LIVRE n. — CHAPITRE I
Certaines dispositions d'un décret de Louis II, rendu en diète solennelle réunie à Pavie Tan 855 » révèlent d'autres étranges abus auxquels il importait de remédier.
Les noblfô possédaient dans leurs châteaux des oratoires particuliers où officiaient des ecclésiastiques de leur choix : quelques-uns de ces oiBciants étaient des prêtres supposés et non consacrés* Un tel désordre appela toute la sollicitude de Louis II et de la diète, qui virent aussi, dans l'existence des oratoires particuliers, l'inconvénient grave de dispenser les grands seigneurs de se rendre à l'église commune , où ils eussent pu apprendre Us dogmes de la religion»
Défense fut faite aux évéques, par ce même décret , de vivre avec des femmes suçotes, d'usurper des immeubles appartenant aux cures et succursales de leurs paroisses ( diocèses ) , et de montrer trop de partialité en faveur de leurs parents et amis.
Les prêtres-pouvaient librement disposer de ce qui leur appartenait avant d'avoir reçu les ordres, mais tout ce qu'ils avaient acquis depuis leur admission dans le sacerdoce devait rester à l'Église.
Les ardievêques et les évéques devaient statuer sur les donations faites en faveur des églises ou autres établissements religieux , aussi bien que des hospices. Le souverain était ensuite appelé à donner sa sanction.
Ces donations devenaient de plus en plus fréquentes ; les fondations de nouveaux hospices et de nouvelles églises ^ se multipliaient de toutes parts. Les abbayes regorgèrent bientôt de richesses : on vit leurs supérieurs rivaliser souvent de luxe en serfs et en vassaux avec leurs évêqjaes , qui eux-mêmes , à cet égard , ne le cédaient en rien aux ducs et aux comtes les plus puissants.
Nous avons dit que les évéques n'étaient pas seulement tenus ' de
' D'après un usage de ces temps reculés, dit GinuM, les églises fondées à Milan ajoutaient au nom des saints et des saintes sous l'invocation desquels elles étaient éievé^Sy le nom de leur fondateur qu'elles ont conserve plus ou moins altéré, à traders tant de siècles.
Ainsi, Santa^Matia di Pbdone fut fondée par un certain Werolfo di Podone. Il en est de même des églises de Santa-Maria di Gisons, d'i Santa- Haria di Bebtradb. L'église de Sanfa-JHTarîa Segreta, à Milan, paraît n'avoir été ainsi appelée que parce que son modeste fondateur voulut se couvrir du voile de l'anonyme. Il est à présumer que le môme usage existait dans les autres villes d'Italie.
* Pépin imposa ce devoir sous peine d'excommunication.
McRATORi s'étonne que celte menace soit faite par un roi, sans réQéchir que^ le
Teiiler à ce que les moines » les religieuses et les abbesses vécussent selon le règlement de leurs ordres , et le clergé selon les canons de l'Eglise ; ils n'étaient pas seulement obligés à faire respecter la discipline ecclésiastique et à surveiller l'administration des établissements religieux , ils rendaient comme juges , des sentences non-seulement dans les affaires ecclésiastiques, mais encore dans des cas graves qui semblaient plutôt devoir être du domaine de la justice séculière.
A ce double caractère d'administrateurs ecclésiastiques et de juges» ils joignaient cette puissance que donnent de grandes richesses et de nombreux vassaux. Enrichis par les dons fréquents des souverains , ils leur devenaient quelquefois redoutables : les rois et les empereurs » qui avaient augmenté leur importance en les comblant de largesses et en les appelant aux diètes générales, durent souvent publier des décrets pour réprimer leur ambition toujours croissante , et les contraindre à vivre en bonne intelligence avec les comtes et les ducs.
S*il est vrai de dire que, dans plusieurs capitulaires des premiers rois de la seconde race, les lumières et l'expérience de quelques membres du haut clergé inspirèrent de salutaires dispositions législatives aux souverains ; que les monastères furent , à cette époque » l'asile de la science et des hardiesses de la pensée ; que, de ces retraites, Gharlemagne tira la lumière pour la faire jaillir sur le monde ; si nous aimons à reconnaître que , lorsque les malheurs des temps eurent replongé l'Europe dans l'ignorance et la barbarie, les couvents furent encore le refuge où ce dépôt sacré s'abrita pour reparaître aux yeux des hommes dans des jours meilleurs ; s'il est encore vrai de dire que, pendant le ix® siècle, la sagesse des évéques d'Occidetit prémunit cet empire des déplorables schismes qui déchiraient l'Orient , et que des
décret du fils de Gharlemagne avait été rendu dans un synode où assistaient tons les évéques du royaume. Ce concours des évéques explique comment les capitulaires renrerment des instructions aux prélats sur les devoirs de leur ministère.
INous croyons devoir faire remarquer que, dès le ti* siècle, nos rois avaient exercé le droit de convoquer des conciles en France ; les rois de la seconde race nonseulement les convoquaient, mais y assistaient et étaient les arbitres et les moteurs de tout ce qui s'y passait. Les monarques francs, maîtres de l'Italie après Gharlemagne, indiquèrent des conciles dans ce pays. Des papes, conformément aux ordres du prince, y assistèrent quelquefois.
Les papes les plus respectables ont reconnu ce droit dans la personne de nos rois *.
* DictiatuMire iê PEneyéhpédVj article Concile,