CHAPITRE m
Anscar et Bérenger font ombrage à Hugues. — Mort d'Anscar. — > Trame eontre Bérenger. — Lothaire sauve ce prioce. — Nouvelle tentative de Hugues cootre Rome. — Appel de Marin II à toute la chrétienté contre les infidèles. — Hugues, généralissime. — Il attaque les Mores et traite ensuite avec eux au momcntâe les réduire. — Indignation de l'armée et de toute l'Italie. — Conséquences de celle conduite. — Dévouement d'un jeune seigneur pour Bérenger. -— Une 6Ue naturelle de Hugues épouse l'empereur d'Orient. — Nouveaux complots contre Hogoes. — Sa déchéance. — On agrée son fils Lothaire pour son successeur. — Régence de Bérenger. — Mort de Hugues. — Périlleuse situation de Lothaire. — Mort de ce prince. — Abrutissement intellectuel de l'Italie à cette époque.
Nous avons yu, le 29 juillet 923» un jeune homme, filsd'Adalbert, marquis d'Y^réeet de Gbisla, combattre dans les rangs de Rodolphe à la bataille de Fiorenzuola. Rodolpbe disputait alors le trône de Lombardie à Bérenger, et le jeune prince qui combattait pour le roi bourguignon s'appelait Bérenger, du nom de son aïeul.
A la mort d'Adalbert» le marquisat d'Yvrée avait été le partage de ce prince. Anscar, autre fils d'Adalbert et de Ghisla, avait eu leduché de Spoletti et de Camerino.
On se rappelle qu'Adalbert , poussé par les intrigues d'HemeDgarde, sa seconde femme, et sœur de Hugues, avait abandonné dans le temps le parti de Rodolphe pour pousser Hugues au trône de Lombardie .
Ainsi Bérenger était le fils d'un des hommes qui avaient le plus contribué au triomphe de Hugues ; ce souvenir pouvait tôt ou tard influer sur le plus ou moins de soumission que le roi de Lombardie rencontrerait dans le nouveau marquis d'Yvrée... De plus, le petitfils de l'empereur Bérenger ne pouvait sans doute oublier que la couronne impériale et celle de Lombardie avaient ceint le front de son aïeul.
Anscar pouvait aussi subir l'influence de cçs souvenirs importun»
LIVRB III. — CHAPITRE m. 165
pour Tombrageux monarque. Et puis enfin, Anscar et Bérenger aTaient de grands biens qui, s'ils tombaient en la possession de Hugues, doubleraient son trésor et enricbiraient ses créatures ou quelques-uns de ses nombreux bAtards. Que de raisons pour attirer sur ces deux princes Fanimadversion du roi de Lombardie !
Anscar était moins à redouter que Bérenger. Hugues , prétextant la découverte d'une conspiration , dont le duc de Spoletti aurait été le chef, ce qui resta sans preuve, envoie contre ce prince une armée sous les ordres de Sarlion ou Sarilon, comte du palais.
Anscar se porte vaillamment à la rencontre de l'ennemi, qui cède d'abord à l'impétuosité de son premier choc ^ ; mais de nouvelles troupes viennent renforcer l'armée de Sarilon .
Le duc de Spoletti lutte longtemps contre des forces trop supérieures en nombre ; ses colonnes , débordées de toutes parts, s'ébranlent, fléchissent, la confusion se met dans leurs rangs ; enfin , tout fuit en désordre, malgré les héroïques efforts tentés par Anscar pour rétablir le combat : le prince lui-même, enveloppé, entraîné par le flot des fuyards , est jeté avec son èheval au fond d'un ravin , où il périt percé de cent coups de lanc0, comme naguère Burcard dans les fossés de Novare.
Sarilon , pour prix de sa victoire , fut investi du duché de Spoletti et de Gamerino , dont Hugues le dépouilla bientôt après pour accroître les possessions d'un de ses bAtards, de cet Hubert qu'il avait déjà gratifié do duché de Toscane après en avoir dépouillé d'abord son frère utérin Lambert , puis Boson , son frère de père et de mère.
Bérenger était plus difficile à vaincre. Hugues , désespérant de le réduire par les armes , emploie son arme habituelle , la ruse et la trahison. Ses perfides prévenances attirent à la cour de Pavie le marquis d'Yvrée qu'il comble de caresses et de présents. Pendant que le jeune prince se laisse fasciner par les séductions de cette cour dissolue , le roi de Lombardie assemble son conseil ; on délibère à la hâte sur le sort d'un ennemi dangereux qui, si imprudemment , s'est laissé prendre au piège. Les infAmes conseillers , dignes de leur maître inf Ame , décident en masse qu'on fera grAce de la vie à cet hâte de leur roi , mais qu'on lui crèvera les yeux ^ , sous le prétexte
* GiULiNi, Storia diMtlano, tome II, Anno 939.
* If CRATORi , Ann. d'it. , tome Y. — GiutiNi, Storia di JUilano , tome II. — Ykkm, Storia diJUiUmo, tome ^^
encoce. cf um eoDsphratioD davt •a>je dispeaMra de fvmnper FeûtenfiA. Ua seul eœm se soulève dans le conseii centae eetsièt ifiiiiuft. Lutbaire , teop^ jeiuie ^ tsofi tioiide pour cceo éieifct k foix cuntse I» vokmté dasoa père quit, eu sa présence » ose douuer sod adhésion à une telle sentenea , résultat de ses seerète» inspkatiMis et de se» ordres iy eauniques » Lothaire sort du cooseil tout altoié de ce qufil yient d'enteudre et de ee qu'tt aae à peine ccoke. Le caodîdfr j^uue hanorne eourt à Bérenger» r^^ertii que des* pésils ïtanronnent... Autant pour éviter ust crime abaaîDa&le à soupèes que poflff sBtîs£aîreau*s9ccet besotu de son ceeuty frakrpoiiase à sanerun jaune prince toadiè dans un infernal gnet-apena, iMbaire conseîtte une prompte fuite à Bérengee et lai eafoumîA.kf moycai^.. fifice à eeléitegéni6ieHsdaffladfrHug«9t,krafli:quBd?¥niB édiappe au suppliée qui Faltendait , et y» ahecdier un oaidge aupt^ i'Hermanm^ due de Snèfe^ dans la Gfaiiite sans doute qoedeasateUitiida despete n'aienl étéd'ajranee, et à teufc èvéneMant , apastés^snr la route de aoamatqiiisai^ ou nfj satenti enaFoyés à am ponfsuite dès le pfanieD hEuit dfeaan éf asiim*
KoB»- Taaie» anmmeni ce nènift Bérenger fmpoL se dette et gntitude envers le généreux Lothaire.
Le. Cotte dte frèra: d'iuMcar^esi UenlAtplaa m nifBtàre s fane. Après bien de sedÉaBahas- iitfnetneaBeay. Hn^an pnrvienfe à déoMivrir le nainged&.aeliiàdatttyiaq^ÀBitfluae an victkWp Snôan èrmr sepraâeaifsi lia 6f hnpptKy. ii aamae: te doedeSoèw^de luiïvKrim ennena&qia'il dit eonveinfinf. der aenspiraifo» flagnnie eaoÈÊ^m parsQow. Cette semmatiea est aranmpagnée- da menacaB^ Muaaan, fidèle ai» lois de HhaapUblitév kr»re pas ua refun^fanod leieaaenlîaaenfc dm rei de Lamtoiiriie^ Maie, anitdana» ht CHMHtey ce qne éê aate sen. aasafitine Bcné pe» pielHiUev d'élre un» cause degisenre et de: ruine peuc un peuple el^un prkae fai UbaMnant donné asya-dan» son infortaie,, soit phitAt dans* Faspeîc cKètse plus en. sftreté derrière !& puissanoe d'OtiMn,. le maoqnia d'Yvf ée cnift daneîr,. pao apiès le refus généreux d'Hamann,. se. oalirer à la cow du roi de^fiannaaie. Othoii'accueiUit «Llui, avec aotantitedistiiictfenqaedelnenveillaDce, le petit-fils de remperenr Bétengep. Hugue» ponrsuit encore Ii » victime; mais là ce ne sont plus les menaces qu'emploie sa fleiible politique,, hautaine enveni les faibles, humble et rampante avec les grands et les forte. Il essaye de la prière; il plaide sa cause; il expose
lies gr{ie# phoRFOQ moiti» fondtfis; 1» flatterie, fa* 9Maifari0»^ts9r]R!é9eiitii^ toute TOie est employée pav ce prince astucieos^. lie reb Oibon qui peQf-Jffre» dit Hfuratori, nofinrimiit déjà dès cette épocps» des vues secrètea^ sot l'Italie, se comtenttt deràpdiidre aax émissekes kmifiards qu'il n'aTait besoin des dons et des largesses de personne, et qu-il jugeait eenf enable d'accor^isr utt sAr et bon: refuge à un prince qui était Tenu se- mettre sous sa saoreganfe ^ .
tenfÈe nowelfe instance" à cet égard auprès d'un tel mooarqne eût été SfBSi déptocée qu-importone, et nfaurait fait qu'exposer le roi kmibaiitf à Ptfltont d'uit^ refus réitéré; Sugues le sentit, et se garda d'autant plus d'insister, que le roi de Germanie, bien qu'il eût permis que sa cour servit dfasite au prince frigftif,. ne s'était pas pour cela montré disposé à prends en>mafn l»quendle de son hôte, et n'ayait pas demandé au foI dé^ iombardie compte de sv priser de possession des Ëtafli d'i^BScar el; dis* Bérenger.. Of, de nouvelles démarches dans te' même but pouvaient îrritep Othoit , et le porter à- cette extrémité si pleine de péril» pour Kigues- ; force fut A)nc à ce prince de renoncer à ses aifoces* dtesseins conlare Bérenger;. et de- se contenter de s^ dépouilles;' il s'était en effet ensparé damarquitet d'Yyrée aussitôt après^I» fliite de ce prince, comme- il Tavait fiiit de Spoletti et de Camerfno^ aprè» lu mort d'Ansear.
Mais cet'acetoissement de puissanee, loi» de satiehire son ambition» neîa rentf que phis impatienter mattred'ancf grand» partie de Fltalie» ne Toyauf autour de* lui aucun* prince qui* K» paraisse un obstacle sérieux à Taceomplfssement d<e se» audmileus pisojets, il tourne de nouyeatr son regard t^ers Borne où raj^peifent doubVement le besoin delà vengeance et la perapective' de la couronne fmpériale ; il rassemblé son' armée et marche à sa tète* ^ sur Tancienne capitale des Césars: Iftris Albéric l'atTtendait plein du soutenir de ses* succès récents contre Te despote, et brùlirit, auBsi'bien que tous les Romuns» du désir de le combattre encore. Ihigues, èr son arrivée' devant Rome» somme Ta cité de lui ouvrir ses portes. Sur le refus hautain du Gis de MFarosie, le roi attaque 1^ pemparOs a?ec toute» ses forces et sur pfesieunr ^éiate h Iff fois ; partout il est vaHltammit repoussé : ses Lombards reviennent à la charge et rencontrent toujours une si vi-
* HirBAToai, Annal., tome Y» page ZVk, flono 1M0« 2 Année 941,
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coureuse résistance, que Hugues, désespérant de se rendre mattre de !a ville, se résigne à lever le siège. Le cœur plein de rage, il s^apprète il reprendre le chemin de Pavie; mais avant de quitter les environs àe Rome, il y fait promener par ses soldats l'incendie et la dévastation.
Satisfait de cette Iftche vengeance, Hugues venait de donner le signal de la retraite; son armée, gorgée de rapines et de butin, ièbranlait déjà pour retourner en Lombardie, quand un cri soudain, une voix depuis trop longtemps méconnue , la voix du chef de réglise romaine, retentit au milieu de son camp et ranime tontes ses -espérances.
Cette voix venait aussi de se faire entendre sur les bords do Bosphore, dans toute l'Italie et jusqu'au fond de la Provence.
Etienne YIII, successeur de Léon VU, était mort. Marin H l'avait remplacé sur le trône pontifical * . Le nouveau pape s'était indigné de "Voir les princes de la chrétienté user leurs forces, décimer leurs peuples fav des guerres intestines, tandis que les Sarrasins, postés aux Fraxinets^^ recommençaient leurs excursions dévastatrices, et, redoublant 4'audace, osaient passer les Alpes et menacer de là l'Italie. Le pontife invoquant auprès des princes chrétiens les exemples de Gharlemagne, de Louis II et de Bérenger, les appelait aux armes. Gomme avait fait naguère Jean X à l'égard du dernier de ces monarques, il flatta l'ambition de Hugues en lui offrant pour cette gwrre sainte le bâton de commandement que la victoire pouvait changer en sceptre impérial. Hugues, qu'exalte cette offre brillante, se hâte de mêler au belliqueux appel du pontife son cri de guerre contre les infidèles.
Constantin et Romain, empereurs de Gonstantinople, envoient une nombreuse flotte commandée par Ànastase. Gènes arme ses vaisseaux sous la conduite de Jér&me Doria '. Une foule de princes et de seigneurs puissants courent aux armes ; toutes les villes de Provence et d'Italie mettent sur pied leur contingent de guerre.
L'un des premiers mois de l'année suivante est fixé pour la con- •centration de toutes les forces non loin des FraxineU de Provence. L'armée de terre, rassemblée à cette époque sous les ordres immé-
^ Année 942.
' Ou Fressinelt,
' GiusTiMiANi, Annal, di Qenova.^ Eût. de Nice, ptr Louis DuaANTB, tome I"» pages 139 et suivantes.