‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 118 sur 137 · LIVRE RÉTROSPECTIF · texte numérisé non relu

LIVRE RÉTROSPECTIF

Les querelles, les exactions, les turpitudes des rivaux sutNiHemes qui se disputent en Lombardie la souveraine puissance, vont faciliter les voies au grand homme pour la réussite de ses projets ambitieux.

Comme son aïeul Bérenger après la victoire de Guy, le 61s da marquis Adalbert avait été chercher contre l'injuste oppression de Hugues un refuge à la cour de Germante. Rappelé par la trahison des hommes les plus chargés des faveurs du despote, Bérenger reparaît dans la péninsule. Tout à son approche abandonne Hugues, qui obtient à grand'peine que le jeune Lothaire, son fils, dès longtemps associé à sa royauté, et qui naguère sauva le marquis d'Yvrée d'un grand péril, soit maintenu sur le tr6ne des Lombards.

Le farouche Bérenger, mattre de cette jeune et belle vie confiée à sa loyauté, Tabrége par le poison et paye ainsi sa dette de reconnaissance.

La veuve de Lothaire est belle, vertueuse, adorée des Lombards; elle serait l'ornement et peut-èlre l'égide de la nouvelle puissance de Bérenger s'il associait la cause d'Adélaïde à la sienne. Le nouveau roi veut lui imposer pour époux son fils Adalbert; l'héroïque veuve brave et supporte en sainte les plus cruels outrages : elle préfère une dure captivité à la honte d'une telle alliance; et tandis que la voie de l'exil va la conduire au trône impérial, Bérenger, croyant affermir sa puissance en la persécutant, marche à sa propre ruine.

La Lombardie s'émeut enfin. Les collisions intestines, les troubles incessants qui déchirent ses propres entrailles dans le seul intérêt de quelques rivaux effrontés, avides de puissance et d'or; ce régime précaire, convulsif, qui l'épuisé et la fait se dévorer elle-même dans son isolement; tout ce présent ruineux, sans gloire, absorbé par de misérables intrigues, souillé par de honteux scandales, font revivre dans sa mémoire et dans ses regrets, un passé qui, s'il ne fut pas exempt de vicissitudes, avait du moins, nous le répétons, fait de la Lombardie le soutien et l'arbitre de la péninsule italique.

Une nation forte et puissante, égarée dans de fausses voi^^^ peut d'elle-même , quand sonne l'heure des désillusionnements , ccriper court aux épreuves funestes et fermer l'abtme ouvert sous ses pas; mais il est rare qu'un peuple secondaire échappe ou n'ait pas recours^ dans les crises qui l'agitent, à l'intervention de quelque grande puissance. Cette fatale extrémité, la mobile et capricieuse Lombardie? dut souvent la subir et la subit cette fois encore; mais à qui demander /

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aide et protection? Où trouver un pouvoir fort, compacte, protecteur, qui, dissipant le chaos, fonde un nouvel état de choses plus régulier, plus stable, moins sujet enfin k des secousses violentes ?

D'un côté, la France, trop afiaiblie par le morcellement de son territoire , par l'incapacité des derniers Carlovingiens et par l'ambition toujours plus inquiète des grands vassaux devenus rois ou impatients de l'être ; et d'autre part, la cour de Gonstantinople plus que jamais livrée aux intrigues et aux collisions intestines, sont l'une et l'autre impuissantes pour répondre au cri de détresse parti du fond de la péninsule italique.

11 n'en est pas de même de la Germanie dont les rois ont enfin muselé l'hydre féodale et où règne en ce moment un de ces hommes providentiels, solution vivante des grandes crises qui bouleversent les peuples. Cet homme, ce roi, c'est Othon le Grand. Son œil rayonnant de gloire a pénétré dans la retraite lointaine de la victime de Bérenger ; la voix des amis de la royale exilée s'est fait entendre à son oreille au milieu de l'éclat de ses triomphes. Othon, le tuteur du frère, devient le libérateur et l'époux de la sœur ; accouru en Italie comme soutien de la veuve opprimée ; il en chasse le tyran Bérenger et s'empare de sa couronne ; bientôt, comme pour Gharlemagne, le royaume de Lombardie lui sert de marchepied pour monter à l'empire.

Ainsi les abus , les excès du principe qui avait fondé la puissance des Carlovingiens, conquérants de la Lombarbie , ayant amené dans les esprits un retour à un principe opposé, un grand homme, Othon de Germanie, fut là pour mettre à profit cette nouvelle tendance des peuples, et une grande révolution fut consommée.

Du double couronnement d'Othon à Pavie et à Rome, date réellement la longue domination de la Germanie sur le royaume des vieux Lombards, et, disons-le, sur l'Italie entière : domination de plusieurs siècles à phases diverses , souvent troublée par de sanglantes collisions, quelquefois suspendue, jamais complètement détruite, et qui, à aucune époque, malgré le bienfait de l'établissement des munici^ failles par Othon, ne donna à l'Italie une somme de biens assez forte pour y effacer le souvenir des règnes de Gharlemagne, de ses petitstib , et surtout de Louis II.

La France, depuis cette grande révolution, a parfois tenté de faire flotter encore sa bannière sur la péninsule italique où l'attirèrent , de tout temps, ses sympathies plus encore que son ambition ; mais

Saft UTftB KÉXAOSPBCTIF»

G^te i^ieiise bauiière n'y parut plm que eraune nae biilkDle voyageuse saoA {Miivair s'y fiier Iraf^ben^ps.

Charles YIU, Uuà XU, FraBVob r% y laiMàreat ncGesuvement des inoe» de grands revara.

< Les arméea de Louia' XIV y «nfc asleur fatale jDoaiée de ToriB. Sans Louia XY^ k asaiMuil de AUUebdiaei rîafaat dou PUlifpe ne purent séuik » ajpèa le désastre de FMaanoe (en 174&)» aiNie lea mim de TortoBe, queaeiBa «Ma hawMfnan df taiite par le roi de France à mhjsguer Fltalîa.

Enfin , Napoléon s'en vint par des prodiges de ces désastres»

Cao^ttète brttlaBla «t^kneMOMteit^iie paasag^l

L'épée de ce Boateai» ClMNdaaagBe replaça l'Italie aoiia Vif^ et Jtpiiîflaaooe de Ift France. GosMie a» bl* siède, neuaavaaesviidenea jeurs proamlgnar des décnli » des iaatitntiaBa tendantaaà U&isiûB des nMBiua et dea nnntiwae^y dea praplaa de Fcanae tÀ d'Italie qwe riieureux vainquenr anait rénnis sooa sas aeeptoe.

Un demii^îède s'est à peÎM éceidé dapaîs les premîeiB taomfbes du graad cafûtaiBe anr Beaulîen » jUtibiî et Wwaser » et défà , ikpuis plus de ^mg^àaq ans , ks codes napoléoMena sont ayés de la légisiatieo d'Italie^ et déjà Milaii , delà Y4inise ont aakiè deui raî& da Myaune tonhMiida -vénitien , daas denz «mpeceurs d'Aulrtcbe.

Malgré ces vicissiUides, natre orgueil aationd, notre pÊÊimprmus^^ nous pousseront peut-être pina d'une laia enoere fers^ette telle Lona bardie que parmi noua on se figure Àtoe wie fraetion^ une annœ notiireUe de la Francn, et dont les habîtanta s'appellent anx-mémes» non sans un sentiment de iianîté ^.UâP FrùM^sUdôV Italie,

Il y avait iiagmèra deux Loaabandks bien distincÉas, cooune anssi deuK influences opposéea qui la. si^jng^enL

La Lombardie, nord de k péniaBuk italifae ifu'elk conuaande et qu'elle protège au besoin , poste aiviancé d'oà l'Eure^ snrveîUe et menace k France. Cette Lombardk^ les traités de 1&15 k donnèrent ou la rendirent à rÀutrîcfae. Courbée sons on joug qu'elle détestait^ elle rendit longtemps sa position plus dure encore par des conspiraetions et dea révoltes que réprimait toujours k. nuiin puissante de ses maîtres ombrageox et vigilanls.

L'Antricbe, tdk que l'ont eoasiituée les traités de Yienne, aurait

iocoidié et iaceoclienit eocwe rEaropeplatftt que éd refionoer à oe royaume lombardo-véniêien , bordé, le long de MS «fttet ormiUlei, par rAdiktifwi, et dewna fone 4e tm «onditians^flnnitîeUeide litalité p<dit]qiie et conmieitiale.

Cette Lomftardîe, armée, mtéiMIe^ terrttaiîde, est depina fingt* cinq ai» et sera pnriMMeneBt lam|tflMpe eMon le piiage ée fJor

Il est «le aotra Loniiaidie, brâkurte , biife,enttwwwiartt» tarte vooée aux progrès des arts et de rinteUigieiioe, amie ëei plabim et de ia glafre , peuple & Pesprit fif , pétetant et q^elfMCoie laflÉas^pie* Cette LembarcSe a lofigtemps puru se MmieBâr foe lea fasdaÉcns de la plus teBe de ses capitales ftaudrifit «atMefoii lea Alpes femme de ta Gmie, et que des daegers eoummus €t use gMie comanme l'ont comme liée aux destinées de la Itasee à me époqw léoeote de fesioD... lAétmeirtdes esprits , Ik éfeeJeet des emors tMîeett toanés vers la France comme vers leur étoile polate.

E!h bien ! il faut lefcconmRre, ilfMit oser ledîre : «es dispositions ne sont plus les mêmes ; elles se sont du moins modifiées. LesdésiUiK sioDBemeDts , depsis qoelqnes années , 6«t lemplacé dea espénuaces trompeases; la généralioD de Fempifc a ineiHi; la jeune et nouvelle génération a teçu, dans les ceHéges delà pémaaele comme an seindes famSes, une durectiaii pta^^càhm, plusappropnéeamL nécesailés de répoque et des choses; le goaremement antrichien hri-mème, nacontnait moins d'indodlité , a allégé te peids de ses jm^; oertas il n'inspire pas en Loolbanfie de fortes sjEmprthies; mais il n'y «ncontre phs» du meins de ces haians viveees, implacables, mearteBes, qui amenèraatde si déptenrhles tigoema dans Icsptcmiers temps de sa domination.

Si nos ^ouvenieDtoevaicBt mieaB eonna la^UsposUien actudle des esprits dans la péninside, ils se fussent àbsteBus^ locade la crise orientale de 1840, de la menace irréflédiie de soolever, d'incendier oes belles contrées à la seule apparitioD d'un drapeau.

On souriait en Italie quand on y répétait ces propos malenoM* treux , qui n'avaient d'autre résultat que de compromettre la dignité de la France, et qui sans doute produisirent sur les bords du Danube le même effet qu'à Borne, à Napks et à Milan. U ne faut pas prêt tendre i la puissance d'ameuter , d'âectriser un peuple, quand on a donné l'exemple d'un c|ipel à la Pelegne snivi d'un ai triste ahandOB,

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et quand Tépisode d'AncAne est eocore Yiyant comme ud reproche dans tous les souvenirs.

Au reste 9 quand nous ayons parlé des Yieilles sympathies de la Lombardie pour la France , ce que nous pourrions rendre applicable à ritalie tout entière , nous n'avons point entendu y faire entreroir un vœu de ces peuples pour une nouvelle réunion à la France.

Et quand ce vœu eût existé , la France aurait-elle dû s'y associer? Aurait-elle intérêt à cette réunion ? Quel est le précédent , hormis l'époque qui a fait le sujet de notre livre, quelle est la tentative faite dans un pareil but , qui ne nous aient pas été funestes ? Et encore» rappelons-nous» pour ce qui regarde la conquête de Gharlemagne, qu'à peine maître de. la Lombardie, ce monarque dut y créer un royaume qui , pour lui comme pour ses successeurs » fut souvent un embarras et jamais une bien grande ressource.

La domination française fut, à cette époque , plus profitable aux vaincus qu'aux vainqueurs.

On se souvient que Louis XIY ne voulut pas de Gènes quand elle s'offrit à lui.

Enân, que gagna Napoléon lui-même à sa conquête de l'Italie , si ce n'est d'en déposséder l'Autriche et d'en avoir fait le théâtre de ses plus étonnantes compagnes? Quant à lui» il dut la morceler en viceroyautés et en royaumes.... Et l'on sait ce que Naples et Murât furent» en 1814» pour la France et son empereur.

Mais » dira-t-on» que signifiaient ces sympathies de l'Italie pour la France sans le vœu d'une nouvelle réunion de territoire?

Nous nous sommes expliqué sur une partie des causes de cette affinité de sentiments» du reste réciproques entre les deux peuples. Nous ajouterons que » dans le nombre de ces Italiens à forte intelligence ou à rêves fantasques » il en est beaucoup dont l'esprit s'était laissé fasciner par les mots de Inerte et d'indépendan^ef que depuis longtemps les Français faisaient retentir sur tous les points du globe, et ce prestige avait complété la sympathie qui » dans le temps, valut i beaucoup d'habitants de la péninsule l'échafaud » l'exil ou le earcen duro.

Quand la France » qui elle-même sait si peu diriger sa marche» se déshabituera-t-elle donc de vouloir régenter » exalter » révohitionner les autres peuples? N'a-t-elle pas assez des tristes épreuves qu'elle a faites de cette influence qui va toujours s'amoindrissant» grâce à tous

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hB mécomptes et aux adversités que certaines théories tratoent à leur suite 7

Que la France guérisse ses propres plaies au lieu d'envenimer, d'élargir celles des autres » tout en prétendant les cicatriser. Qu'elle ne berce plus les peuples, et en particulier l'Italie, de tous ces rêves décevants qu'elle a trop longtemps contribué à nourrir.

Ces utopies, aboutissant au même but» l'indépendance de la péninsule , mais différentes quant aux moyens de les réaliser et au mode de leur application, préoccupent toutefois encore quelques esprits en. Italie.

On s'y demande pourquoi l'Italie , comme l'Espagne, le Portugal^ la Hollande et tant d'antres royaumes moins populeux qu'elle ; pourquoi l'Italie, qui occupe près de onze mille lieues carrées de territoire, et qui compte plus de vingt millions d'habitants, ne formerait pas une seule et même nation.

Les uns y dressent le plan d'une république , une et indivisible ; d'autres y appellent de leurs vœux une organisation démocratique et fédérale à l'exemple des États-Unis d'Amérique.

Quelques-uns voudraient y fonder une seule monarchie ; d'autres enfin diviseraient l'Itatie en trois États distincts, savoir :

V Le royaume lombard, qui comprendrait la Sardaigne, la Corse « Gênes, Turin, Milan, Venise, et qui aurait pour limites méridionales, sur la presqu'île, les États pontificaux. Et, en ce cas, aux yeux du plus grand nombre , nulle maison royale en Europe ne paraîtrait plus fondée à revendiquer cette belle partie de l'Italie que Tiliustre maison de Savoie.

2^ Les États romains avec le souverain pontife et leurs dépendances.

3" Enfin , le royaume de Naples avec la Sicile, et bornée au nord. par le domaine de saint Pierre : royaume déji tout constitué, dont le souverain , noble descendant de saint Louis, se fait aimer de ses peuples et sait commander le respect au dehors.

Les trois États pourraient, d'après les partisans de ce projet, former entre eux une ligue offensive et défensive pour assurer à tout événement l'indépendance et la nationalité de l'Italie.

Cette dernière utopie , qui nous paraîtrait la plus sensée de toutes^

ne semble pas plus près de sa réalisation que les autres.

Le temps marche.

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