LIVRE 111. — CHAPITBB III
diats de Hugues \ d'abord dans la plaine de Draguignan, combine ses mouvements de manière à paraître devant le refuge des Mores en même temps que les vaisseaux de Gonstantinople et de Gènes.
Anastase et Doria» arrivés au golfe de Sembracie, trouvent les nombreux navires des corsaires réunis les uns aux autres par de fortes chaînes, présentant le front d'un rempart inabordable. Anastase jette OQssitdt sur cette formidable ligne le feu grégeois dont la découverte récente a déjà servi utilement les flottes du Bosphore * ; en un moment les vaisseaux ennemis deviennent la proie des flammes ; une barrière terrible, une ceinture de feu s'élève entre les chrétiens et les corsaires. Ceux-ci, épouvantés par les progrès de l'incendie qu'ils s'efforcent vainement de maîtriser, abandonnent leurs navires et gagnent en désordre les premières hauteurs qui dominent le Golfe ; mais là de nouveaux périls les attendent ; Hugues, à la tète de l'armée de terre, fond sur eux avec impétuosité. Cette vive attaque, qui met l'ennemi entre deux feux, achève de porterie désordre et la terreur dans les rangs des Sarrasins.
Un seul refuge reste aux vaincus, c'est leur Fraxinet ; ils s'y portent en foule : l'armée chrétienne, pleine de courage et d'ardeur, les poursuit à travers les ravins et les rochers escarpés, jusqu'au pied des formidables retranchements de cette redoute fameuse.
L'héroïque résolution des troupes de Hugues prêtes à renverser tous les obstacles, effraye les infidèles , même derrière ces remparts ' qu'ils avalent si longtemps crus inattaquables ; ils s'y défendent encore toutefois et y soutiennent quelques nouveaux assauts. Bientôt décimés par la famine et par le feu de l'ennemi, pressés de plus en plus par les progrès des assaillants, ils abandonnent cet asile pour se replier sur les sommités presque inaccessibles qui s'élèvent au-dessus du golfe de Sembracie... Là encore leurs oreilles épouvantées entendent les cris
' Selon rhistorien de Nice, Hugues se serait embarqué sur la flotte greco-italienoe et aurait laissé le commandement des troupes de terre à Guy de Balbs,
Muralori pense, au contraire, que le roi de Lombardie vint aux Frestinets avec son armée de terre.
Vgo nel rMdnkno Uimpo (pendant l'attaque tentée par la flotte), arrwà per terra a Freseinetto colla ma armato. (Muratori, tome Y, page 319, anno 942.)
' GiusTiNiANi, Ann, di Genova. — Bdrantb, Histoire de Nice,
* Les montagnes où se retranchèrent les Sarrasins prirent dans la suite le nom de VofUt Mores qu'elles ont con^enré depuis. ( Papon, E%$i, génér, de Prov. — Durante, Hi$t. de Nice,)
de mort purfb Sk rangs de fmaké^ chiélfèiiDe ; pnrfeot on y fe> mande le sîgnaf d'âne nouvelle attaque ; on peu de penéTérance^ encore xm eflbrt et le triomphe des troupes coalfaées est complet... Mais Tesprit de Hugoes était depuitqnefiiae temps livré à de graves perplexités. Ce monarque, détournant ses r^rds Ai théâtre de la guerre, Ibs reportait incessamment sur Tltalie, où dfe foin son inquiète imagination lui faisait entrevoir d'éminent^ périb pour sa couronne dans la péninsule. Cédant enfin à cette inquiétude poignante, Hugues, au lieu de poursuivre jusqu'au bout sa victofre, ose, dans ce moment suprême, abandonner le fruit de ses premiers succès et un triomphe assuré. Sourd aux conseils d^ chefs commeaux plaintes des soldats , il [suspend les attaques; reçoit les Sarrasins à capitulation , signe avec eux un honCeux traité d'alliance qui Iisur ouvre une voie de refuge, et il les autorise à transporter leurs familles et leurs tentes SUT les frontières dé Frioul * .
n est à croire que, comme jadis l'empereur Bérenger, Htagnes se flatta de trouver au besoin , par cette détermination masi étrange qulmprévue, d'utiles auxiliaires dans ces barbares quIT venait de sauver d'une ruine inévitable. En même temps" qufif dlMfvfait de leur fatale pfésenceune partfe cfe ses possession» méridieintles, it oonaptait élever par leur aide, sur 1» Hmites nordiqoesF dis* smf ÈlMts, une forte barrière contre le-dtager dont il se sentait menacé* cte dtax cAt69^opposés, savoir, larférmentatibn, 1^ révolties au dedans, et au dehors tes intrigue» dn fib d'iidMbert auprès dé Ik* comr ^ trêves» dans le but dé recouvrer son ancienne poiisBance;: enfin peut^re se ffa^tii, au moyen dk^ ces meuftss aciinmé» qn^il pourrait jeter à votonté sur les provinces gennanique», fèndtaver Tessor de pld» en pR» inquiétant du glorieux Othon .
Bfafs if neparvint à aucunedé ces flhs. Sa ttcHeconduite nelRque lui attirer les imprécations de son armée et de la chrétienté tout entière. Ses peuplés de Lomfiardie rougirent d'avoir pour souverain un prince qjui désertait la victoire. Leur exaspération fut au comble quand ils virent les nouveaux et dignes alliés de leur sai^ exercer les pitis aflVeux ravages en traversant le territoire lombard pour se rendre vers rétablissement qu'il leur avait concédé. Là, ces barbares qu'aucun frein n'eût pu maîtriser, fucent bientôt moins les instruments de la
< PuBANTB, Histoire d9Nic9, tome I«^— Pàpon, Histoire générale de Provence.
LiviK IV. -^ ex&isniB m. ITl
yoBtMjHf teHngWi^ ^'ttn soreraft fembam^psor ftiHnéiw et de maHifutn pour m» rof anm« qM bfi ioipttlaît cette Bowelle calemiîté. La IioTeiiee Be;ga§ta mea w» j^ns è eette haàfsntàmk de ses oppressauE» i. Hugues avait ea Fiiiaippudeiiee, eik aïékttgaaai d» ffeund FrtBBÙml de ne pas détruire ce lepaive fortifié; Feu dé temps après le UceMieBMBi de Fttmée foffmidbUee que le i^ de Mariai U avait à graiid'prâie réuaie sens un même drapeau, et do»t lesgkarieux éBwb devaient abonAir b uar sa tiâste résidtalv dea kurdes^ de pirates reparasent dans let eaua da gaUe de Semfaraaie, et s'eauparireut aussitôt éaigtrm^ lViumiek.IUeBitA41ft Paa^mctt fut de nauivetta ravagée par de», barbaae^ dans k Bftême tanp» dea bovdea dévastatrice» débariioaienisiir ka MTOges- derntaiia-aaéridionatar eby ceBuncttaiient les
Slua taedt. enbany? paa la faiblesse ,. Fineurie eK la divi8ioB]|des prinflBfr de 1» ciiiétiegtéy Ies*kifidèleft se rendisent mattrea de tous les pattageai te Alpea^ aa^rîtimea,. et iatere^Dàreni, par ce neiyen^ ks «ommaMGitiaAa entee k Preiveace el k Ligurk^. k Sairoiey k Piémaatet k Soisse.
Lav fosîtioa d» «el' de k. ImMe-^ entce Nke. et OfcaloBy liée an felit Fwmmne$ du preraenteire de5rttwlibsp»e» et aos foriââeatiaM de CastilUmf ferma de ce côté, dit l'historien de Niee^ka passages* des moBlagnea ' ; ik fif leUanabèiaoi en ékwnft dv fortes* mnraiUes aatonr dea raiaes de Faneien nanument d' Angusta , dont il reste yirtqnfa ïesftigea encere^ Im» ka» passages de» Alpes- fuscni aussi pidés».
L'aviMsKBienfr dea*cbBétkBB à eetle ^ofue fut poussé au pointy s'ècda Iiodoaid^ que toua ka To;ageai» qui, de: k Pievence, de la BottBgpgnel ei de k Swsk^ voHlaîenl. se rendre en italie, élaienl obligea datiranstgfw a^w ks^înfidèlea poK obtenir k peranssm do passage*
Telles furent, en partie, les conséquences plus ou moins hniné* de k kfihe^ ikteiiBiiiaiiair dk Hogssea. ea face de» derniers
* HimANTV, Histoire de Nice, — Giustiniani, Ann, di Genova.
^ La msgDiaqiie Tovte de' la Comiehe, traeée et oonftettonnée parles Français sous le règne 4e Napoléon , et qui conduit de Nice à Gènes , traverse aujourd'hui cette position.
* Hi$U)ir9 de Nice, tome V^ , pages 143 et 444, — BsaxTTi , Chorog.f tome X. Rer. itah
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remparts des Mores qu'il lui eût été si facile d'enlever. La complète destruction de ce repaire et des barbares qui s'y étaient letraDchés, eût peut-être pour longtemps préservé la chrétienté de ce fléau que les faux calculs de sa politique ne firent que rendre plus désastreux.
D'autres calamités menacèrent l'Italie peu de temps après le retour de Hugues dans la péninsule. Les Hongrois reparurent sur les frontières du Nord ; l'or du roi de Lombardie les refoula momentanément loin de ses possessions. Mais un ennemi plus redoutable dont il avait réveillé l'ambition et la haine en le persécutant, en le dépouillant de son patrimoine, Bérenger dont le souvenir, importanant Hugues au milieu de ses premiers triomphes sur les Mores , avait peut-être le plus contribué k la désertion de ce roi devant des retranchements près de tomber en son pouvoir, Bérenger, justifiant enfin toutes les appréhensions du despote , s'apprêtait k porter le coup mortel à cette puissance que les mains de son père avaient édifiée en partie. Hugues, tyran voluptueux, violent et farouche, allait, après un trop long règne, céder le trône à un tyran non moins dissolu, non moins fourbe, non moins cruel... Un descendant de Gharlemagne par Bérenger allait prendre la place d'un autre descendant de Chartemagne par Lothaire de Lorraine, pour la céder un peu plus tard k Othon de Germanie.
Le marquis dTvrée demandait depuis longtemps, maïs en vain, k Othon un corps de troupes qui pût lui frayer le chemin de la péninsule italique. Othon avait encore dans son royaume trop d'affaires sur les bras, dit Muratori \ pour prendre prématurément fait et cause dans une querelle dont les suites pouvait avoir tant de gravité.
lin jeune seigneur, désigné dans l'histoire sous le nom &Àmiâée*, ami de Bérenger, et compagnon de son exil à la cour de Germante, conçoit le hardi projet de préparer lui-même la rentrée de son mattre en Italie, sans recourir à la protection toujours dangereuse de l'étranger.
« L'Italie, » dit Amédée au fils d'Adalbert, « est lasse de son roi r » les grands et le peuple ne subissent plus qu'avec impatience un joug » qui fait leur malheur et leur honte : permettez tiue j'aille sonder » moi-même les cœurs , disposer les esprits et hâter la chute du » tyran. »
* Ann. <27(., tome y.
' LiVTBPEAND. — -HCRATORI. ->Gim.lNl.