LIVRE l**. — CHAPinUB II
devant la papaoté comme devant le premier des symboles divins, n'en put que rehausser réclat et le prestige.
Depuis longtemps les papes délaissés , mais plus souvent persécutés par la cour du Bosphore , avaient à lutter contre des schismes toujours renaissants qu'encourageaient , que proclamaient contre l'église de Borne , des empereurs en qui elle n'aurait dû trouver que des appuis.
Les évèques d'Occident , entraînés par leur propre ambition dans le courant fatal où semblait devoir s'abîmer la puissance spirituelle des successeurs de saint Pierre , travaillaient » eux aussi » à s'affranchir chaque jour davantage du joug de la vieille suprématie de Rome. L'Occident, à la vérité, n'avait embrassé aucune des hérésies violentes que l'Orient eut tant à déplorer ; mais il fut un moment où , 9ans secousse comme sans lutte retentissante , l'évéque de Rome put à peine, à l'égard des autres évèques de la chrétienté, s'appeler primus inter pares.
Il était temps qu'une royauté nouvelle communiquât à cette puissance languissante un peu de sa jeune et vigoureuse sève.
La papauté qu'avaient vue nattre les empereurs romains , n'ayant jamais pu exercer sur ces maîtres do monde plus anciens qu'elle , l'influence qu'elle pressentait devoir acquérir sur un pouvoir déplus récente date et comme fondé par son concours , se hftta d'associer sa fortune à la fortune des earlovingiens. Tout concourut dès lors à relever rinfluence spirituelle du chef de l'Église. Dans tous les actes de la dynastie nouvelle on peut reconnaître combien était étroite cette alliance.
La présence des rois aux conciles eccMsiastique», pour rétablir dans l'Église l'ordre , la règle , la hiérarchie , fui moins considérée par la papauté comme un empiétement du pouvoir laïque sur ses prérogatives , qu'un moyen de plus d'asseoir solidement l'autorité de Rome par trop méconnue.
Ja gratitude des earlovingiens ne se borna pas à des concessions de territoire et à la promulgation de décrets protecteurs du saint-siége : a ces décrets vint se joindre la menace de toutes les voies de coercitioB, de la contrainte par la force, du châtiment par les armes, contre quiconque méconnaîtrait les droits et Tautorité du chef de l'Église.
Il est rare que l'établissement d'une dynastie nouvelle , surtout
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dans un grand État» ne tourne pas, au moins pour les premiers temps, au proOt de quelqu'une des grandes puissances qui aspirent h régir le monde. Un nouvel ordre de choses a besoin d'une sanction» d'un appui que» dans leurs rivalités jalouses, d'autres États lui foni chèrement acheter. Trop souvent, en ces conjonctures, un peuple ^'oit sacriGer ses intérêts généraux à l'intérêt privé de celui ou de ceux qui ont saisi le pouvoir.
Cette fois , le double intérêt national et carlovingien put se confondre dans l'abandon , en faveur des papes , de quelques-unes des contrées récemment conquises , et dans Tappui qui leur fut accordé par la dynastie nouvelle , en ce sens que celte consécration de la suprématie et de l'unité de la puissance religieuse réagît contre la féodalité en faveur de l'unité et de la puissance monarchique.
Remarquons d'ailleurs qu'aucune des prérogatives de la couronne, aucun intérêt de la nation franque , ne furent sacriGés dans ces concessions de Pépin le Bref et de Gharlemagne.
Bien mieux , en élevant les papes , en se réservant une sorte de droit d'investiture pour leur élection , en les dotant d'un pouvoir temporel soumis, sous quelque rapport, à leur souveraineté, les carlovingiens, loin de rien sacriGer à la papauté, donnèrent un éclat nouveau à la couronne des rois francs ' •
Nous venons de dire que les rois qui avaient doté les papes d'un pouvoir temporel, avaient fait réserve, au moins implicitement* pour eux-mêmes , du droit de souveraineté. On a vu que telle est l'opinion de PuSendorf , tel est aussi l'avis de la plupart des historiens.
Cette assertion a rencontré des contradicteurs ; cependant que de faits nous aurons à citer à l'appui !
' Parmi les engagements contractés par Charles, à Tégard du saint-sîége, il en «st un (et c'est le seul} qui faillit porter quelque perturbation dans une partie de ses États, comme froissant des croyances ou au moins des usages séculaires.
Le pape, ayant obtenu de ce monarque, la promesse de ne tolérer que le rit romain dans toutes ses possessions, Charles tenta d'abolir le rit ambroisicn, suivi, depuis le lY^ siècle, à Milan et dans quelques villes lombardes. Il ordonna de jeter au feu tous les livres enseignant ce rit. Des troubles graves agitèrent aussitôt Milan et auraient gagne toute la Lombardie , si le roi , mieux avisé, n'eût retire ses ordres. Le pape n*osa plus insister auprès du monarque pour la stricte exécution de sa promesse. ]^e rit ambroisien continua i être toléré. Milan le suit encore aujourd'hui et le con* .serve saos altéraUon depuis quatorze siècles.