‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 11 sur 137 · LIVRE l**. — CHAPTTBB II · texte numérisé non relu

LIVRE l**. — CHAPTTBB II

n setrofiTait dans les mars dePbrie, lors de rinvasioD des Francs» un cœur doué de cette forte trempe, une tète travaillée de toutes ces fougueuses passions. Cet homme , que la plupart des historiens se bornent, sans plus de détail, à appeler chef de faction, âme de la guerre, cet homme, c'était Hunoald * .

Un tel nom et les Ticissitude» qui s'y rattachent méritent de fixer un moment notre attention. Nous allons reprendre les choses de plus haut.

Hunoald était fils du fameux Eudes, duc d'Aquitaine , qui avait partagé la glofre du vainqueur des Mores, dans llmmorteile journée de Poitiers. Charles Martel, quand tout pliait sous sa puissance, quand tous les grands favorisaient Tessor de son ambition, avait rencontré Eudes, seul, debout et menaçant, comme un obstacle au triomphe complet de ses desseins.

Le superbe nufruitier de la royauté mérovingienne attaque ce prince audacieux, met son armée en déroute et ruine son duché. Eodes, battu et non soumis, meurt dévoré de ressentiment et de honte.

Son fib et son successeur Hunoald, cédant un moment à Torage » subit la loi de la victoire.

Mais à la mort de Charles, le jemie due ose protester les armes à la main contre Fepin le Bref, qui aspire ouvertement à se ceindre le front do diadème de ses vieux rois.

L'Aquitaifle devient de nouveau le théâtre de eoHisioiis sanglantes ; «près les phis vaillants efforts, Hunoald voit aboutir è l« défaite cette levée de boiKdfers que l'on a appelée depuis rételte, et qu'on eût attribuée à m héroïque dévouement s'B eût arrêté l'essor de fam- Utieux que lui, sujet et vassal fidèle des mérovingiens, appelait usurpateur.

Les mursdTm clottre s'offrirent pourseu) refuge au prince vaincu.

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, Waifre sott fils, duc d'Aquitaine comme Eudes et Hunoald , rallumer la guerre contre Pépin. Waifre, dans l'aveuglement de sa haine, contracte desallianccH avec l'étranger, extrémité souvent dangereuse, toujours condamnable» dans des discordes civiles.

Tassillon, duc de Bavière, Desiderio, roi de Lombardie, les Mores eux-mêmes, ces barbares que son aïeul a vaillamment combattus à

* Oa Hunauld.

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Poitiers» trouvent dans Waifre de coupables sympathies et un auxiliaire contre le roi des Francs.

L'impétueux Pépin entre en Aquitaine» y promène le fer et la llamme» chasse les Sarrasins de France par la prise de Narbonne, arrache ainsi à Waifre ses plus puissants alliés» et réduit le jeune duc à lui demander merci. On signe la paix ; mais bientôt Waifre reprend •les armes» et Pépin reparaît aussitôt dans ses États. Le roi des Francs renverse de fond en comble ou démentelle toutes les villes qui tombent ^n son pouvoir ^ •

Pendant sept années» Waifre soutient une lutte désespérée» ruinant ses propres forteresses pour éviter qu'elles deviennent un point d'appui à l'ennemi vainqueur; changeant à l'improviste et toujours avec une nouvelle énergie» les moyens d'attaque et de défense aussi bien que le théâtre de la guerre» qu'il porte successivement en Auvergne» dans la Saintonge» le Quercy, le Berry et le Périgord» qui n'offrent plus qu'un monceau de ruines et des restes d'incendie.

Grâce à la diversion de cette longue lutte» le roi Desiderio échappait aux menaces de Pépin » et la chute de la puissance des Lom* bards en Italie en était retardée.

Un homme voué aux austérités du clottre» un moine» spectateur muet et oublié» suivait du fond de sa cellule» avec plus d'anxiété encore que le roi de Lombardie» les phases diverses de ce drame terrible ; son Ame bondissait de joie à chaque succès de Waifre » et l'annonce d'un revers l'affectait profondément. Dans cet homme revêtu du cilice» dans ce moine ridé plus par la fougue des passions que par l'Age et les rigueurs du monastère» qui ne reconnatt Hunoald ? Un jour» lui vient la nouvelle de la mort de Waifre : les uns racontent que le duc d'Aquitaine a glorieusement perdu la vie dans une bataille ; d'autres que ses propres soldats l'ont immolé comme la cause d'une guerre sans terme ; d'autres» enfin» que Pépin n'est pas étranger .A ce meurtre. Hunoald» furieux» quitte le clottre» échange le froc contre l'épée et appelle autour de lui les partisans les plus chaleureux de la cause de son fils.

Pépin venait de suivre Waifre au tombeau. Charles» son successeur» court au-devant d'Hunoald» l'attaque, disperse ses troupes» le fait poursuivre à outrance de forêt en forêt » de caverne en ca-

* ANQVxnLi Hiitoire d9 fVance, tome V, page 367.

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?erne. Enfin le duc téméraire tombe aux mains du vainqueur qui le fait plonger dans un cachot. Mais Hunoald parvient à corrompre ses gardes ou à tromper leur surveillance ; il brise ses fers » échappe à sa prison, et, ne trouvant partout que les (races de la corn» plëtc destruction de son parti, il cherche un refuge à la cour de Desiderioy où il voit éclore, contre Charles, les germes d'une guerre prochaine. Bientôt, sous Tiuspiration de sa haine, la cour lombarde devint plus audacieuse, et les négociations, entamées avec le roi des Francs, furent rompues.

Nous avons vu Charles traverser les Alpes et soumettre la Lombardie. Pavie seule résiste ; Desiderio y a cherché son dernier asile. Hunoald est l'âme de son conseil : Hunoald a allumé, au cœur de la population tout entière , la flamme du plus noble enthousiasme ; il en soutient l'ardeur par sa parole et son exemple, s'exposant à tous les périls, endurant toutes les privations, supportant toutes les souffrances, le premier à l'attaque, toujours le dernier dans les retraites; harcelant, fatiguant l'ennemi, ne lui laissant aucun repos, l'assiégeant dans son propre camp , et transformant ainsi la défense en agression!.;. Vous êtes de la nation des Francs, duc d'Aquitaine, et les hommes qui s'arment à votre voix sont les Lombards, et les guerriers dont les rangs s'éclaircissent sous vos coups forcenés sont des Francs ! !... Laissons venir la justice de Dieu !

L'armée conquérante s'est enfin réunie tout entière sous les murs de Pavie. On parle de la venue prochaine du roi des Francs , de Charles l'invincible. Tandis qu'à cette annonce Hunoald sent s'accrottre son énergie et sa soif de vengeance, décimés par les rigueurs d un long siège, dévorés par les maladies, livrés aux horreurs de la famine, exposés à toutes les conséquences d'un dernier assaut, les habitants de Pavie sentent faiblir leur constance : ils éclatent en plaintes contre l'étranger qui cherche en eux les instruments de sa vengeance personnelle. Les plaintes sont bientôt suivies de menaces. Hunoald oppose un front serein aux rumeurs de la multitude. On court aux portes de la ville pour les livrer aux Francs ; le duc d'Aquitaine tente un dernier effort pour arrêter la foule délirante qui, un moment, s^apaise sous la fascination de sa parole et de son regard ; mais, après cet éclair d'hésitation, l'orage populaire recommence à gronder avec plus de force ; des femmes échevelées ', et l'on en voit

* Anqubtil, Histoire de France, tome I«% page 375.

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toujours serpenter dans les émeutes , poussent des rugissements de mort contre celui à qui elles imputent tous les maux de la cité : le tumulte s'acerott, les cris redoublent ; la rage, le désespoir arment des bras liomiddes. On se rue de toutes parts sur Hunoald, qui, tombant percé de mille coups, semble heureux de mourir, lui fils dTudes, lui père de Watfre, avant qu'un dernier triomphe assure l'entière conquête de la Lombardie au petit-fils de Charles-Martel , an fils de Pépin, à Charles dont il fut le vaincu et le captif.

Telle fut la fin tragique de ce prince, qui, sous Piuspiration de sa haine héréditaire et privée, arma l'étranger contre son pays.

Tel est le sort de presque tous les hommes qui, pour servir leurs passions fougueuses, veulent renraer et maîtriser la multitude. Jeu terrible! les masses qu'ils osent soulever retombent bientôt sur ces Sisyphes d'un jour et les écrasent.

HunoaTd, mort, emporta dans sa tombe toute l'énergie de Desiderio qui, se bAtant de livrer sa capitale au roi des Francs, se rendit sans eonfitiott.

Sur ces entrefaites, une nouvelle révolte des Saxons vient appeler Charles loin de ritalîe. Le roi vainqueur, avant de quitter sa récente conquête, et pour mieux s'assurer de sa soumission, confie l'administration de foutes les viffles à des gouverneurs francs, sons Fa dénomination de comtes S changeant ainsi celle de due, qui distinguait les gouverneurs lombards. H fixe les Ihnites des villes et des provinces pour prévenir toutes contestations à ce sujet, détermine les tributs à payer, et règle toutes fes affaires avec cet esprit de sagesse et de pré< voyance qui fut le cachet de tout son règne.

Pour la contrée raincue, Charles est un nouveau mattre, mais non un vainqueur irrité : la Lombardie, dont il se déclare résolu à respecter les coutumes et les fois, a bientôt deviné le grand homme, et pressenti, dans celui qui Ta domptée, le génie de la civilisation : l'élan sympathique de tout le peuple vers le roi des Francs est la dernière sanction de sa victoire.

Charles , que la prudence n'abandonne pas dans Fivresse de ce triomphe, ne quitte Pavie qu'après avoir mis cette capitale et les autres principales villes de la haute Italie, sous la garde d'une partrer

' GiuLiNi, Storia di Milano, tome I«^ Nous verrons, plus tard, reparaître le tiirc de duc.

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de ses troupes. Il conduit en France le roi yainca, qui, enfermé dans le couTent de Gorbie, y mourut bientôt oublié.

Ainsi finit la puissance des Lombards en Italie , au moment où leur ambition rêvait à soumettre la péninsule tout entière. Leur domination comptait deui cent siï ans de durée, h dater de leur sortie de la Pannonie, sous la conduite d'Alboin ; elle fit place à la domination française.

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