LIVRE n. — CHAPITRE IT
D Saint Charles les rétablit, et, pour conserver les libertés de son ■ Eglise, il les plaça huit jours plus tard que dans Téglise romaine. » Cette cérémonie pieuse commence par la distribution des cendres, » qui ne se fait point dans cette église le premier jour du carême, B comme dans Téglise romaine * . »
Costume. — Les membres du clergé étaient rigoureusement tenus de porter l'habit ecclésiastique, même hors des églises. Giulini dit que les comtes qui rencontraient des prêtres en habit séculier, étaient autorisés à les traiter comme les laïques libres, que l'on appelait exercitalest par l'obligation où ils étaient de prendre les armes et de servir dans l'armée quand Tordre leur en était donné.
L'habit des ecclésiastiques, de ces temps-là, consistait en une tunique blanche appelée aUa, qu'ils portaient dans les églises et au dehors.
D'après Giulini , c'était le costume qu'avaient conservé de son temps les chanoines d'Italie, qui le portent probablement encore.
Les ecclésiastiques qui n'étaient point dignitaires, se rasaient la tète, et ne conservaient qu'une espèce de couronne de cheveux courts, comme les capucins de nos jours. Ils ne portaient pas de barbe.
Les évèques avaient les cheveux courts et retournés autour de la tête, comme un bourrelet, avec une tousure. C'est ainsi que se coiffaient nos prêtres il y a peu d'années encore.
Bien que Pnricelli, dans une description minutieuse de ce qui fut trouvé dans la tombe où l'archevêque Anselme et le roi Bernard avaient été inhumés l'un près de l'autre, parle d'une mitre ornant le front du prélat, Giulini croit et établit que les évèques au ix* siècle ne portaient pas de mitre, mais un béret de forme conique : ils se senaient de la crosse comme les évèques de nos jours , et avaient i peu près le même eostume pour les grandes solennités pontificales.
(erre qui, entre autres dommages, fit écrouler presque toute la toiture de la basilique (ie Saint-Paul, le pape Léon instilua, à Rome, les Rogations pour les trois jours qui précèdent la fête de VAseensUm*
II parait que celte cérémonie existait en France depuis le v* siècle. Giulini en fait remonter l'établissement aussi à cette époque pour Milan. Ce qui ferait penser qu'elle fut fondée par saint Ambroisê,
' Le même écrivain (l'abbé Ricbard] fait observer, dans une note, que l'usage, à Milao, n*est point de sonner les cloches à grandes volées comme ailleurs, qu'elles sont suspendues de façon qu'on ne peut que les Unter. C'est encore sans doute, ajoute-t-il, une des singularités du rit amhroisien* (Tome I*'', JIftIon., S ^^» ^^^^^ ^0
t66 PHEmtRE ÉPOQUE.
Les habitants de hi Lomberdieportaient, avant l'arrivée des Francs, la barbe longue et pointue à Texemple des vieux Lombards. Bientôt après la conquête de Ghariemagne, fut adoptée la mode des Francs, qui ne laissaient pousser qu'une petite barbe autour du menton ; plusieurs Francs ne portaient que des moustaches ^ .
Les honunesy en Lombardie, coupaient leurs cheveux très-courls et se coiffaient d'un petit chapoau rond et noir dont te bord, un peu relevé tout autour de la tête, était orné d'un petit galon d*or. Leur corps était recouvert d'une tunique k manches très-étroites ; cette tunique ne dépassait pas les genoux et était serrée autour des reins par une ceinture ; ils portaient des bas colfants sur la jambe , et des souliers en brodequins, en pointe et sans talons *.
Les femmes lombardes mariées se coupaient les cheveux. Les jeunes filles non mariées conservaient toute leur chevelure : restare in ca- PiLLO, signifiait conserver sa virginité.
Les fiancées portaient une conronne sur la tète : cet usage, dit Giulini ^ se continua longtemps , et l'on en voit des indices encore dans des monuments de 1316. Aujourd'hui , ajoute cet auteur, les jeunes vierges qui prennent le voile sont dans l'usage de se couronner : peut-être cet usage vient-il des anciens temps , nos jeunes novices se considérant comme fiancées du Seigneur.
Nous ajouterons que de nos jours encore , dans le Blilanais, les tîIlageoises forment» quand elles sont fiancées, et longtemps même avant te mariage , une couronne sur leur tête , avec une grande quantité d'épingles en argent , longues , plates et terminées généralement sur te haut, en forme de raquette ou de poire. C'est te^cadeau du fiancé , qui se distingue d'autant plus que le nombre des épingles est grand. Nous ne serions pas éloigné de penser que cet usage villageois eut aussi son origine dans la coutume des anciennes fiancées lombardes.
Le vêtement des femmes différait peu de celui des hommes ; seulement leur tunique, beaucoup plus large, descendait du cou jusqu'aux pieds.
Des manches très-larges aussi , partant des épaules , se terminant et s'ouvrant aux mains , laissaient voir au-dessous , la manche d'un autre vêtement plus étroit. A l'un de ces deux vêtements était ûié
■ GtuLiiii, tome I»', lib. 3, page 189. ' /6i<fem, page 191.
LIYRB n. — CHAPITRE' IV. 16T
un petit capuchon bien étroit qui recouvrait le derrière de la tète ; de dessous ce capuchon sortait un bandeau qui ceignait tout le front jusqu'à ta hauteur des yeux ^
« Le linge^ » dit Voltaire * » « était peu commun dans ces temps- » là en Europe.
» Saint Boniface ', dans une lettre à un évèque d'Allemagne, lui o mande qu'il lui envoie du drap à longs poils pour se laver ks pieds. » Probablemeot ce manque de linge était la cause de toutes ces man ladies de la peau , connue sous le nom de lipre^ si générales alors. » Les hôpitaux nommés léproseries étaient déjà très-nombreux. »
CoMMBncB. — Les vieux Romains% occupés de gloire et de conquêtes au dehors , de brigues et de dissensions à l'intérieur, avaient peu de goût pour le commerce.
Le commerce a pour but d'acquérir des richesses ; la dépouille des peuples vaincus paraissait aux Romains le plus noble et le plus fructueux moyen de s'enrichir.
Devenue maîtresse du monde, Rome, pour séparer les peuples soumis à sa'domination tyrannique des nations barbares qu'elle n'ayait pu dompter , défendit de commercer avec ces nations.
Le négoce des Indes et celui de l'Arabie Heureuse furent les deux branches et presque les seules du commerce extérieur. Rome porta chez les Indiens et les Arabes son or et son argent en échange de leurs marchandises ; elle y employait , d'après Strabon > cent vingt navires , et y envoyait cinquante millions de sesterces.
La branche principale du commerce intérieur était celle des blés qu'on faisait venir pour la subsistance du peuple de Rome , ce qui était, dit Montesquieu, une matière de police plutét qu'un objet de négoce.
Négligé sous la puissance romaine , et de plus décrédité pour les altérations successives que plusieurs empereurs firent subir aux mon^ naies t le commerce fut anéanti en Europe par l'invasion des bar^ bares. Il y reparut quand ces hordes commencèrent à se civiliser. Gharlemagne le fit fleurir parce qu'il était le mattre des mers. Ce prince avait » à l'embouchure de tous les grands fleuves de son em-
' GiuLiNi, tome I"', lib. 3.
* Hist. génér., tome !•% ch. 15, page 163, art. Commercé. ' Saint BoDiface, premier évéque de Mayence, YÎTait daiu la premièie moitié du viii« siècle.
pire » des bateaux, soit pour protéger le commerce, soit pour arrêter les inondations des barbares, les chasser de ses rivages, et les refouler dans leurs climats ou brûlants ou glacés.
Sous ce règne glorieux , les marchands des côtes de la Toscane et ceux de Marseille allaient chez les chrétiens de Constantinople et chez les musulmans d'Alexandrie en Egypte , échanger Tor et les produits de leur industrie renaissante <;ontre les richesses de l'Asie.
Venise et Gênes , si florissantes depuis , commencèrent dès lors à poser les bases de cette prospérité qui fit longtemps de ces deux villes , deux reines rivales se disputant le sceptre du commerce et de la mer.
Des manufactures d*étoffesde laine s'établirent à Tours ^ à lyon, Arles ^ Rome, Ravenne^ Milan. Cette dernière ville se rendit plus tard célèbre par ses ateliers d'armes. On damasquina le fer à l'exemple de l'Asie ; on fabriqua le verre. Les étoffes de soie n'étaient encore tissues dans aucune ville de l'empire d'Occident ; Charlemagne , peu porté pour le luxe, semble avoir voulu laisser à d*autrfô le soin ou la gloire de cette conquête. Sons son tègne, les Vénitiens commencèrent à tirer les soieries de Constantinople; mais, comme le fait observer Voltaire, ce ne fut qu'environ quatre cents ans après cet empereur , que les princes normands établirent à Palerme une manufacture de soie * .
Monnaie. •— Sous les rois de la première race , il y avait des hôtels des monnaies dans les principales villes du royaume : ils étaient établis sous l'autorité des ducs et des comtes de ces villes , et soumis en outre à l'inspection de l'intendant et des généraux mattres de ces monnaies. « La surveillance de ces officiers n'ayant pu empêcher » l'altération des espèces , Charlemagne , dit le manuel monétaire 't » pour arrêter le désordre que causait le faux monnayage , supprima » tous les hôtels des monnaies , et ordonna qu'on n'en frapperait » plus que dans son palais. Cette restriction cependant ne passa ps » la durée de son règne ; on rétablit bientôt après lui les ateliers » monétaires, n
Nous ne croyons pas pouvoir appliquer cette observation au i^gim^ ^ monétaire de la Lombardie ; on se rappelle que le droit de battre
' VoLTAinx, Hiit. génér., ch. 15.
' ParBoNiŒT, 1810, page 11.
UYAE II. — COAPITRK IV. 169
moDDftie fut rcconna à Grimoaid » dac de Bénévent , par Cliarlcmagne, quand il rinYjeatit du duché laissé vacant par la nH>rt d'Aréchis son père.
I^ villes dltalie ayant , vers la fln du viu^ siècle et dans le cours du \\\ le droit de battre monnaie, d'après Giulini, Muratori et d'autres historiens, étaient : Romt , Pâme , iJilan , Lucca , pour la Toscane , Trévise , , pour le Frîoul , Bénéventf Venise et Naples * .
On lit encore dans l'ouvrage déjà cité *, que les pièces de monnaie n'étaient pas , squ3 la deuxième race , frappées à Teffigie des princes régnants. Il pouvait eiistelrd'autresempreintes sur certaines monnaies, mais nous ne pouvons admettre cette observation dans un sens trop absolu , et nous nous bornerons à rappeler qu'une des conditions imposées par Gharlemagne à Grimoaid , fut que le jeune prince ne frapperait sa mofinaie qu'à l'effigie du vainqueur de Desiderio.
Il est reconnu par tous les économistes ' et autres écrivains , que , $ous la première race de nos rois » la . monnaie avait à peu près la même valeur que celle de l'empire romain depuis Constantin. Le sou iw était le sçlidwn romanum , qui équivalait à quarante deniers d'argent, leqael pesait , l'un portant l'autre , trente grains.
Ce fut Gharlemagne qui , le premier, changea l'ancien numéraire romain, cd inalîtuant un denier de vingt à l'once v à la place du denier ou drachme du sixième de ce poids , c< à l'effet de quoi , dit Germaùi Gav^ier , il partagea la livre en vingt solides, ou cylindres , ou som iarffeni, dans chacun desquels il fit tailler douze deniers, c'est-à-dire autant de deniers que la livre contenait d'onces. »
On voit dans Giulini que ces changements s'opérèrent aussi en Lombardie , par suite de la conquête des Francs.
On voit aussi dans le même auteur qu'en Lombardie, outre ces monnaies réelles d'or et d'argent , on se servait , comme en France , dans les calculs, d'une autre dénomination.
' McEATOBiy 4*^^* d'Ital; dissert. 27, et dans ses Ànn^ d'It>, tomelY, p. 103, sonée 806.
Cet historien pense que Spoleiti devait jouir du môme prîTilége, bien que, jusqu'à loi, on n'ait trouvé aucune monnaie de ce duché se rapportant à cette époque.
' Jlfanuel monétaire, publié par Bonnet, 1810, în-4o.
* nupRÊ DE Saint-Maur, Esêat sur les monnaies, — Le comte Gerhain GarxiEB, Mémoire sur la valeur des monnaies de compte, chez les peuples de V antiquité, — Sat, Traité d'écon, polit. — > Yoltairb, que Ckrmain Garnier cite en cette occa* sion. — GrcLiNi, Stor. di mL
170 ^ PBSMIÈRE ÉPOQUE.
On s'exprimait souvent en monnaie de compte , monnaie Bctive ou idéale , selon l'expression de Montesquieu S ^ qui n'était , oomme aujourd'hui » qu'une manière de compter.
« Pendant deux siècles , dit Voltaire ^ , les monnaies restèrent sur )> le pied où Gbarlemagne les avait mises ; mais petit à petit les rois , D dans leurs besoins , tantôt chargèrent le sou d'alliage , tanlAl en n diminuèrent le poids ^ de sorte que, par un changement qui est » presque la honte des gouvernements de l'Europe , le sou d*argent , » qui était autrefois ce qu'est k peu près un écu , n'est plus qu'une ï> légère pièce de cuivre avec un onzième d'argent tout au plus ; et la » livre , qui était le signe représentatif de douze onces d'argent, n'est » plus en France que le signe représentatif de nos bous de cuivre. Le }» denier , qui était la deux cent vingt-quatrième partie d'une livre » d'argent , n'est plus que le tiers de cette vite monnaie qu'on appelle » un liard. »
La connaissance des variations qu'a subies le prix de l'or et de Vargent à diverses époques , étant indispensable dans l'étude de l'histoire pour apprécier , le plus exactement possible , les forces des peuples, leurs richesses, leur commerce et leur économie, on a beaucoup écrit sur œ sujet.
Mous nom bornerons à quekpies observations sur cette matîèie féconde.
On a remarqué, par te prix du blé dans l'asUiptité , dans tedoubte période des Mérovingiens et des Gartevingtens , et jusqu'au lègne de Charles Yll , époque de la découverte de l'Amérique , que i'or et l'argent ont graduellement augmenté de valoir, et que , dopois 1A52, il y a eu dans ces mêmes espèces une dépréctation progressive fosqu a nos joui;s.
Voltaire ' , comparant te prix du pain aux deux époques, atpprécie la différence de cette valeur, depuis Gharlemagne jusqu'à la moitié du xvm* siècle, à 1/8*.
Giulini a pris un autre objet de comparaison , et est arrivé , pour la même époque et pour la Lombardie , à la différence de 1/12*.
Nous basant sur la moyenne du prix de l'hectolitre du blé en France,
* Espr. des loU, liv. 22, ch. 3.
- ' Hût, génér.f ch. Itt.
' Nous nous permettons de citer Voltaire , puisque le comte Germain Gimier a imoqué celte autorité, même dans ses mémoires sur les monnaUê.
LIVUE U. — CHAPITRE IV. 171
depuis 1797 josqu'à 1835 S laquelle a été de 19 fr. 58 c. , et la comparant à la moyenne da prix du blé à l'époque où Voltaire écrivait, et qui était de 13 fr. 97 *, nous trouvons que 13 fr. 97 : 19 fr. 58 : : 8 : 11 fr. 21 , ce qui ferait à peu près le chiffre de GiulinL Maintenant , réunissant les trois périodes , savoir :
De 1756 à 1790' avec une moyenne de 13 fr. 97
Del797à 1813 20 25
DelSUà 1835 19 10
Nous trouvons un prix moyen de 16 fr. 77 c. par hectolitre de froment. Poursuivant la proportion , nous obtenons : 13 fr. 97 : 8 fr. : : 19 fr. 58 : 11 fr. 21 : : 16 fr. 77 : 9 fr. 60. A ce compte, la dépréciation , depuis Charlemagne , de For et de l'argent appliqués aux choses les plus nécessaires à la vie , serait dans la proportion de 1 à 9,60 , c'est-è-dire d'un peu plus qu'un 9* 1/2 pour les cent dernières années qui viennent de s'écouler.
Nous nous trouverions entraîné au delà du cadre que nous bous sommes tracé , si nous recherchions cette dépréciatioa relativement à des choses d'une nécessité moins rigoureuse , moiiis surveillée par le jouYememenJt , enBn à des objets de hixe.
Poids et Mescebs. — La loi cent onzième de Charlemagne ordonnait l'emploi des mêmes poids et des mêmes memtreê dans toute l'étendue de l'empire.
Malgré ce décret , les diverses contréts de hi Lombardie , nous dit Giulini, ne tardèrent pas à reprendre leurs anciaiB errements, on plutôt elles n'y renoncèrent jamais ; elles ne firent en cela qu'imiter ce que faisaient les Francs eux-mêmes dans les Gaules.
Cet abus devint tel , que non-seulement les villes , mais les boucgs et les villages finirent , au grand détriment du commerce , par avoir des poids divers et leurs mesures particulièies.
Les poids et les mesurée ont ponservé de nos jours , en Lombardie, à quelques légères subdivisions ou altérations près , les mêmes déno-
' Nous a?ons fait ee relevé sur les documents officiels recaeUlis daus la statiitiquê dressée, en 1837, par ordre du ministre des travaux publics.
* Ge qvi résulte des mêmes documents officiels.
* Nous négligeons les sept années du règne de la terreur, des assignats et de la banqueroute. Il est curieux de remarquer que, pendant les trente et une années qui ont précédé la réyolntion de 89, le prix moyen de l'hectolitre de froment a été de 13 francs 97 centimes, et que, pendant les trente et une années qui l'ont suivie , ce prix s'est élevé à 19 francs tfS centimes 1/2.
172 PBBM1ÈRB EPOQUE.
minalions , emplois et capacités déterminés par les lois et règlements du IX" siècle.
Comme aujourd'hui :
Le jugis eC la pertica étaient la mesure Iméoire ;
Le fascio ou ventenajo et leurs divisions servaient à peser les objets volumineux et encombrants , tel que le bois , te foin , la paille, etc. ;
Le siajo était la. mesure de capacité pour. les liquides : seulement la Lombardie a , de nos jours , une mesure trois fois plus forte que le stajOf qae ton appelle ]ei'brenia\ et dont le siajo n'est plus qtt*une division;
Le fnoggio est encore la plus forte mesure pour les grains et le charbon.
Mais ces poids , mais ces mesures continuent, comme autrefois, è recevoir une application différente , quoique sous les mêmes dénominations, dans les diverses villes de la Lombardie. Là et ailleurs un tel état de choses , profitable aux ruses de l'industrie et nuisible au développement loyal des relations commerciales de province à province et de peuple è peuplé, aura un terme tôt ou tard. Seulement , pour la complète réussite de cette grande entreprise , il faut , chez les gouvernants^ de Ift pialienee et une grande longanimité contre les obstacles incesiaBimefit suscités soit parla routine, soit par rappâtde gains frauduleux.
Les idées d'omfomilté, quand on veut les appliquer indistinclemcnl à tous les peuplesy sans égard i leurs lois^^ h leurs plus ou moins de lumières , et à leurs cotUumes , ne sont trop souvent que les rêves dangereux de qadques novateurs qui , sous prétexte d'établir Tégalité entre les hommes , ne veulent que les niveler tous au-dessous d'eux. Dût cette uniformité dans les loiS' civiles , dans les lois criminellfôf dans les lois de commerce , devenir un bienfait pour tous les peuples^ ce bienfait ne pourra que tourner en calamité publique toutes les fois qu'on voudra l'imposer à la façon brusque, in>périeuse et brutale de nos Procustes modernes.
Gomme le dit Montesquieu : « Il y a de certaines idées d'unifor- » mité qui saisissent quelquefois les grands esprits (car elles ont » touché Gharlemagoe ) , mais qui frappent infailliblement les pe-
» tits
» La grandeur du génie ne consisterait-elle pas à savoir daus quel » cas il faut l'uniformité, et dans quel cas il faut des différences? *
LIVM lï. — CBAPITBB IV. 17$
Oo peat dire en toute assurance que runiformité dans les poid» et mesures serait une des idées les plus fécondes en bons résultats. Charlemagne tenta vainement de rétablir.
Mille ans après , Thomme géant qui a fait revivre un moment le grand empire carlovingien, a tenté, lui aussi, d'assurer le triomphe de cette idée qu'on reprend de nos jours avec une ardeur nouvelle. Si, à travers toutes les incertitudes des choses de ce monde, il est permis de prévoir le succès général d'un système quelconque, certes rien ne nous semble mériter plus de confiance que l'avenir de notre admirable système métrique.
Ce système , à base fixe et rationnelle , k résultats évidents, matériels, positifs, doit tout attendre du temps et des progrès de la raison humaine. On le verra partout sortir triomphant [de cette double épreuve , mortelle pour toutes les folles utopies modernes d'un philosophisme que le temps démasque et que la raison tue.