‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 109 sur 137 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bérenger II , roi de Lombardie. — Infortunes d'Adélaïde. — Sa captivité, — B» délivrance. — Embarras de sa situation. — Elle ne peut compter sur l'aide, ni de la Bourgogne, ni de la France, ni de Constantinople. » Pourquoi il n'en est pas de même de la Grermanie. — Othon le Grand. ^ Son fils pénètre dans la péninsule. — Otbon y fait reconnaître son autorité. — Entrevue de ce prince et d'Adélaïde à Pa>'ie. — Leur mariage. — Othon convoite la couronne impériale. ^ H échoue une première fois. — Révolte de son fils Ludolphe. — Othon retourne en Germanie. — Démarches de Bérenger auprès de ce monarque. — Généreuse intercession d'Adélaïde. — Othon pardonne à Bérenger. — A quelles conditions. — - Troubles nouveaux en Germanie. — Guerre sanglante. — Fatal appel aux Hongrois. — Bataille du l,ech. — Complète déroute des Hongrois sur le théâtre do. noire immortelle campagne de 1809.

Après la mort de Lothaire, une diète générale fut réunie à Paviq par Bérenger qui, le 15 décembre de la même année S ou vingU quatre jours après le décès de sa victime, fut proclamé roi de Lombardie sous le nom de Bérenger II.

Ce roi nouveau se sentit bientôt mal à l'aise sur le trône. Les affreux soupçons soulevés par la mort de Lothaire avaient glacé toutes les âmes. On pressentait partout que Bérenger marquerait parmi les plus intraitables et les plus farouches de tous ces rois que le malheur des temps avait fait passer sur le trône de Pavie. Partout on prévoyait qu'un régime de méfiance et de terreur allait plus que jamais peser sur les Lombards. La disgrâce, les persécutions qui atteignirent dans les premiers temps les amis trop dévoués du dernier roi, ne firent qu'assombrir cette disposition générale des esprits. Il ne fallut pas longtemps à Bérenger pour se sentir dans une voie de péril. Un moment il fit trêve aux mesures rigoureuses; un moment ce prince songea à donner une direction nouyelle aux ténébreuses conceptions de sa.

■ Année tWO.

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politique.... La reine Adélaïde De s'était pas éloignée dePavie. Béronger n'ayant pas osé encore se délivrer par la contrainte de la présence de la veuve de sa victime, son audace conçut le projet de tirer parti de cette même présence qui lui avait tant pesé jusqu'alors. Aucune preuve n'établissant que Lothaire est mort par suite d'un empoisonnement, le crime n'étant que soupçonné, un moyen s'offre à l'imagination du despote, d'anéantir le fait et le soupçon même du meurtre. Cet expédient qu'un tel homme pouvait seul imagina, et qui semble à Bérenger devoir lui ramener le» esprit» les plus pcéveniis, le réconcilier avec les partisans de Lothaire, et hiî faire un ami et un allié du nouveau roi de la Bourgogne transjurane, frère d'Adélaïde, cet expédient eurieux n'est rien moins qu'an projet de mariage entre la veuve de Lothaire et le fils du meurtrier de ce malheureux roi.

Willa^ épouse de Bérenger, femme hautaine, emportée, vindicative, se chargea de la réussite de ce beau dessefai. D'aboid elle eut recours aux douces manières et aux caresses ; mais Adélaïde n'opposant que des refus à des offres que d'autres qu'elle eussent peut-être trouvées brillantes, Willase livre contre cette malheureuse princesse aux emportements d'une brutale fureur.

Adélaïde, après avoir subi les plus affreux traitements * sans que sa résolution s'en ébranlât^ fut enfermée dans une tour isolée, sur le lac de Benaeo, aujourd'hui lac de Garda ^.

Là encore, la veuve infortunée fut assaillie par les instances et les menaces de ses persécuteurs ; mais tous ces nouveaux efforts échouèrent contre un cœur disposé à tout souffrir avec résignation, à ne jamais murmurer dans les afflictions de la vie, et à remercier Dieu des maux comme des biens. Cette douce et jeune femme qui devait ceindre la

> SairU OdiUon * mu» moftlre WUia ^ autant subir k Adélaïte les ^us cmeUtf tortures, lui arrachant les cheveux , l'accablaiU de coups, et la foulant même aui pieds. t

« Innocens capta, ditersis angastfaU» emeiaiibos, eaptlKftcasarMi Aaliactfs^ frcu qucDler pugnis exag;itata et eakibus ; wak tantumdem fkaalà ad HitÛBan tetn.< » inclusa canceribus.

* Quelques historiens pensent qu'elfe fut retenue prisonnière sur le lac deùmo, et s'étayent pour émettre cet avis d^one tmcription découverte à IVèves et dtée psr l'annaliste Baowvmcs, Vréftesy lib. 9i.

Muratori croit avec Donizon^ et nous paraît établir qu'Adélaïde fut renfermée dans une prison d'État située sur le lac de Garda.

* Skvn Odiu.09, «Ufbé de Clugny, dans ta Vie de iainte Adéla\de. jipud Canù^

UYRfi m. — CHAPITRE IV. 18S

triple couronne de reine, d'exilée et d'impératrice, car l'exil et l'infortune noblement endurés sont aussi une royauté, était destinée à porter dans te ciel la plus belle des couronnes, la couronne de^ saintes. La postérité chrétienne l'appelle , depuis bientét mille ans , êainte Adélaïde.

Quand Dieu permet que le malheur frappe des têtes augustes, sa divine sollicitude fait éclater de nobles dévouements qui, s'ils ne parviennent pas toujours à vaincre le malheur luï-méme, en adoucissent au moins l'armertume pour ceux qu'a atteints l'adversité, pour ceux & qui l'on se dévoue.

Un prêtre , et toujours il s'en présente quand il y a des larmes & essuyer ou quelque infortune à adoucir, un prêtre nommé Martin % avait suivi de la pensée et de Toeil la trame tissue contre Adélaïde. Il avait sa les souffrances de la jeune reine , les indignes traitements qu'elle avait subis , sa noble fermeté et son angéttque résignation. ËlHant toutes les démarches des l&ches persécuteurs de la veuve de Lothaire, il les suit, inaperçu, jusque sur les bords do lac de Benaco^ et voit les portes de la tour isolée se fermer mystérieusement sur cette reine de dix-neuf ans, à qui il ne reste qu'une servante pour toute compagne *, et Dieu seul pour espérance.

Gomment tromper la surveillance des sbires nombretrx préposés à la garde de ta précieuse victime ? Gomment parvenir jusqu'à elle? Comment hii donner à entendre que de fldèfes amis songent à sa délivrance? Gomment Fafrracher de sa prison ? Un zèle persévérant surmonte les obstacles qu'au premier abord on a pu croire invftrcibles.

A force de soins, d'investigations, de recherches, le prêtre^ M artm parvient k connaître enfin la chambre où fa reine languit captive. Cédant à l'inspiration d'un soblime ifévonement, 11 creuse ^ pendant de longues nuits , dans la direction du fort , un chemhi souterrain , comme des soldats mineurs pratiquent dansr les flancs de Ta terre une secrète voie pour s'élancer à fimprotisfe au cœur même d'une ville assiégée ; ses persévérants efforts le conduisent sous la tour ; il en perce les fondements, parvient jusqu'à la triste demeure de la princesse qu'il

' Saint Odulon, Vied^Adélaide.

2 Ibidem.

Nous n'avons trouvé dans aucun récit ({ue la jeune enfîint ait partagé sa captivité. ' Saint Odillon. « La poëtette Rosweda. — Muratori. — Giulini et autres.

184 DBDXliMB BPOQUB.

entraîne avec son unique compagne loin de ses barbares ge6lier8 *.

Grande fut Valarme dans la tour quand on s'aperçut de la Tuile d'Adélaïde, et non moins grande fut la fureur de Bérenger quand cette nouvelle lui parvint. Partout on envoyai la poursuite de la royale fugitive.. • Tout fut exploré, fouillé, mais vainement.

Des bois solitaires offrirent un refuge assuré à Adélaïde qui, ainsi que la compagne de sa captivité et de sa fuite, avait dû prendre des vêtements d'homme ; et de simples pêcheurs furent envoyés là par celui qui veille à tout, pour pourvoir aux besoins de cette infortunée reine qui, plus forte que l'adversité, était appelée à donner bientét sur le trône impérial l'exemple des plus rares vertus.

Adhélard, évêque de Reggio, était un des partisans les plus dévoués d'Adélaïde. La veuve de î^othaire envoie le prêtre Martin pour lui faire connaître sa situation. Le prélat appelle aussitôt à lui Albert Azzan^ noble et loyal serviteur de race lombarde, qui possédait comme jBef de l'évêque, le cb&teau de Canossa, forteresse que sa position semblait rendre inexpugnable '.

Azzon réunit en secret quelques hommes d'armes ; fier de la grande mission confiée à son zèle, il pénètre dans la retraite d'Adélaïde, lui fait agréer les offres de son dévouement, et lui sert d'escorte avec ses guerriersjusqu'au château de Ganossa.

Tout avait été conduit si secrètement que la vigilance de Bérenger n'avait pu suivre la trace de cette nouvelle fuite ; mais on pouvait plus tard la découvrir : d'ailleurs, quelque inexpugnable que fût la forteresse, on pouvait, avec le temps, la réduire par la famine. 11 fallait au zèle d' Adhélard et d'Azzon plus de sécurité pour le précieux dépAt confié à leur garde, qui, en définitive, sauf les respectueux égards dont on l'entourait, n'avait fait que changer de prison. Il fallait donc d'autres protecteurs... Mais où trouver une puissance qui pût et voulût embrasser contre Bérenger la querelle de la fille de Rodolphe?

Son frère, le roi de la Bourgogne transjurane ?... Mais ce prince, enfant encore, était peu fait pour intimider un roi de Lombardie; d'ailleurs la voix du sang et de la parenté entraîne bien rarement les grands de la terre à des hostilités que ne leur conseillent ni la prudence, ni la politique.

> 20 août 951.

* Saint Odillon. — M ueatoei. ^ Gicuia, eic.

L1VRB Iir. — CHAPITRE IV. 185

Pouvait-on compter sur la France ?. . . Voyons en quel état était alors ce royaume.

Des descendants de Charlemagne en occupaient encore le trône qu'entourait le mépris public. D^ la mort de Louis lY , roi de Germanie, nous avons vu les Austrasiens conférer la couronnée Conrad, et fouler aux pieds les droits qu*eût pu invoquer Charles le Simple dont ils redoutaient peu le ressentiment.

Comme pour Charles le Simple , ce qui restait de la France à son fils Louis d'Oulre^mtr n'était plus qu'une agglomération sans unité, informe , monstrueuse de petits Etats pressurés par de petits tyrans , jaloux les uns des autres et guerroyant entre eux , n'ayant d'autre frein que l'ambition et la cupidité de rivaux plus ou moins puissants. Le roi retenu longtemps prisonnier par Hugues le Grand » n'était qu'un fantôme et son autorité qu'une vaine ombre.... Les choses, dans ce malheureux pays, en étaient venues à un tel point de désordre et de désorganisation , qu'il importait peu à la France, à riSspagne, à la Germanie, à la cour du Bosphore, à l'Italie enfin, que le roi de France s'appelât Charles le Simple , Raoul , Louis lY ou Lothaire. Où était le roi dans tous ces rois qui s'entre-choquaient, qui se succédaient ? Où était la main qui tenait le sceptre de Pépin le Bref ? Il n'y avait plus qu'une royauté réelle en France, la/eWa* lité,.. Venant en aide aux funestes dévastations des barbares, la féodalité avait successivement détruit la filiation des lois , interronqpu la succession des coutumes , anéanti la législation de Charlemagne, et elle finissait d'engloutir dansl'abtme creusé par elle, la royauté des Carlovingiensrqu'elle-mème avait fondée.

L'Orient ne pouvait pas plus que la France.

Constantin Porphyrogénèle avait, comme nous l'avons dit, vu s'asseoir près de lui, sur son trône, Romain Lécapène et les enfants de cet audacieux aventurier. Les intrigues intérieures de la cour du Bosphore continuaient à la rendre impuissante au dehors. Délivré enfin de Romain et de ses enfants , Constantin s'était trouvé un moment seul mattre de l'empire. Sa faiblesse , sa cruauté et son intempérance donnèrent un libre cours à la vénalité, à l'intrigue et à la corruption. Habile dans les sciences et les arts , il eût pu aider puissamment à leurs progrès, et il les laissa s'ensevelir dans l'abtme commun.

Son fils Romain , le jeune, époux d'Eudoxie , associé à l'empire en 948, et bientôt las de la tutelle de son père » s'était délivré par le

poi3oo de cet inconuuode collègue que froidemeot il avait va mourir dans une lente et iacurable langueur. Ce règne coimaaocé par an parricide, devait se tratoer pendant trois ans encore à travers de nonveaux crimes non moins odieux ; et Romain^ rongé par la débauche, devait finir h vingt-quatre ans sa misérable existence.

Constantinople^ d^uis longtemps, voyait se auecéder sur le trône d'Orient des mattres qui osaient bien encore conserverie titre d'ennpereur^ ramaioi, mais pour fomenter des troubles dans la péoinsule, et souvent même pour y fioivoriser les incursions des Sarrasins « plutôt que dans la pensée de reconquérir hardiment l'autorité en Italie. Enfin , ne venons-nous pas de voir la cour de Gon^antin<Hple , c^te cour na^uèr^ si hautaine , tombée aisez bas pour agréer , comaie %mcée d'un de ses empereurs , la fille bâtarde d'uji simple roi de Lomhardie ?

Tandis qu'è l'occident et à l'orient deux grands empires, jadis rivaux et mattres l'un après l'autre de l'Italie» traînaient une existence twjours plus compromise au milieu de leurs propres débris, le Nord avait vu, des démembrements épers de Tempire de Charlemagne, se former un royaume que le patriotisme des princes germains avait rendu redoutable, en se liguant sous un seul et m£me roi« conb« les. Hongrois^ les Slav^» les Vénède», et autres barbares qui désertaient la Germanie.

Henri qui aux talents du législateur joignait les vertus militaires» avait reculé les frontières du royaume , chassé les barbares et mis l'ordre dans le chaos féodal ; mais , trop absorbé par ces nobles travaux , nous l'avons vu peu désireux de compliquer les embarras de sa royauté par la conquête de la Lombardie et même de la couronne impériale des Romains. Un autre devait avoir ce courage.. ». Cette gloire, nous l'avons dit, était réservée au génie de son fils.

Les commencements du règne d'Othon furent troublés par le soulèvement de ses plus puissants vassaux ^ . Ce prince , étant parvenu a les soumettre , les avait dépouillés de leurs États dont il avait doté ensuite sa famille. Le roi de Danemarck, vaincu par ses armes, était devenu sou tributaire et avait embrassé la religion du vainqueur.

Depuis le vji'' siècle, Mahomet, Charles Martel, Aaron-aI-Baschid« Charlemague, étaient successivement apparus au monde comme des

' PoFnND. — Rows. — PiUaus.

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