IVRE 1". — CHAPITRE IV
La sdlicitade de l'empereur n'en veilla pas moins , pendant cette espèce d'interrègne, au bien-être d'un peuple dont les regrets et les larmes avaient si sympathiquement répondu au cri de sa douleur.
Le duc de Bénéveut » étant mort [sans postérité masculine, avait eu pour successeur son trésorier nommé, comme lui , Grimoald.
Ce nouveau prince, d'un caractère doux et pacifique , n'avait continué qu'à regret la guerre soutenue, depuis trop longtemps, par son prédécesseur contre Pépin ; il songeait à terminer cette lutte ruineuse pour les deux États, au moment où la Lombardie eut à déplorer la perte de son roi.
Grimoald s'adresse aussitôt à Gbarlemagne et conclut avec lui un traité qui procure la paix à ses peuples, moyennant un tribut qu'il consent à payer à l'empereur ' .
Depuis ce temps, la principauté de Bénévent resta tributaire des empereurs d'Occident comme rois en Italie, et cet État fut longtemps en paix avec la Lombardie et les Francs.
Chaque jour raffermissait la couronne impériale sur le front de Charlemagne. L'empereur Michel , absorbé par les dissensions religieuses qui déchiraient l'Orient, avait dû reconnaître, comme Irène, comme Nicépbore, le nouvel empire fondé par le grand monarque ^. Force fut au successeur de Michel» à Léon l'Arménien, de subir la même loi.
Charlemagne finit par dompter et pacifier la Saxe ; il incorpora par milliers ces peuples indociles et remuants, avec diverses contrées des Gaules, de l'Allemagne et de la France, et se vit enfin paisible possesseur du plus bel et du plus grand empire du monde. Sentant que, pour prévenir les troubles auxquels cet empire pouvait être livré par sa mort prochaine , il fallait plus que la garantie si chanceuse et trop souvent fatale d'un partage anticipé entre ses enfants, il résolut de faire reconnaître , de son vivant , Louis , l'atné de ses fils , pour empereur.
Une assemblée d'évêques, d'abbés, de ducs et de comtes, est convoquée à Aquisgrana. L'empereur communique son dessein, qu'une voix unanime accueille comme une inspiration du ciel.
* MuEATORi, Ânn. d'UaX., tome IV, anno 811.
' Cet empire cui décidément pour limites la mer Baltique, TOcran et l'Èhre; et vers le midi, la Méditerranée, le Vulturne et les frontières orientales de la Pan-
DODÎe.
RevètQ de ses habits impériaux, et le front orné d*une riche couronne, Gharlemagne sort un dimanche de son palais, an mîliea d'un brillant cortège, et s'avance lentement vers l'église, appuyé sur son flls.
Arrivé près de Tautel, l'empereur dépose sa couronne, s'agenouille, et adresse des paroles touchantes et de sages conseils à celui qui va devenir l'héritier de sa formidable puissance. Louis, dont la voix émue trahit des larmes , répond qu'avec la grâce du Très-Haut il suivra inviolablement ses avis paternels. A nn signe de Chariemagne, le jeune roi d'Aquitaine prend sur l'autel la couronne impériale , et la pose lui-même sur sa tète , pour marquer, dit un historien de l'Église *, que c'est de Dieu seul qu'il reçoit Fempîre ; aussitôt de vives acclamations de joie saluent les deux empereurs.
Les transports d'un non moins vif enthousiasme avaient éclaté l'année précédente* en Lombardie, quand y apparut un fils de Pépin, le jeune Bernard, que Gharlemagne y envoyait comme roi.
Le sage Adelhard, et Walla son frère, doué comme lui de grandes lumières et d'une rare intégrité, suivaient le jeune prince en qualité de ministres.
La Lombardie ne put que revoir avec amour le fils de ce Pcpin dont le règne avait laissé de si chers souvenirs. Une heureuse occasion de gloire vint bientôt s'offrir à Bernard ; il se hâta de la saisir et se montra digne de son père et de son aïeul.
Malgré sa défaite en 807, la flotte d'Alhacan avait reparu, trois ans après , dans la Méditerranée ; les tles de Corse et de Sardaigne s'étaient cruellement ressenties des nouvelles excursions des barbares : un traité de paix entre Alhacan et Ghariemagne avait suivi cette expédition , et sembhit devoir enfin promettre du repos à ces tles dévastées que tenait sous sa protection Teropereur d*Occtdent.
Cependant les hordes dévastatrices reparurent dans la Méditerranée en 812; elles s'étaient divisées en deux escadres : l'une se dirigea vers l'tle de Corse qui fut ravagée comme les années précédentes ; l'autre fit voile vers l'tle de Sardaigne ; mais une flotte, commandée par le jeune roi de Lombardie , sous la conduite du comte Walla, s'était armée en toute hâte ; elle atteignit les vaisseaux maho*
' B. B., Histoire de VÉgli$9, tome IV, pages 277 et suivantes. ' Gwusi,Storia diJUilano, anno 812.
UYRB 1". — CflAPlTRE IV. 75
métans avant qa'iis eussent pu toucher la terre de Sardaigne. Un combat long et meurtrier s'engagea ; on déploya de part et d'autre on indicible acharnement; enfin la victoire resta au pavillon de Bernard, et Fescadre mahométane fut réduite à s'enfuir après d'immenses pertes * .
Le retour de Bernard en Lombardie fut un véritable triomphe : il fallut peu de temps au jeune roi » que dirigeaient les conseils de ses deux sages ministres, pour faire entrevoir en lui un noble continuateur des glorieux travaux de son père.
Tout souriait à l'aurore de ce règne placé sous la puissante égide de Gbarlemagne; malheureusement la mort vint frapper le grand homme quand Bernard avait le plus besoin des effets de sa tutélaire affection. .
Le 28 janvier 8t4 , après sept jours d'une maladie dont il avait envisagé , dès le principe , tout le péril avec le calme des grandes ftmes^ Gbarlemagne rendit le dernier soupir en proférant, d'une voix forte, ces paroles du psalmiste : Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. Il avait vécu soixante et douze ans, en avait régné quarantesept, et depuis quatorze ans il portait le titre d'empereur.
Jamais aucun trAne de Tunivers ne fut occupé par an prince plus grand et plus religieux ; sage législateur , habile capitaine , profond politique, expert dans l'art de commander et de se faire obéir, il fut un de ces hommes que l'on sert avec ce fanatique enthousiasme pour qui tout est possible et rien n'est obstacle. Bon père jusqu'à h faiblesse, sûr et fidèle ami, vertu si rare sur le trAne, protecteur ardent et bienfaiteur généreux de l'Ëglise, juste appréciateor de tous les genre» de mérite, érudit lui-même, il encouragea les lettres et combla de ses faveurs les hommes adonnés aux sciences.
Nul abus n'échappa à ses sévères recherches ; d'admirables règlements opposèrent de fortes digues aux désordres des grands , aux mœurs relâchées du clergé et à ses penchants belliqueux ; il rétablit tout à la fois l'ordre politique et l'ordre moral dans les vastes possessions qui formaient son empire *. Phare immense, il éclaire, par
' Fbrbbbas, Biêt. génér. d^Eipoigne, tome II, part. 4, sect. 9. r- AnnaUê de LoisBL et plusieurs autres historiens.
' Les Italiens durent à Charlemagne, comme nous le Terrons plus tard, de rentrer dans l'exercice de leurs droits de citoyens, dont les arait privés la domination lombaide. Ge fut un immense bienfait } mais il semblerait que son œuvre eût été plus
76 PBEMIÈRE ÉPOQCK.
l'éclat de son génie, ces temps d'ignorance et d'obscurité qui fussent devenus le brillant début d'une ère nouvelle de réformation , si les peuples et les successeurs du grand homme eussent été plus dignes de lui.
Dix siècles plus tard, la même année devait voir non mourir encore, mais tomber un autre grand capitaine, un autre législateur profond, un autre conquérant de l'Italie , dont le front avait ceint , dans la capitale de la Lombardie, l'antique couronne de fer.
Pourquoi faut-il que d'obscurs nuages viennent assombrir les plus belles gloires !
Dans mille ans on demandera, comme aujourd'hui, à l'un de ces deux grands hommes, ce qu'il a fait du dernier fils des Gondé ; de même la voix sévère de l'histoire demande à l'autre, après mille ans, et lui demandera, dans mille ans encore, ce qu'il a fait des fils de Garloman.
Hàtons-nous, toutefois, d'ajouter qu'il y a, entre ces deux graves accusations où se mêle du sang, l'immense distance d'un doute aGTreux à une épouvantable réalité.
Tous les actes de royauté, dès la première année du règne de Bernard, avaient été promulgués en Lombardie au nom du jeune roi et de Gharlemagne. Pépin , pendant toute la durée de son règne , avait agi ainsi à l'égard de l'empereur , qui , nous l'avons vu , n'usait pas toujours des mêmes ménagements envers son fils ou son petit-fils, quoique pour des actes publics concernant le royaume d'Italie.
Bernard, à la mort de Gharlemagne, ayant imprudemment publié quelques décrets sans y mentionner Louis ni comme empereur, ni comme roi , le nouvel empereur en conçut de l'ombrage et somma Bernard de comparaître devant lui ^.
complète et qu'il eût évité bien des maui que nous aurons k déplorer, s'il avait doté le nouveau royaume lombard , fondé par ses mains , du bienfait de Tindépendanc c et de la nationalité. N'oublions pas, toutefois, qu'entouré de princes jeunes, sans eipérience, et de populations turbulentes et difliciles h contenir, Cliarlcmagnc, cédant aux nécessités des circonstances, peut avoir craint de compromeltre le sort de tout l'empire par le complet abandon d'une de ses parcelles en d'autres mains que les siennes.
' Quelques historiens croient que Bernard nourrissait un secret ressentiment contre Louis, depuis que son oncle avait été associé à l'empire par Charlemagnc. D'après ces historiens, Bernard, fils de Pépin, qui lui-même était fils aîné de l'empereur, aurait regardé comme lésés, par cette élévation de Louis, les droits qu'il tenait de son père et dont on l'aurait privé à cause de sa trop grande jeunesse.
Nous avons dit que Bernard était fils ill^itime de Pépin. Bernard ne nous ptratt
LIVRB 1". — GHAPITRB IV. "ÎT
Le jeune roi de Lombardie , par soq empressement à exécuter cet ordre» désarma la colère de Louis ; mais, pour le malheur de Bernard^ l'empereur défendit à Adelhard et à Wdla, sur qui se reportait son ressentiment, de retourner à Pavie et les frappa d'exil * • Quant au jeune roi, il le combla de présents.
Des présents! des trésors! Belle compensation vraiment, pour un jeune roi que Von prive de ses plus sages conseillers ! En cette occasion ^ disons-le toutefois, leur sagesse s'était démentie. Pourquoi laissèrent-il à Bernard la triste initiative des torts à l'égard d'un puissant monarque qui bientôt sut prendre sa revanche? Tristes jeux où le fort ^ n'est jamais en reste, et qui finissent par la ruine du faible.
Mais avant d'entrer dans cette triste série de griefs que termine une sanglante catastrophe , consacrons quelques lignes encore aux actes méritoires d'une vie trop courte et qui s'annonçait devoir être si glorieuse.
La Lombardie, quant à son administration intérieure, s'aperçut à peine de l'absence d' Adelhard et de Walla , tant l'impulsion donnée au char de l'État était partie de mains habiles et sûres, tant le royal disciple s'était pénétré des principes et des vues de ses deux grands ministres.
Ce royaume continuant à jouir d'un bien-être et d'un repos qui cicatrisaient les plaies de l'invasion et de la guerre, Bernard fut en position , au premier appel de Tempereur , de donner à Louis des preuves de son zèle et de son dévouement, de réparer enfin ses torts envers la couronne impériale.
Rome et le reste de l'Italie, intimidés par la puissance de Gbarlemagne, étaient restés dans l'ordre et la soumission depuis le châtiment de Pascal eLde Gampule ; mab tout changea de face à l'avènement de Louis !
donc pas avoir pu éleTer les préteotions dont on parle ; il n'a donc pu éprouver contrée Louis ce ressentiment jaloux qu'on suppose avoir pris naissance du vivant de Charlemsgne.
* Adelhard, abbé de Corbie, vit, par les ordres de l'empereur, se fermer devant lui les portes de ce monastère qu'il regardait comme sa paisible et dernière retraite* après l'accomplissement des devoirs imposés à son zèle par la confiance de Charlcmagne. On lui désigna Noirmoutier pour lieu de son exil; sept ans il y tai l'objet du respect et de l'édification publique.
Le comte Walla fut exilé au couvent de Corbie.
' On sent qu'un tel mot, quand il s'agit de Louis le Débonnaire, ne peut &voîr qu'une acception relative.
78 PRBIUÈRB ÉPOQUE.
Louis qui, comme roi d'Aquitaine, s'était acquis un grand renom de sagesse et d'équité , ne tarda pas à déchoir dans l'opinion des peuples. La rigueur exercée contre les deux ministres de Bernard, loin de faire honneur à sa justice et à sa fenneté » fut imputée k un naturel faible et à l'ascendant d'impressions étrangères. On le disait indulgent et bon; mieux eonno» on nft Pappeki bientét plus que Débannairt. L'esprit de faction s'enhwdit, et te premier symplAme de ce retour au désordre, fut un nouvel attentat médité à Bome oonire le pape Léon III * .
Quelques-uns des principaux habitants de la yiDet ooniaîpcQs d'avoir formé le projet d'assassiner le souverain pontife, furent arrêtés, condamnés et mis i.mort , selon toutes les rigueurs de la loi romaine , sans que Léon III pèt interposer cet esprit de cl^nence dont fl donna tant de preuves dans sa longue vie.
A la nouvelle de ces sanglantes exécutions, l'empereur ordonne à Bernard d'aller prendre connaissance de l'affaire. Le roi de Lombardie, secondé par le comte GéraM , général de ses armées , se rend k Bome *. Le châtiment des coupables, d'abord trouvé rigoureux par le faible fils de Gharleroagne, est reconnu juste è la cour impériale après le rapport de Bernard. Ce prince, par sa fermeté et de salutaires rigueurs, comprime la rébellion prête à renaître. Croyant l'atoir complètement réduite, il retourne à Parie ; mais le volcan couvât sous la cendre , la lave n'était qu'étouffée et non pat éteinte : une nouvelle éruption ne se fit pas longtemps attendre.
Quelques mois après le départ du roi de Lombardie, Léon III fut atteint de la maladie qui devait amener le terme d'une carrière toute de bienfaisance et de vertus ^. Ses ennemis n'attendirent pas sa mort pour jeter Rome dans de nouveaux tpenUes. Aux premiers bruits de la maladie du pontife, ses terres furent dévastées , sesdiàteaux pillés et démolis par des bandes furieuses ; les familles des coupables condamnés pour le premier complot, rentrèrent violeounent en possession de leurs biens confisqués, sans attendre une réintégration légale.
' Eginb.» anno 815.
' GiulÎDi croit que Bernard était malade à celte époque et que le comte GéraJd se rendit seul à Rome. Des documents, que nous croyons irrécusables, nous ont convaincu que le roi de Lombardie fut de l'expédition ; Bernard ne fut malade que lors de renvoi de Guinécbis, l'année suivante.
* Le glorieui pontificat de Léon III eut vingt ei un ans et demi de durée»
LIVBB 1", — CHAPITRE IV. 79
Beroard subissait lui-même tes atteintes d'une indisposition grave» quand il reçut l'avis de ces nouveaux désordres ; il chargea aussitôt de iea réprimer Guhiéehis , duc de Spoietti , qui , se portant sur Rome aTec ses troupes, se rendit complètement mattre de la sédition. Léon III eut encore, avant de mourir, la consolation de voir rentrer Borne dans le c(dnae, grftce à cette nouvelle intervention de Guinéch» et des princes francs; aussi le premier acte d'Etienne lY» son successeur, fut-il, dès qu'il eut ceint la tiare, d'exiger du peuple romain le serment de fidélité à Louis P', comme patrice et protecteur^de Rome, et en sa qualité d'empereur d'Occident. Le pontife, accompagné du roi de Lombardie , se rend ensuite à Reims , donne de nouveau l'onction sainte au fils de Gharlemagne, et lui met sur la tète un riche diadème qu'il a apporté de Rome.
Un autre monarque que Louis le Débonnaire se fût peut-être en ce moment souvenu que, sur l'ordre de Gharlemagne, il avait, trots ans auparavant, pris hii^mème sur l'autel la couronne impériale !
L'impératrice Hermengarde fut , elle aussi , couronnée et proclamée aujfuste par Etienne IV.
Nous venons de nommer l'impératrice Hermengarde ; c'est entrer dans la voie des malheurs de Bernard.
Louis , jaloux d'abord de son autorité , n'avait employé ses fils qu'en qualité de gouverneurs de provinces et les tenait éloignés de lui. La fière Hermengarde, dont aucun fils ne portait une couronne de roi, nourrissait une envieuse haine contre Bernard , qui, neveu seulement de l'empereur Louis , avait depuis longtemps reçu Fonction royale.
Le ressentiment de la mère et de l'épouse eut bientôt accès au coeur du royal époux. La soumission de Bernard, après sa première faute, avait désarmé la colère de l'empereur ; mais la haine d'Hermengarde veillait, et l'amnistie ne fut pas complète , et l'exil frappa deux hommes dont le concours aurait donné trop d'éclat à une royauté condamnée à périr. Cette royauté, Gharlemagne l'avait créée^ on n'osa pas d'abord la détruire ; mais, s'autorisant de l'exemple dangereux du grand roi, on commença à la saper dans sa base en la frappant de déconsidération , en la dépouillant de ses prérogatives, enfin en réduisant le roi de Lombardie aux simples fonctions d'un gouverneur de province.
Bernard ne supporta qu'avec impatience cet empiétement sur son
autorité, qui ne lui semblait devoir ainsi s*effacer que devant le puissant génie de son aïeul. Brave , magnifique , adoré de son peuple , versé dans la connaissance des besoins et des vœux de la Lombardie, capable et en voie d'y satisfaire, Bernard se sentait roi non-seulement par la volonté de Gharlemagne, mais encore par ses nobles qualités et par TaOection de ses sujets. Les deux ministres qui avaient dirigé les premiers pas de sa jeune royauté, n'étaient plus là près de lui ; entouré de conseils violents, peut-être perfides, le fils de Pépin eut cependant assez de prudence pour ne pas éclater encore , et pour dévorer en secret cette première injure , sans doute comme une conséquence et un ch&timent de son premier tort.
Bientât l'avilissement de la royauté de Bernard ne fut plus assez pour la haine jalouse d'Hermengarde : surmonter les ombrageuses appréhensions qu'inspirait à son faible époux l'ambition de ses fils, avoir un roi dans chacun d'eux, faire associer Fatné à l'empire, porter enfin, par un nouvel outrage, le dernier coup à la puissance de Bernard en Italie, tel fut le plan que se traça, tel fut le but que voulut atteindre l'impératrice ; son habileté choisit un moment où Louis , absorbé par les soins qu'il donnait aux réformes ecclésiastiques, semblait prendre en dégoût les détails de la haute administration de ses États.
Une diète générale est convoquée à Aquisgrana ; des prières et des jeûnes sont prescrits pour que le ciel dirige l'empereur dans les résolutions qu'il va prendre.
Louis, après trois jours d'une religieuse attente, proclame son fils atné Lothaire associé à l'empire ; il nomme son autre fils, Pépin, roi d'Aquitaine, et Louis, le plus jeune des trois, roi de Bavière.
L'empereur Louis déclare en outre * qu'à sa mort son fils Lothaire sera roi d'Italie. Il ne fut fait aucune mention de Bernard * dans
' GiuLiNi, tome !•% anno 817. — Eginh.
' Quelques historiens en concluent que, non-seulement ce prince n'assista pas h la diète, mais encore que la diète ne se tint qu'après sa mort dont ils ne savent pas préciser l'époque.
Ces historiens sppuient leur opinion sur une inscription existant encore dans la basilique de Saint-Ambroise à Milan, de laquelle il semblerait résulter que Bernard mourut cinq ans après son avènement au trône de Lombardie, et conséqucniment après la tenue de la diète. L'historien SassI se prononce pour l'opinion qui résulterait de cette épitaphe.
Muratori cite contre cette version, un écrit trouvé vers la fin du sv« siècle^ du