‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 13 sur 137 · LIVRE 1". — CBXVnUM IV · texte numérisé non relu

LIVRE 1". — CBXVnUM IV

D foDt clairement coonattreque Pépin fut reçuà Rialto en vainqueur » généreux plutôt qu'en prince qui aurait eu la fortune contraire , » et que la république ne lui aurait pas accordé, après la perte de » son armée » ce qu'elle lui avait hautement refusé lorsqu'il était en » état de l'obtenir par force. En effet, le roi exerça tout acte de sou- » veraineté, et laissa des marques de sa libéralité au doge et au pubRc, » remettant à la république le tribut qu'elle lui payait annuellement, » et lui donnant cinq milles d'étendue , en terre ferme , le long des 3) bords des lagunes , avec pleine liberté de traflquer par terre et >» par mer.

» On ajoute encore que Pépin , voyant que le doge ne portait sur » lui aucune marque de sa dignité , détacha la manche d'une veste » et la mit sur la tète du doge en forme de bonnet, et c'est de là que » la corne ducale tire son origine, ainsi nommée à cause de la pointe » que cette manche faisait sur la tète. C'est alors que Venise prit » naissance , puisque Pépin voulut encore que Ttie de Bialto, jointe » aux autres îles voisines , portât le nom de Venise , qui alors était » celui de toute la province voisine des lagunes , et que ce lieu fût à » l'avenir la résidence des doges et le siège de la république.

» Voilà, dit Saint-Disdier en terminant, quels ont été les commen- » céments et les premiers progrès de la république de Venise, laquelle » avoue qu'elle doit son principal établissement et sa première gran- » deurà la magnanimité d'un roi français. »

Pépin, ayant soumis Venise, faisait voile contre les côtes de la Dalmatie d'où partaient tous les brandons de guerre qui troublaient ses Etats, lorsqu'il reçut l'avis qu'une nouvelle flotte grecque menaçait ritalie* 11 revint en toute h&te à Bavenne ; mais , atteint dans cette ville d'une maladie grave , il se fit transporter à Milan où il mourut, admiré , regretté et pleuré de tous * .

Comment la Lombardie u'aurait-elle pas donné des larmes à la perte de ce noble prince qui, si jeune, mena à heureuse fin des travaux qui eussent honoré et rempli toute une longue vie de monarque ? Que de glorieux faits d'armes ont marqué ce règne ! L'Italie dut à Pépin la

' Vbbrt (tome I**", page lOtf) dit que ce prince mourut en traversant Milan, et que le transport qu'on dut faire de ses restes pour les ensevelir à Vérone dans l'église de San Zenone donnerait À penser qu'il n'y avait pas, dans la première de ces villes, <ic quoi lui faire des funérailles avec la pompe qui convenait i la dignité royale.

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retraite des Huns , battus dans cent combats , et les premiers échecs éprouvés par les Sarrasins en vue de ses côtes. Si la longue querelle avec Grimoald ne fut pas une constante occasion de triomphes pour le jeune roi, elle lui servit du moins à déployer toutes les ressources d'une énergique persévérance, et à conquérir l'estime et l'affection de ses troupes en partageant leurs fatigues , leurs privations et leurs périls. La résistance de Grimoald ne nuisit pas plus à sa gloire que la longue lutte soutenue par Waifre ne ternit la gloire de Pépin le Bref.

Remarquons seulement , au sujet de cette double guerre de Bénévent et d'Aquitaine , quel héroïque parti des âmes aussi fortement trempées que celles de Waifre et de Grimoald , savent tirer d'une cause que d'autres auraient compromise et perdue dès le premier choc d'un ennemi puissant.

Au moment où Pépin achevait son œuvre , et où une dernière expédition couronnée de succès lui assurait la possession paisible , mais chèrement achetée, d'un beau royaume , au moment où toutes les préventions nationales des vieux Lombards eux-mêmes tombaient devant Téclat si pur de sa double gloire comme législateur et comme guerrier, et où il allait enfin recueillir le fruit de tant de travaux, la mort vint le frapper.

La consternation ne fut pas moins grande à la cour des Francs qu'en Lombardie à celte triste nouvelle.

Charlemagne, qui perdait un fils, juste sujet d'orgueil, et en qui il fondait ses plus chères espérances, en ressentit une profonde douleur ; il fit venir auprès de lui et accueillit, avec les marques d'une tendre et vive afiection, les trois filles et un fils de Pépin, tous les quatre encore enbasftge^

Le monarque ne pourvut que trois ans après à la vacance du trône en Lombardie.

Certains historiens attribuent ce retard à la violence de son affliction. Ne pourrait-on pas croire aussi qu'il voulut laisser le roi que sa pensée secrète destinait à la Lombardie acquérir quelques années de plus , et atteindre cet âge où le fardeau d'une couronne n'est plus aussi lourd à porter?

' Ces enfants n'étaient pas légitimes. — Giulini tome I«% Storia di MUano. — ÀNQtETiL., Hist, de France, tome l^% 2* rac, g 1<% ann. 810.

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