‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 19 sur 137 · LIVRE lU — QHAPUBE l · texte numérisé non relu

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Maffei et ManzonKtCes deux esprits si distingués , s'élèvent contre un tel jugement, le repoussent comme erroné, comme injuste, et le combattent par. des. arguments qui nous paraissent incontestables et dont nous nous bornerons à ne donner que la substance.

LeM Lombarde et les Romaim^ dit-on» neformaiefU plus qu*un seul peuple,

Les^Lombards n'avaiêni plus rien d'étranger que le nom*

Nous n'avons , pour bien démontrer Theureusc à propos de cette assertion , qu'à rappeler la loi de Luithprand * , qui défendait , sous peine de mort, tout mariage entre Romains et Lombards.

Certes cette loi ne date pas des premders* temps de la domination ; Luitbpcand était contemporain de Charles-Martel : les Lombards ont compté vingt et un rois, et Luithprauden était le dix-huitième ^ !

Poursuivons l'examenide cette touchante fusion des deux peuples.

Qui appelait-on au conseil des rois pour les lois et les décrets à publier? Des Lombards, rien que des Lombards. Qui occupait les emplois publics? Qui percevait les impôts? Qui profitait des taxes dont on chargeait la nation ? Les Lombards , toujours les Lombards.

Jamais un. Italien ou Romain ne prit part , sous cette domination tutélairOy k aucune délibération , à aucun acte d'intérêt national , et ne fut appelé à aucune charge publique.

C'est la voix grave et consciencieuse de IManzoni qui aiflrme et prouve ces étranges choses !

Mais la loi romaine sous laquelle on avait laissé vivre les Romains, cette loi , dit Manzoni ', établissait des offices, réglait des attributions

indigne de lui, il se serait étrlé : « Où trouyerîons-nous une main capable comme la f sienne d'écrtra i'bistoire 7 ». Paul se reUra auprès d'ArécMs, duc de BéDércnt, dont Ja rébellion ne larda pas, comme nous l'avons vu, à rappeler Gbarles eo Italie.

' LuiTDPR., lib. 3, cap. 14, page 479. Cité par Manzoni.

' La loi des Francs, tant salienne que ripuaire, la loi des Yisigoths, la loi de» I^ourguignoDS, ne renfermcot rien qu'oo poisse invoquer pour motiver cette prohiliiiion si rigoureuse.

Nous nous bornerons à. citer deux teites de la loi des Bourguignons.:

« TtTBK 10, S l"^ — Que le Romain soit soumis à la même condition que le Bourguignon*

» TiTiuBi2, § 2. •*- Si une jeune fille romaine s'est unie à un Bourguignon sans l'&Ycuou à l'insu de ses parents^ qu'elle sache qu'elle ne recueillera rieo du bien de ses parents. »

ici la faute ou le délit n'est pas dans le mariage en lui-même, mais seulement dans l'absence du consentement des parents.

' Discorso siorico, cap. 3, pag. 383.

que la conquête effaça. Les rapports , les conflits entre les anciens habitants et les nouveaux » la loi romaine n'arait pu d'avance les régler ! Cette loi romaine , qui était obligatoire pour les Italiens , était-elle une sauvegarde pour le maintien de leurs droits? Qui interprétait cette loi? Qui l'appliquait comme juge? Des Lombards» vous répondent Maffei et Manzoni ' .

Maintenant, comment comprendre que des historiefi9, justement accrédités , aient écrit que les Lombards et les Romains ne formaient plus qu'un seul peuple ?

Qu'on le reconnaisse donc : cette fusion des deux peuples , proclamée hautement par Paul Diacre, et par beaucoup d'écrivains d'après lui , n'est rien moins que démontrée : il y a justice à faire prévaloir l'opinion contraire.

Nous croyons , nous , que le nord de l'Italie, ravagé , ruiné d'abord par les Huns, puis sous les Goths, était tombé comme une proie facile entre les mains des Lombards ; que ces nouveaux envahisseurs ayant dépouillé, décimé, sous les règnes d'Alboin et de Cleph, tout ce qui pouvait rester d'habitants riches et puissants dans le pays , et ayant ainsi nivelé une population qu'ils daignaient à peine considérer comme formant un peuple , ne lui avaient laissé ses anciennes lois et coutumes que parce que tel était l'usage de ce temps-là.

D'où put provenir cet usage? En chercherons-nous la source dans le dédain qu'inspiraient les vaincus à ces conquérants barbares • qui sans doute auraient considéré comme trop mal employé le temps passé à instruire dans leur législation la contrée envahie? Faut-il plutôt l'attribuer au désir de maintenir toujours bien distincte la démarcation entre les vainqueurs et les vaincus , de perpétuer le souvenir de la conquête , et de laisser toujours en présence l'oppresseur

' A ces noms quelques criliques seront tentés peul-étre de s'écrier» comme Mod* tesquieu à propos du livre de l'abbé Dubos, sur Vétablissement de$ Francs dans le» Gaules : a Mais l'auteur a puisé dans de mauvaises sources pour un historien : ee » n'est point sur des ouvrages d'ostentalion qu'il faut fonder des systèmes *. » La poésie n'est pas la seule gloire littéraire de Manzoni et de Maffei, et les opinions émises par ces deui écrîTains remarquables sur l'objet^ui nous occupe ne sont point produites dans des outrages d'apparat, mais dans de savantes et graves dissertations historiques ; elles sont d'ailleurs appuyées sur des faits et des documents sans réplique.

* MonTUifsiiu, Etprit det fot'f, Iît. 37, diap. 3.

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et l'opprimé? Laithprand , nous l'ayons vu ^ l'a marquée cette limite avec une loi de sang.

Au reste, quelques historiens * en accueillant et cherchant à mieux accréditer l'assertion de Paul Diacre , ont eu un but qui n'est pas difficile à pénétrer. Grégoire III » Zacharie et Adrien I" , ayant appelé les Francs en Italie , ont été la cause première de la défaite des Lombards. En exaltant les bienfaits de ces dominateurs , on rend le saint-siége responsable de leur chute et des maux qu'on prétend en avoir été la conséquence.

Les malheurs de l'Italie, k en juger par l'ambition turbulente et toujours inassouvie des Lombards, auraient été, si le nord de la péninsule n'avait changé de mattre , bien autrement graves que ceux que nous aurons à raconter.

La conquête de Charlemagne ne frappa que les rois et les grands de la Lombardie; la nation lombarde, qui vivait dans ces contrées depuis six générations, resta sous la protection de la nouvelle dynastie, aussi bien que la population romaine qui , par ce nouvel ordre de choses , fut tirée de l'état d'ilotisme où la faisait languir la précédente domination.

Le vainqueur proclama , selon l'usage , que les lois et les coutumes existantes chez le peuple conquis seraient respectées et maintenues. On les maintint , mais non à la façon des Lombards.

« n résulta de la tolérance des vainqueurs > dit le comte Yerri ^ »

' l\ ne peut être question ici Di de Giulini ni de Muratori.

' Sioria di Milano, tome I«^ pages 103 et 104.

Le comte Vnri, Milanais, a publié, \crs la fin du xviii« siècle, une histoire de son pays. Cet historien spirituel, mordant, ingénieui, est parfois, dans ses écrits, d'une concision qui, trahissant ou de la paresse à réfléchir ou une grande hAte d'arriver au but, le fait paraître sur quelques points, un peu superficiel.

Le comte Giulini, autre Milanais, que nous avons déjà cité et que nous citerons bien souvent encore, a publié, en 1760, dix volumes in-4o sur l'histoire de Milan, d^nift l'invasion des Francs jusqu'aux Yisconti, ce qui comprend l'espace de près de cinq siècles.

Écrivain patient, infatigable, scrupuleux jusqu'à la minutie dans ses recherches, profond et lumineux dans ses discussions, il a laissé un monument dont sa patrie s'enorgueillit ajuste titre.

Yerri s'est proposé de traiter toute l'histoire de son pays dans trois volumes.

Giulini a voulu donner une histoire complète de Milan, pendant près de quatre Siècles, soit sons le rapport purement politique, soit relativement à ses monuments, à ses coutumes, à ses mœurs. C'est plutôt un ouvrage précieux à consulter pour

flO^ VWÊ3RÈKE BPOQCB.

» que les siècles sairants offrirent le spectacle de trois nations diffé- » rentes « naturalisées sur le sol de la Lombardie ,. virant en paix » entreelles, mais dont chacuneétait régie par les lois de son origine. » Les Italiens , qui , par suite de la longue domination de Rome , » étaient encore appelés Romains , vivaient sous les^ anciennes lois »• romaines et étaient jugés d'après cette législation. Les Lombards » suivirent les lois et les coutumes lombardes. Les Francs qui s'étan blinent en Italie furent assujettis à la loi salique* »

Au reste, la loi des Francs et la loi des Lombards avaient phis d'un point de ressemblance.

Sortis de la Germanie , ces deux peuples devaient se ressentir, dans leurs mœurs et dans leurs usages^ de leur commune origine ou de leur long séjour sous le ciel germanique. Envahisseurs, l'un dans la Gaule et puis en Italie, l'autre en l'Italie seulement, de provinces romaines soumises à la loi latine , ils durent sounrent se rencontrer dans les modifications que cette situation nouvelle apporta progi'essivement dans leurs lois et leurs coutumes. Ne seraii^^e pas ce motif qui fit que les capitulaires publiés par Gharlemagne et ses successeurs en Lombardie, ne furent considérés que comme les additions àf la* lof lombarde * ? Nous ne pn&tendons pas que les lois des peuples nordiques fussent uniformes , nous avons dit le contraire ; mais que l'on observe successivement dans la Grande-Bretagne , les Saxons et les Danois, ces deux peuples rejetons d'une même branche gothique ; que l'on suive les Bourguignons dans quelques parties de la Gaule , et les autres hordes nomades vomies par le nord sur le midi de l'Europe : chez tous ces conquérants barbares se retrouvent, comme chez les Francs et les Lombards, les propriétés natives de leur sol originaire : dans les moeurs , les usages , les lois de ces peuple divers on reconnaît , à cette époque , le même fond et la même tendance : ainsi , par exemple , tous , avec des moyens et des ressorts modifiés selon le caractère de chaque peuple envahisseur et de chaq^e peuple vaincu , arrivèrent, les uns plus tôt , les autres plus tard-, au même résultat : la féodalité.

cclaircir un fait, pour traiter une question spéciale, qu'un livre à suivre dans tous ses détails et ses développements successifs.

L'un et l'autre historiens ont écrit selon le but que chacun d'eui s'était proposé.

' Ou a donné le nom de lot lombarde à un recueil de lois publiées par les rots lombards, notamment Autharis, Rolharis, Luilhprand etRacbis.

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