‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 4 sur 137 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Léon risanrieB , empereur d'Orient , persécute les saintes images. — Rome et une partie de Tltalie s'insurgent; l'empereur eoToie des troupes. — Luilhprand, roi lombard, marcha au secours de Rome qu'il saute du péril, mais qu'il veut asservir à son profit. — Grégoire III implore l'aide de Charles-Uartel; le héros franc meurt au moment où il se dispose à passer les Alpes. — Pépin est proclamé roi. — Rachis et Astolphe menacent de nouveau Rome. — Le pape itienne II se rend à la cour des Francs. — Sacre de Pépin ; ce prince passe les Alpes, châtie Astolphe et fait donation aux papes de l'exarchat et de la Pentapole. — Yaines protestations de la cour d'Orient. — Mort de Pépin. — Partage de ses États entre ses deux fils, Carloman et Charlemagne. — Résultat de Talliance des papes et des onires du palais.

Voici ce qui s'est dit dans le Tin'' siècle et ce qae beaneoap d'écrivains ont répété depuis :

Un marchand colporteur de mercerie , natif dlsaurie et appelé Conon f fit un jour la rencontre de deux juifs magiciens ; il leur demanda son horoscope ; on lui prédit que s'il ^'engageait dans les armées impériales, il deviendrait empereur. On lui prédit en outre que son règne serait des plus heureux, s^il promettait par serment de faire détruire toutes les images des saints honorés parles chrétiens.

C!onon prit du service dans les troupes de l'empire; c'était Fépoque ou les soldats poussaient la licence jusqu'à élire les empereurs, et imposaient aux peuples des mattres de leur choix. Conon joignait au don d'un brillant extérieur, un caractère audacieux et propre à séduire, à entratner la multitude.

La prédiction des magiciens eut son effet ; l'heureux aventurier fut,

10 PRBMIÈBB EPOQUE.

SOUS le nom de Léon Tlsaurien , proclamé empereur à la place de Théodose IIP.

Quand Léon se vit affermi sur le tràne, il se souvint de son serment^ et ordonna qu'on détruisit les images dans toutes les églises. Vainement saint Jean Damascène s'éleva contre cette impiété '•

Léon publia de nombreux et véhéments édits dans toute l'étendue de l'empire : plusieurs peuples d'Italie en furent émus et se révoltèrent.

Les sectateurs de cette erreur nouvelle furent appelés iconoclastes^ de deux mots grecs qui signifient briseurs d'images, ou iconomaqties , dérivant aussi de deux mots grecs et signifiant ennemis des images.

Que la rencontre de Conon et des deux juifs soit de l'histoire ou une fable , peu importe. Ce qui est certain , c'est que Léon , à peine consolidé sur le tr6ne « voulut tout d'un coup enlever aux peuples les objets de leur culte ; qu'on désobéit , qu'on se révolta , qu'il voulut punir et réprimer, qu'il persécuta, et qu'il devint tyran pour soutenir une aveugle hérésie.

Les Lcmibards régnaient en souverains, depuis près de deux siècles, sur une grande partie de la péninsule italique.

Luithprand, leur roi , prince ambitieux et habile politique, profitant des troubles soulevés par le schisme de Léon , s'empara de l'exarchat de Ravenne , qu'il érige en duché et qu'il donne à Hildeprand son neveu.

Grégoire II occupait à cette époque la chaire de saint Pierre ; sa piété gémit des erreurs et des excès de Léon, mais la prudence du pontife redoute les contre-coups de la colère de l'empereur. Les Vénitiens s'arment à sa prière, fondent sur Ravenne, en chassent les Lombards, et 7 rétablissent l'exarchat qui rentre sous la domination des Grecs.

' Le R. P. PiircHiNAT, Dictionnaire tur l'origine de l'idolâtrie, art. Léon.

Voltaire dit qu'il est honteux qu'au xvui« siècle d» répète encore cette ancienne tMe des deux juif t. « Les historiens qui croient qu'on peut ainsi prédire l'avenir, » ajoute récrivain philosophe, sont bien indignes d'écrire ce qui est passé. » (Eseai sur Vhistoire générale, ch. 10, Guerre civile pour les images.)

Le P. Pinchinat dit que les juifs avaient Thabitude de prédire le pouvoir suprême à tons ceux qu'ils voyaient' hardis et ambitieux : cette prédiction aurait été faite aussi à Jesid /•' et k Jesid U, califes des Sarrasins ; l'un et l'autre, ajoute le R. P., moururent peu de temps après avoir donné leur édit contre les images.

' JeanDAMAsctuiB, au titre Chiriniano eategori, semd. heree», 130. — Buaoïi, an 722, et Bsllarh., lib. 3, de Sancltf , cités par Pincbinat.

LIVEE 1". — CaÀPITRB !*'• 11

Certes ce fut là an grand service renda par le pape à la cour da Bosphore ; mais les bons offices de rhomme que Ton hait pèsent plus qu'une injure. On les nie, ou on les déprécie si on ne peut les nier, et la haine s'accroît de tout le poids de la reconnaissance dont on eût payé le même service rendu par tout autre qu'un ennemi. Il est des rois qui prennent plus de souci pour l'échec d'une capricieuse idée » d'une fantaisie , d^une théorie folle , que pour la perte d'une ou de plusieurs provinces. Ce Grégoire III, qui a rendu Bavenne à Léon, n'est-il pas l'obstacle le plus redoutable que l'empereur rencontre dans ses projets subversifs du dogme catholique? Dès lors Léon ne voit qu'un ennemi dans Grégoire. Prompte à discerner ee qu'a eu d'intéressé l'officieuse démarche du chef de l'Église , cherchant , dans le secret mobile de cette démarche , un prétexte pour refuser toute gratitude à son heureuse issue , sa haine accuse le pontife d'avoir, dans cette circonstance, agi plus pour lui-même que dans l'intérêt de l'empire.

A l'injustice , à l'ingratitude, vient se joindre la perfidie la plus noire ; impuissante pour s'assouvir ouvertement par la force, cette haine implacable ourdit dans l'ombre de lâches tentatives d'assassinat contre le pontife ; mais les trames de Léon sont découvertes , elles échouent par le zèle des Romains qui , révoltés de tant d'iniquités et se formant en république, défèrent au pape Grégoire, sur la ville et le duché de Rome , une sorte de surintendance qu'on regarde comme le principe de la souveraineté des papes ^ .

L'empereur envoie des troupes contre Rome ; les Lombards , qui cependant ont eu de récents motifs de plaintes contre le pape , marchent à son secours et le sauvent du péril qui le menace.

La fureur de Léon, qu'exaspèrent tant d'obstacles, éclate en nouveaux édita ; l'Italie répond à ces menaces par une insurrection nouvelle.

On brise les statues de l'empereur ; on chasse ses délégués ; on

■ HisioirÉ.de l\Èglis$, {lar Berault-Bercastel, tome lY, p^ge 76.

PuffeDdorf fait remarquer que les souverains pontifes ne devinrent seigneurs de Rome que longtemps après, et que ce ne fut même pas dans cette ville qu'ils obtinrent d'abord la souveraineté temporelle, mais bien plutôt dansTexarcbatde Bavenne, dans la Pentapole (ou marche d'Ancône) et dans le duché de Rome.

« Pendant cette espèce d'interrègne que les Romains se procurèrent par leur 9 rébellion, ajoute cet auteur, il y eut toujours dans leur ville quelques officiers des X» empereurs grecs. » (Pi7ffbni>obp, Introd, à VHiUoire de V Univers, tome II, p. 93, édit* in^o.)

parle de marcher jusqu'à sa capitale pour le renverser du trAne : le pape parvient k empêcher l'exécution de ce projet au moins téméraire '.

Luithprand met à profit ces désordres et tourne contre le saintsiége des armes qu'il semble n'avoir prises d'abord que pour sa défense ; il réunit sous sa domination une partie de la Romagne et de la marche d'Ancône ; son ambition croissant avec le succès, il marche sur Rome» sous prétexte d'aider l'exarque de Ravenne k faire rentrer les Romains sous l'obéissance des empereurs. Ses troupes étaient déjà campées dans les prairies de Néron, situées entre le Tibre et l'église de Saint-Pierre , vis-à-vis le château Saint-Ange , lorsque le pontife , résolu à délivrer son peuple ou à s'immoler pour lui, sortit courageusement au-devant du Lombard.

Luithprafid se laisse toucher par les remontrances du pape, se prosterne à ses pieds, et lui promet non-seulement de retirer ses troupes de la Romagne, mais encore de le protéger contre ses ennemis.

A cette nouvelle , le ressentiment de Léon ne connaît plus de bornes; il confisque les patrimoines que l'église romaine possédait en Sicile , dans la Calabre et dans les autres provinces de l'empire , et il menace Rome d'envoyer contre elle une puissante armée.

Sur ces entrefaites, l'Église eut à déplorer la mort de Grégoire IL Le prêtre Grégoire assistait aux funérailles du saint pontife , lorsque, comme par une conspiration spontanée, le peuple romain l'enleva de force et le porta sur la chaire apostolique ^.

C'était un homme d'une rare science, d'une charité exemplaire, et qui , à la plus angélique douceur , joignait une grande fermeté et la prudence d'un profond politique.

Léon espérant rencontrer, dans le successeur de Grégoire II, un pontife plus souple et plus prêt à se courber sous le caprice de ses erreurs; peut-être aussi ne se sentant pas en mesure, pour le moment, d'exécuter ses menaces contre l'Italie, se contenta de continuer , par des décrets violents et des actes de vandalisme , la guerre contre les images et les confesseurs de la foi romaine en Orient.

■ Teop,, an m, Puitendoef, Introd, à V Histoire de VVniven, tome II, page 61. — Hi$t. de l'ÉgL^ par B. B.» tome lY, pages 77 et 78. ' Bût, de l'ÈgL, tome IV, page 80.

LIVaB l*' — CHAPITRE l*'. 13

Grégoire, pdur mettre un terme à ces persécutions, lui adressa des lettres remarquables par la force du raisonnement aussi bien que par la dignité du langage, et dont l'extrait qui suit trouverait, de nos jours encore, des occasions fréquentes d'une juste application :

« Apprenez , écrifait à Tempereur le sage pontife , qu'il n'appar- » tient pas aux rois de décider en matière de religion , mais seule- » ment aux évèques. Gomme les prélats qui sont préposés aux églises 9 s'abstiennent des affaires politiques, les princes du siècle doivent » s'abstenir des affaires ecclésiastiques, et chacun doit se borner à » l'autorité qui lui a été commise par le ciel *.

» Lesanctuaire et le palais ont des ministres différents qui ne doivent » pas même porter leurs regards dans leurs districts séparés. . . m

» C'est vous qui faites la guerre que souffre l'Église ; tenez- vous en B repos j elle sera en paix, et les désordres flniront.

» La religion jouissait d'une paix profonde quand vous avez excité

)» les combats et les scandales

m Vous croyez nous épouvanter en disant : J'enverrai à Rome briser B l'image de eaint Pierre, et j'en ferai enlever le pape Grégoire chargé B de chaînes, comme autrefois le pape Martin; mais ignorez-vous » comment la haine que vous portez à l'Église a soulevé tout l'Occi- B dent contre vous? Vous êtes moins pour nous un objet d'alarme B que de pitié. Nous avons eu la douleur de voir abattre vos portraits B et de les voir fouler aux pieds.

» Les Lombards » les Sarmates et d'autres peuples du Nord ont B fait des courses dans la province de Ravenne , se sont emparés de » cette ville, et ont cha^ vos officiers pour mettre les leurs. Ils V veulent traiter de la même manière celles de vos places qui sont M les plus proches de nous, sans en excepter Rome. Et quelles sont B vos ressources pour les défendre? Restez donc convaincu que vos B menaces ici n'ont rien de terrible. Les papes, au contraire, sont B devenus des médiateurs utiles pour vous entre l'Orient et TOcci- B dent *• »

Le prêtre George, chargé de porter ces lettres à Tempereur, fut

■ Biu. de VÈgl., par B. B., tome lY, page 81 ; tome Tll» Cône., page 96. ' Hia. de VÈgl., par B. B., tome lY, pages 81 et 82.

14 PRBMIÈAJS ÉPOQUE.

arrêté en SicUe» avant même de parvenir à Gonstantinoirie. Un ordre de Léon le fraiipa d'exil. Ainn procèdent les despotes de tous les temps. Un message déplaît ; s'ils ne peuvent atteint celui de qui il émane, leur rage stupîde poaisutt et frappe le messager. D'autrea exhortations du pontife n'ont pas an pins beuranx résuttat. L'empereor, toujours plus irrité , arme de nombreux laissiaiix que les flots de l'Adriatique détruisait en vue de cette Italie qu'Us sont venus menacer. Ce coup fut fatal h sa puissance en Occident.

Luitbprand, dont l'ambitieuse politiques'estflervie du lèle religieux des Italiens pour affaiblir l'autorité des empereurs grecs, se sentant si bien secondé par l'imprudent Léon, et par le récent désastre de sa flotte, croit le moaient venu enfin d'établir et d'étendre en Italie son autorité sur les débris du pouvoir impérial.

Des motifs dequerdies manquent rarement entre des États codtigus. A défaut de motifs fondés, la force et l'astuee savent au besoin se créer des prétextes. Ainsi fait Luithprand en cette occasion : disons mieux, il rq)rend les armes sans daigniur chercher une excuse à son agression nouvelle : quatre villes dépendantes de l'État romain tombent en son pouvoir, et son' armée repanrft plus menaçante que jamais sous les murs de Rome.

Le péril était imminent : Léon, quand bien même il l'edt voulu y n'aurait pu secourir le pontife ; le reste de l'Italie tremblait au seul nom du roi Lombard. Grégoire ne vit de salut que dans la protection du héros qui, à cette époque, remplissait le monde du bruit de ses triomphes et de sa gloire.

Charles-Martel , sans porter en France le titre de r<û » en avait toutes les prérogatives et tout le pouvoir. Les exploits de ce prince avaient rendu redoutables au loin le nom et les bannières de la France.

Gr^^oire III invoque aoa secoure contre ce qu'il appelle» dans sa supplique , la violence et l'avidité sacrilège de Luithprand.

a Gardez-vous d'ajouter foi aux propos artificieux des Lombards» » ajoute le pontife. Pour vous assurer de l'état des choses, envoyez 9' ici quelque ministre fidèle qui voie de ses propres yeux les excès. » de la tyrannie sous laquelle nous gémissons, l'ppprobre de l'Église, » la spoliation des autels, les flots de larmes et de sang des citoyens » et des pèlerins. i>

Grégoire conjure ensuite Ghairles-Qiartel dejpe pas préférer l'amitié des rois lombards à celle du chef de la chrétienté.

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