‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 108 sur 137 · LIVRE III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III

L'audacieux jeune homme part avec l'assentiment de Bérenger. Travesti en mendiant» armé du bourdon et de la besace, en compagnie de quelques pauvres pèlerins qui faisaient par dévotion le voyage à Borne» il parcourt avec autant d'adresse que de bonheur les États de Hugues; visite en secret des évèques, des comtes et les seigneurs les plus puissants d'Italie ; il sonde leurs sentiments à l'égard du roi , s'ouvre à ceux qu'il trouve les plus exaspérés, et conspire avec eux la raine du despote. Ses intrigues, bien qu'ourdies avec habileté, ne purent s'envelopper d'assez de mystère pour échapper complètement à rioquiète inquisition de Hugues, dont le royaume était encombré d'espions.

Des ordres rigoureux pour un renouvellement de surveillance, partirent aussitôt de la cour de Pavie; mais Amédée, chaque jour et même plusieurs fois par jour, changeait de réle et de déguisement; sa longue et belle barbe, ornement des hommes de cette époque, ses sourcils, ses cheveux changeaient k chaque instant de teinte et de nuance : tantôt il était borgne, tantôt aveugle, puis sourd ou boiteux. Il osa, sous un de ces déguisements, se présenter un jour au roi luimême , au milieu d'une caravane de pèlerins tout courbés sous le poids de l'indigence; et il obtint une vieille défroque pour sa part des largesses du souverain.

Quand il eut bien noué ses intelligences avec les grands, quand il se fut bien assuré de leurs dispositions et de leur concours, Amédée reprit le chemin de la Germanie ; mais apprenant qu'aux frontières tous les voyageurs étaient soumis par ordre du roi aux plus sévères perquisitions, il se jeta dans les montagnes, suivit des chemins ignorés, des sentiers inconnus, et parvint enfin à rejoindre son mattre à la cour d'Othon.

Noble et beau dévouement! Pourquoi faut-il que le prince qui Tinspira et qui le mit à profit, en fût si peu digne ! Les plus belles causes ont des renégats et des félons, comme bien souvent les causes les plus injustes trouvent des cœurs loyaux, mais abusés, prêts à les soutenir.

La fortune allait abandonner Hugues, et, comme pour l'éblouir, comme pour lui cacher l'abtme qui s'ouvrait devant lui, elle lui jetait en fuyant une nouvelle et dernière faveur.

Au milieu de ces sombres préoccupations de Hugues, Romain le Jeune^ empereur d'Orient, lui fit demander une de ses filles pour

lT4 BSimbR ÉroQifB.

épowe. Ce vsft fe Eembiiniie iTdvatVplusdte'flfle fêgtViifiie dbnf it pftt disposer; denn auiAee; sans s'en- éiiioii¥cir, envoie à GonstuitSiiopTe la jeune Berthe^ enftint qu'il ami^ eae (Fune^ A^ se» courtisanes. L'orgaeilleuse eour d'Orient, se montrant satisAiiCe de^ ce* choix, fit à Bterthe hi plus briRante réceptSeD*. La j^inteprineesse, selrniFusage d^ cette cour, elhangea de nonr en montant sur le tir^e d'Orient, et fiit appelée FtKtoœie... €'e ftit fe dkmter triomphe db^ ForgueH du roi Bttgues.

leprniee'(iui avatttr&h?, persécuté, déponiffl^ltouseeuYqUïravaieDC Ait puissant, allait k son tour subir les améres atteintes de Ilngratitude. Ceux qu'il avait le plus comblés de faveurs et de largesses, ceux-A même dont ramftitfon toujours inassouvie Tcvait le plus entraîné à affronter îe bMme puftlie , devaient être le^ 'premiers à Fabandtnraer, à lé trahfr. Geler s'est toujours vu, cela se verra toujours. Quant à Hugues, jamais prince neméntï plus que luf de rencontrer des ingrats : ce qur à nos yeur n'iexcuser nf l'ingratftude nr la tra- JsSsm. Mieux vaut Fhomme qui, dé* bonne* fbf et même pour son seuT intérêt propre, soutient une cause* mauvaise, que celui qur h trahit en lAche , quand une fbiis if en a pris la défense , et surtout quand il a aidé à la compromettre^ par les excès dé^ sa' propre ambition. Ainsi fit Manassès, ce fameux archevêque d'Arles, à qui , sans égard aux lois et aux régTements &e Ffe^ise, nous' avom vu* Hugues* confier les évêchés de Térone, dfe Mantoue, de Trente et îe gouvernement du Trentitr. Manassès, en reconnaissance de tant de faveurs et de fargesses , donne le premier le s^naT de ftt révolte contre celui dont H fut constamment fo complice provocaticur et la créature la plus rémunérée.

L'importante forteresse de Formigara était la clef de la marche de Trente et de PIMie. Adhûardy affidé de Manassès, en avait Te commandement. Bérenger, à la tête die quelques troupes qu'il a ramassées <&ns Ih Suève, se présente* devant cette pliaice qui luî ouvre ses portes * . Ee marquis d'Yvrée, pour prix de cette première conquête, promet à Adhélard l'évêché de Como^ et à Manassès l'archevêché de Milan. Guy, évéque de Mbc^e, séduit par des promesses non moins brillantes, court fortifier le parti du ffb <f Adalbert qu'avait rejoint Uilon, cet ancien comte de Vérone quiv dans lé temps, s'élarit fètit le vengeur du

' UluaATORI. -— GiVLINI. — ^lANNONB.

LiYHE n. — CBttpm» III. 175

meurtre de Bér enger. Le sfonpçonneiix Etaq^es teiiaM dtepul» long* tenip» Miimi captif à sa eotxr ; naitceeamte était fwveira à briser sa chatBft en enivramt se» gardes dans «v fe^n. Il n'était au mxÀftiB ni tnitare, ni défectionBorre : peraéeulésmi» le r^goe deBugne», n'ayant iavuaài m\né l'élflila trifmqluHte' de ee siaeaniaftr Di&eii en pfrenant parti «Bise: le despote^ en eaMrani se ranger som le» dcapewix do pelifc-ffla de aoa aafiie» wêiÊref C8»prit ei il son def otr en homme deceeiif^

▲ kl BOiweHe de 1% dé&etie» de l^ivéïpie de Modèee» Hugues raasenbledes treupes- ^ etvanmiafiec le ekâteM insportamC de Yign^ *, i»itué sur le Panaro et appartenant à ce prélat. Pendant cpi'il s'épuise eft vaine efferts eoafre cette Coeteiesse, Béreoger se difige yers Milan où Fap^leni Farchevéïpie Aidéric et les ph» poissonls seigneur» de laLembardîeqttiFatfctfeilkiiicciBnieiiftlibérateury eliqovil prodigne les ^ue ialteusc» promesse» ' .

LC'Bri^de Lonhftfdiey fieil,. ams tfop tard.» que tout las échappe;: il sent. de tottte» portserwlsr Tédifee de s» puissance; it comprend alors tout le néant d'une grandeur qHi» ne repose ni sur se» droits, ni sac Uaffeciioa des« peuptes^ d'une grandeur 91e ki force et Tastuce oBt créée» qne le vielence et la trabiee» ont si peu de peine à dé-

Une diète s'assemble à Milan en présence de Béreager^ ponr prononcer kl déchéettee de Hugue» et poovwMr ensuite à la vacance duf trône. Hugues retourne brusquemeirt k Favie ; moia voyant que sa laaavmae fertiuie a gtecé pous hii tous» les Cttufss^ il cède à l'orage ; toujeun se»ple^ cmitelesKY it paend le parti d'envoyer à la diète de Milaft sea. fila Lothair e, associé par lui à la royauté; jeone prince doax^ aimable, boa, que m le peuple^ ni les grands ne rendaient respeseable des faute» et dea crisM» da> père. H fait représeiÉer aux membre» de la diète que si la royauté de Hugues leur est devenue intolérable, il leur convint de reconnaître et de continuer celle de son fils qui ne leur a fait aucun mai, et dont il» pourront diriger euxmèm^ rédncatfon comme roi. Le spectacle de rabaissement du bon Lothaire touche les seigneurs qui, sans que Bérenger cbercfae

* Ann. d'il,, tome Y, page 324, anno 945. ' Patrie de Muratori.

* Nous TeDons de voir qu'il avait promis à Hanaasès l'arefaeTéché d'Ardérf c.

176 DECXIÈHE ÉPOQUE.

à y mettre obstacle , le proclameot leur roi d'une voix unaniine * .

Hugues, profitant du moment où on le croît abattu par l'adversité, amasse ses trésors» les dirige vers les Alpes et suit son riche convoi ; mais arrivé au pied des monts élevés qu'il va franchir, il reçoit l'avis que les Lombards, mécontents d'avoir changé de mattre, et se méfiant de Bérenger à qui ils ont confié la tutelle de Lothaire, songent à loi rendre la couronne. Hugues, qui connaît la versatilité de l'esprit lom^ bard, croit à cet avis si flatteur pour son orgueil ; il revient sur ses pas * avec tout son bagage, et n'est pas peu surpris, à son retour à Pavie, de voir Bérenger l'accueillir avec toutes les marques do respect dû à la majesté royale.

Mais Bérenger lui avait tendu un piège ; les trésors immenses que Hugues faisait filer vers les Alpes, pouvant plus tard venir en aide à ce roi pour reconquérir, par la corruption et par la force, le sceptre de Lombardie, son rival préfère qu'il reste en Italie, qu'il y conserve sa royauté plus compromise et moins redoutable sur un trAne avili qoe dans l'exil : car s'il rend le titre de roi à Hugues , il s'en réserve toote l'autorité sous celui de marquis d' Yvrée.

L'astuce de Bérenger exploita merveilleusement cette position équivoque, à double fin, en éludant, sous prétexte d'une autorité plus forte que la sienne, l'accomplissement des promesses prodiguées naguère pouc se créer des partisans , tout en usant de la plus large faculté pour combler ses affidés de faveurs et de biens au détriment des amis et même des parents du roi.

Ainsi, par exemple, on le vit ' retirer des mains du marquis ou duc de Toscane , fils naturel de Hugues , le duché de Spoletti pour le conférer au comte Boniface , ce seigneur puissant , beau-frère do roi Bodolphe , dont l'habile manœuvre à la bataille de Fiorenzuola avait ramené la victoire sous les drapeaux du prince bourguignon.

Hugues ne put se courber longtemps sous le poids d'un aussi ho-

* LlCTBPRAND. — MURATORl. — GiCMNI. ~ YeRRI.

I] est, dans ce récit et dans ce qui va suivre, quelques circonstances qui nous semblent un peu étranges et à peine croyables. Il ne nous parait pas nécessaire de les préciser ici. Nous les reproduisons telles qu'elles nous sont racontées par les histc* riens les plus accrédités , les moins sujets à caution et les meilleurs sinon les seuls à consulter sur Thistoire de cette époque reculée. Nous avons expliqué ces faits le mieux qu'il nous a été possible.

* LlUTUPRANO. — HURATORI. — GlULINI, CtC.

' MuRATOTiy ^nn. d7r.> année 946.

UVRB III. — CHAPITAB III. 177

miliant abaissement. Il ne subit ce supplice que tout le temps nécessaire pour faire secrètement passer en Provence les trésors dont il avait dépouillé l'Italie, et qu'il avait eu l'adresse de soustraire à l'ardente convoitise de Bérenger.

Quand il se sentit en mesure , il quitta furtivement la Lombardie» laissant son fils à la discrétion du marquis d' Yvrée , et repassa les Alpes.

Selon quelques historiens , Hugues se serait retiré dans un couvent d'Arles » qu'il aurait doté d'une partie de ses richesses et où il serait mort bientét après.

D'autres écrivains , sur la foi de Liuthprand , croient avec plus de fondement selon nous , que ce prince trop fameux , à peine arrivé en Provence , sentant sa fin prochaine , se borna a s'envelopper » selon rasage de ce temps-là, dans un habit de moine, et qu'il attendit la mort sous ce vêtement , eti signe de repentir et en expiation de ses fautes.

Hugues avait régné en Italie vingt et un ans, neuf mois et trob jours. Si son génie, qui le poussa au mal , s'était tourné au bien, ce prince eût été peut-être un grand homme. Le problème d'une si longue domination sur un peuple remuant, indocile , inconstant, une grande habileté seule a pu le résoudre , surtout au milieu des scandales publics et privés dont la cour de ce roi donna le triste spectacle , et qui peut-être l'engagèrent dans la voie périlleuse ou il trouva sa perte.

Bérenger , qui le suivit de près sur le trêne , eut tous les vices de Hugues sans en avoir le génie.

Confier Lothaire au perfide marquis d'Yvrée, c'était vouer le jeune prince à des périls incessants , à des malheurs plus grands que Texil ; c'était livrer l'innocente proie aux serres du vautour. Dieu n'accorde pas la faveur de l'exil à tous les fils de rois déchus. II en est , comme Lothaire, comme le fils de Louis XYI, qu'il livre, jeunes et innocentes victimes, à la férocité de leurs bourreaux ; il en est » comme Joas , que dans sa sagesse providentielle il écarte à propos des marches du trône , pour l'accomplissement de ses vues mystérieuses, laissant à d'autres les angoisses et les périls d'une grandeur trop environnée d'abtmes. Habitué, sous le joug paternel, à ne porter la ooa* ronne que comme un joyau brillant , Lothaire , dans les premiers temps de son règne , depuis la fuite de son père , ne connut pas da*

178 DBDUiHE ÉPOQUE*

vantage, êous Bérenger , les droits et les prérogaiîfa de la royanCé.

La fille de Rodoli^e de Bourgopie , AdOtiits d'abard fiaa^ée de Lothaire, était defemie ' sa fasmie quasd elle eut atteint m année. Absorbé dans la contemplation de iak beauté de épouse 9 sous le ehanne des précieuses cpiaUtés et des nns wrtos de cette douce compagne » ajovttfit bientôt à «cette première fèUdlé rivrcsse non moins grande de se voir renattre dans un enfant adofé*, tout k œ bonbeur intime, oâmA conme aant mélaBce , k fls de Hugues ne s'était pas aperça qu'y ne putatt^n'une fioufiauie atifie, et qu'il n'était roi que de nom.

Le jeune monarque^ léaeiUé enfin de son entsanote léitofie par les remontrances de qnelqnes nttndévnués , puni un OMment s'apercevoir que le double benkenr de pàpe et d'épnui: n'était paa le aenl but d'une vie royale; on loi fit même cnnpreadre toaft ie péril dl*éhre ainsi à la Ascrétîen d'un iionnne td qne Bénenger. Maisqne faire? Les bras qui enlaçaient la victime n'auraient fait que l'étouflEier plus lot , si die eût ebendhé àae débattre* U n'était pfais temps de mxwirir À des voies énergiques. Un aatne moyen s'ofiiit an zde desnnw dévoués de Lotbaire. Il est pcohaUe que les aains ^n'on ae donna povr conjurer le péril ne firent fne pnédpiter la eatastrapht.

On raconte que Constantin , easpereur d'Orient et bean-pèie de Berthe ou EudoKie , soeur dn jeune rai , piévean des fnatas appaéfaenaioDS des amis de Littaîre^ fit neprésenter k iiéinngeriQunia jeunesse du fils de Hugues était confiée à sa sagesse et à sa loyauté: il ini fit dire encore 4tt'ii vernâtaree plaisir des amhassaiengs de I lamba i-d le à la cour de Gonstantinople , venir lui parier l'attaranoe ^pas JaimeUe du jeune roi était en de «ûnesetfiddesnMins '.

L'historien lAuUiprand « érèqne de CréflMme ict anôna |ia§e de Hugues, était » œ amment l'ian des aaoïétaines de lénengar. Ce fat lai que le marquis d'Yviée changea d*aUer porter t en aon nom , â

* En 9i7, contre l'opinion des pères Mabîllon et Pagi, yui font remonter ks noces h l'année 987. Muratorï, se fondant sur ce qu'écrit saint Odillon dans la Ft><ie jointe AdéMidê, el sur un doeument «nstant dais l'église de fiem-Sotmcforée Parie, pen^e «vec raison f«« les fiaiicflsllfl6«nr«iit àîea«Ba37M le BMnriafgBcn 047. (llàine T , page 235, anno 950.)

' Cette enfant, du nom d'Emma, moniA quinze ans après sur le trône de France . par son mariage avec LotMre, «ouverafii de ce royavme.

' làvrm^MÀsa». «^ McmâjmMm^ Gnniai, el&

UVRB la. "^ CBAPITSB III. 179

Tempereur d*Orieat » les plus formelles protestatioDS d'amour et ée fidélité à son jeune souverain.

Liuthprand raconte qu'il partit pour Constantinc^ , fier et heureux d'être le porteur, auprès de Fimpératrice Eudoue, de ces consolantes assurances. Mais Bérenger, prodigue de belles paroles» et aiwre en fait de largesses et de dons , avait feûat d'aoUier^ue ies ambassades princières n'approchaient da trône impérial d'Orient que chargées de riches offrandes. . . ▲ la vue des présents magnifiques que portaient aux souverains du Bosphore les ambassadeuiis ifOtthnn de Germanie et de Bamire U, roi d'Espagne, Liuthprand fiât saiû ds honte, lui qui n'avait rien à offrir que iies phrases pompeuses .de la part de son mattre. Plutôt que de se résoudre k paraître les maios ^ides au pied de^ce trAne .éMauissaol; de nftagnificence^ il pût le parti d'offrir à l'empereur , AU nom de fiérenger^ quelques riches joyauK et quelques élégantes parures qu'il avait achetées de ms pr^aipras déniées. Ces présents et les protestations de fidélité présentées au nom du nouu^quis d'Yvrée par un hommue juassi connu de l'impératirice que liuthprand, reçurent; bon accueil i la cour de GonstaBtinopIe *.

Tandis qu'on rassurait la frâieesae £udoxie sur le sort de mn frère, le jeune et malheureux prince approchait du moment où Aé^ renger allait lui payer sa dette de reconnaissance.

Ses «mis dévoués et la vertueuse Adélaïde s'aperçurent bientôt avec effroi d'une grave altération dans la santé de Lolbaire. Un mal intérieur, inconnu, rongea sourdement cette jeune existence de roi .; enfin, trois ans, sept mois et deux jours flqprès la mort de Hugues , et dans la vingtième année d'un règne éphémère, lothaire tendit le dernier soupir * .

Frodoard, liuthprand et les autres «écrivains qui ont traité^se triste point de l'histoire, ne doutent pas que l'époux d'Adéiatde ne soit mort empoisonné, et imputent ce crime au marquis dTvrée. Tous les hommes dont la clairvoyance parut suspecte et capable de soulever le voile de ce sombre mystère, furent écartés, privés de leurs emplois, et bientôt même persécutés par Bérenger.

Liuthprand, en sa qualité d'ancien page du père de la victime, ne pouvait être mis en oubli dans cette proscription commune des hommes qui faisaient ombrage au tyran. Il fut dépossédé de son

* Histoire de V Église, par B.-B., tome Y, page 90, note l'«. ' Année 949«

évèché de Crémone, et, pour se soustraire à de plus grandes disgrAoes, il se réfugia à la cour d'Othon qui, dans la suite et après la déchéance du meurtrier de Lothaire, le rétablit dans son siège épiscopal.

La dépouille mortelle du malheureux fils de Hugues fut transportée à Milan pour y être inhumée.

Un fait rapporté à cette occasion par Giulini, Yerri et d'antres historiens S démontre à quel point de stupidité l'ignorance était tombée en Italie vers le milieu du x!" siècle.

Ces écrivains racontent que Milan, se trouvant dépourvu de marbre pour la tombe du royal défunt, on brisa une grande table ou était gravée la disposition testamentaire par laquelle Pline (Gaîus) dotait la ville de Milan pour Tentretien perpétuel d'un bain , d'une bibliothèque, d'un collège de garçons et de jeunes filles. Ce marbre, divisé en plusieurs compartiments, servit à former le tombeau ; on eut soin seulement de retourner vers l'intérieur * les côtés où étaient tracés les caractères qu'avait mutilés et à demi effacés cet acte de vandalisme.

Ainsi , tel devait être dans la péninsule, au bout d'un siècle et demi, le résultat des efforts persévérants tentés par Gharlemagne, son fils, et quelques-uns de ses petits-fils pour y rallumer le flambeau des lumières !

■ TaiSTiANi. Calchi. hist. , part. Hb. 1 , page 18. — âlciati, lib. % page 12S. — GiuLiici, tome If, pages 231 et suîTaDtes. — Terri, tome !«', page 132.

* Oq lit dans un ouvrage récemment publié *, qu'en Orient, là où furent des cités opulentes, nombreuses et civilisées, on ne rencontre plus que de majeslueux vestiges» des murs tombés , des théâtres et des aqueducs brisés , et , au milieu de ees restes des temps passés, des populations éparses , rares , dégénérées , à demi sauvages » les exploitant comme des carrières.

Quand ces Grecs , qui ont oublié jusqu'à leur langue originelle, se décident à élever quelques misérables cabanes ou édifices , ils vont chercher les pierres de ces ruines imposantes, et ont grand soin de tourner en dedans les bas-reliefs et les sculptures où lliurope savante cherche à retrouver quelque indice des siècles écoulés.

Ce rapprochement , ces mêmes signes d'ignorance stupide et sauvage ches des peuples dégénérés, nous ont paru dignes de remarque.

* F9}fag€ à CmmantinopU^ dans VJtie mineur* , etc., etc., par D. Poujodut (Iobk f«r}.

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