souverain à qui le patrice rendait hommage.

Au surplus ces droits , réserva ou non , eurent le sort de tant d'autres droits plus ou moins [équivoques , respectés quand la force est là pour les soutenir , éludés ou enfreints ouvertement quand ils n*ont pour appui que la faiblesse ou l'impuissance.

Bien têt on fit plus que de contester la souveraineté aux successeurs dégénérés des monarques de qui émanait le pouvoir temporel de l'Église; nous verrons les papes, nous verrons les évêques euxmêmes , enhardis par les fautes et la faiblesse des rois , lancer leurs anathèmes sur des têtes couronnées , prononcer des déchéances , et pourvoir , selon leur volonté , rarement exempte de passions , à la vacance des trônes. Objectait-on que , comme vicaires de Jésus- Christ , les papes , pas plus que les évêques , n'avaient aucun droit réel sur les biens temporels de ce monde , les partisans de cette domination nouvelîe prétendaient alors trouver son origine dans les concessions de Pépin et dans la consécration de sa royauté par les papes.

« Or , s'écrie à ce propos un célèbre historien d'Allemagne ' , » comment admettre que ce monarque , en leur donnant ces biens ,

' hKÏlKiss,BUtoire d'Allemagne, -^VutTEKDOWff Hiêtoire univer$ell$, t. Y. — Emp, d^ Allemagne, liv. 5, ch. 2.

38 PKEMliM BPOtHTK-

» ait jamais eu rintention de le» élever au-dessus de lui » de leur » attribuer une puissance séculière supérieur à la sienne et k celle » de ses successeurs au tr6ne 7 La prétention contraire est aussi mal » fondée par les lois humaines que par les lois divines. »

Quant aux sacres successifs de Pépin et de Charles , sur lesquels on s'est fondé aussi pour attribuer un pouvoir exorbîtaot à Ut papauté 9. voici ce que dit le même historien.

c( Tout ce à quoi les papes ont contribué pour faire prendre à ces » princes la qualité ou de roi ou d'empereur ^ n'» proprement été » qu'une cérémonie pour leur faire ajouter le nom k la chose qu'ils » possédaient déjà^ »

Nous ajouterons^ toutefois que cette solennité , mêlant le nom de Dieu et tes rites de son église au prestige de la victoire^ fut plus qu'une vaine et stérile cérémonie. De nos jours encore,, les rois par le droit de la naissance» aossi bien que les rois par le seul droit de la victoire, senteat , tout raffermis qu'ils puissent se croire sur le trêne, qu'une onctioa divine rend teur front plus auguste et teur puissance plus respeclèe. L'octroi ou le refus de eette onction peut consolider ou affaiblir le pouvois, mais> du reste, ne crée ni ne détruit le droit.

Revenons à Charles et suivons le progrès de sa conquête.

Après quelques noi& de séjour à Rome,, le roi des- Francs reparaît sous les mues, de Pavie , dont le siège traîne en Longueur, tandis que depuis longtemps la Lombardie tout entière s'est couii)ée sous sa loi. Pavie,. le centre du royaume et le but de tous les efforts, Pavie résiste seule à cette année envahissante qui, presque sur tous les4iutres points, a'a eu qu'à se montrer pour tout soumettre..

Qui doB£,.à défaut de pakiotiâme , inspire tant d'énergie et de constance aux défenseurs de Pavie? D'où leur vient cet enthousiasme qjui étonne et décourage l'attaque? Desiderio, leur roi, est au milieu d'eux ; le prestige de cette couronne, prête à se briser , agirait-il sur ces &mes ardentes? un roi abandonné de la fortune inspire-t-il donc de pareils dévouements? Il faut, dans cesmomentssolennels, plus que l'influence d'un roi et d'un malheur auguste, plus que l'éclat pâlissant d'un diadème qui se brise, il faut un homme de tête, de cœur, d'action, pour remuer, pour enflammer la multitude ; mais pour nourrir, pour entretenir longtemps le feu que ses mains ont allumé, il faut à cet homme plus que du dévouement à une cause qu'il croit bonueeljuste, il lui faut quelque profonde haine à satisfaire, quelque outrage à laver, quelque implacable vengeance à assouvir.

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