‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 3 sur 137 · AYA5T-PROPOS · texte numérisé non relu

AYA5T-PROPOS

Parmi les rapproehements qui semblent lier les deux extrémités de cette large période de mille ans , il n'en est pos de plus saillant que la conquête de lltalie qui termine le viii* et le xviii^ siècles , et que Tavénement au trône impérial des deux héros de ces deux époques » solennité qui ouvre si majestueusement les siècles ix"" et xix*.

La grande figure de Gharlemagne vivait au fond de la pensée du jeune et brillant élève de Brienne , quand celui-ci donnait à une de ses immortelles victoires * le nom d'une des royales résidences en Italie du vainqueur du roi Didier, et lorsque la circonscription administrative qui renfermait la vieille capitale des rois lombards et francs ', recevait aussi, du vainqueur de Marengo y le nom d'un autre de ces palais de plaisance d'où se dataient les décrets impériaux de Gharlemagne et de ses successeurs.

L'Italie de Gharlemagne eut ses ducs d'Istrie, de Padoue, de Tarente , ses princes de Bénévent ; ces titres ont reparu dans l'Italie de Napoléon , sinon aussi puissants , au moins environnés d'une égale auréole de gloire.

Gharlemagne fut le réparateur des maux éprouvés par l'Église ; Napoléon releva les autels renversés par une révolution délirante. Le premier persévéra dans son zèle pieux ; on sait que le second ne consena pas dans toute sa pureté la gloire de restaurateur du culte de nos pères.

L'un et l'autre, peut-être , ne firent en cela que suivre l'impulsion de leur siècle.

Le ix"" siècle , quant à la puissance de l'idée religieuse , était en progrès en Europe et s'acheminait vers l'époque des pèlerinages armés , auxquels on donna le nom de Croisades.

On ne sait pas, pour les idées religieuses, ce qui se cache dans l'avenir ; mais ce que nous savons, c'est que le xix*" siècle fut précédé d'un philosophisme dangereux , dont 93 fut une sanglante conséquence , et qui , entrant dans les convictions de Bonaparte , fit que la mesure réparatrice adoptée par lui fut moins une inspiration de sa conscience qu'un moyen de mieux saisir le pouvoir et de l'affermir dans ses

* Bataille de Jlfaren<;o.

' Milan fut le chef-lieu du département A^Olonne, du nom d'une ancienne résidence impériale près de Pavie; de même qu'ÀLEXANDRiB fut le chef-lieu du département de Marengo,

▲YANT-PaOPOS. 7

mains ; car le grand homme sentait que » sans l'idée religieuse » tout peut bien se détruire , mais rien s-édifier.

Son puissant génie, tout en muselant ce cynique scepticisme qui croyait qu'on peut violemment 6ter aux peuples les lois divines , comme on abroge les codes humains , lui a donné parfois de déplorables gages de ses sympathies secrètes, et a laissé Tesprit désorganisaleur essayer de miner la société i d'abord par le doute , plus tard par rindifférence.

CSharlemagne eut ses capitulaires , Napoléon ses codes immortels. Tous les deux tentèrent de rendre uniformes les lois de leur vaste empire ; tous les deux ne voulurent qu'un poids et une mesure dans toute rétendue de leurs États ; tous les deux créèrent des royaumes et des rois, et ne virent, dans cesTois de leur façon, que des délégués de leur souTeraine puissance.

L'un subit lui-même les conséquences de cette faute ; l'autre les légua à ses ûls et petit-fils qui en furent les victimes.

Napoléon à Milan prit siur l'autel la couronne de fer et se la posa sur la tète.

Charlemagne reçut, & la vérité, des mains du pape le diadème impérial, mais il voulut qu'on pensât qu'il n'avait été posé sur son front que par surprise, et nous le verrons exiger de son fils, à Âquisgrana , qu'il s'en couronne lui-même conjme venant de Dieu seul.

Ce souvenir se révèle tout vivant et se résume dans le mot de Napoléon qui retentit sous la voûte du dôme de Milan :

« Dieu me la donne, malheur à qui oseraity toucher, »

Même sobriété dans les repas, même recherche de simplicité dans leur mise habituelle ; même puissance, même entraînement sur l'esprit du reste des hommes ; une égale ambition avec des moyens inégaux de la satisfaire ; car n'ayant qu'à suivre la voie agrandie par son génie, mais déjà tracée par son père et son aïeul , Charlemagne n'eut pas besoin, pour se créer une puissance et enchaîner la fortune à son char, d'autant d'efforts de génie que l'homme qui, d'abord seul, sans appui, sans nom , et devenu bientêt , par la victoire , mattre de la moitié de l'Europe , fut surpris s'écriant avec amertume et comme prévoyant l'éclipsé de son étoile :

a Que ns suie-je mon petit-fils 1 9

Enfin Charlemagne descendit dans la tombé en 814. L'année 1814 vit Napoléon, vaincu, déposer la couronne impériale.

8 AVAmr-pfiOPOs»

Quant à la double conquête de lltalie par ces deux grands hommes, si l'une fut plus durable^ l'autre fut plu3 glorieuse.

Il fallut peu de peine à Gharlemagne pour se rendre mattre d'un * peuple qui , abandonnant son roi , se livrait lui-même à l'heureux triomphateur , appelé au delà des Alpes par le souverain pontife ; tandis que l'imagination s'étourdit au détail des premières campagnes qui rendirent Bonaparte , malgré Yienoe , Rome et l'Europe, arbitre du sort de l'Italie : prodigieuses conceptions, faits immenses que Ton voit s'accomplir sans les comprendre, monument d'orgueil national qui survit à la conquête , qui console du revers , et qui reste , pour tous les peuples et pour tous les âges à venir , comme le type et la limite de ce que peut concevoir, de ce que peut effectuer de grand et d'audacieux le génie guerrier de Thomme.

On connaît , dans toutes ses glorieuses circonstances , ce drame récent et rapide qui, un moment, a semblé faire renattre pour l'Italie l'empire des Francs fondé par Gharlemagne : drame dont l'issue a bientêt fait rentrer la Lombardie sous l'autorité des empereurs d'Autriche.

On ne connaît pas autant les vicissitudes qui ont amené la conquête de la péninsule par le chef des carlovingiens; on ne connaît pas autant les phases de cette domination française qui , d'une occupation étrangère, ce fléau des nations , fit , cette fois , un bienfait pour le peuple subjugué ; on connaît aussi peu les événements, les crimes, les fautes qui, jetant l'Italie sous la puissance germanique , ont créé des droits invoqués depuis dix siècles , et soutenus avec un succès presque toujours constant par le premier et le plus puissant souverain d'Allemagne.

C'est sur cette période historique, restée obscure, que nous allons cherchera répandre quelques clartés.

Ij^xttmète <Kp0ipte.

Page 1