‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 5 sur 137 · LIVRE 1*. — CHAPITBB l · texte numérisé non relu

LIVRE 1*. — CHAPITBB l

Parmi les titres dont il flatte sa puissance on remarque celui de prince trè&<hrétim S que, pendant pi«s de dix sièdes, nos rois se sont transmis comme un des droits de la couronne de France.

Le zèle et la politique de Cbarles-Martel se trouvèrent combattus par les sollicitations du pape.

Éprouvé par Irente ans de règne , Luithprand , prince habile et d'une grande valeur, avait rendu naguère k la France un service signalé. Les Sarrasins s'étant emparés, peu de temps auparavant, d'Avignon , de Marseille et de quelques autres villes de la France méridionale, Charles-Martel avait demandé contre eux l'assistance de Luithprand ; le roi lombard s'était hâté de lui porter seeours. A l'approche des deux armées, les Sarrasins évacuèrent les contrées qu'ils venaient d'envahir.

Cest peu de temps après le succès de cette coopération des Lom^ bards que Gharies-Martel eut à répondre aux messages du pape. Les grands de la terre gardent quelquefois la mémoire d'un bienfait reçu, mais jusqu'à l'heure seulement où l'intérêt de leur politique leur en prescrit l'oubli et leur commande l'ingratitude. Il est rare que cette heure tarde à sonner. Deux fois Charles , alléguant des traités qui le lient avec Luithprand , renvoie au saint-père , avec des présents magnifiques , mais sans aucune promesse de secours armé , les légats qu'il lui a députés. Il prend toutefois le parti de la négociation avec le roi lombard, et lui représente qu'un prince chrétien ne peut, en honneur et conscience, tourmenter le père commun des fidèles et s'emparer des biens de l'Église. Luithprand se montre sourd à ces remontrances que n'appuie aucune démonstration menaçante.

Grégoire , que ne peuvent rebuter les héâtatiom de Charles , le supplie, pour la troisième fois, de lui accorder un secours plus efficace : jugeant que le plus sûr moyen de le déterminer est de flatter son ambition et son intérêt, le plus fort des stimulants, il lui ofl^ le consulat.

Charies'se laisse enfin séduire par cette promesse et signe un traité avec Rome dont il se déclare le protecteur ; il se disposait à passer avec une armée en Italie, quand il fut attaqué d'une maladie qui le conduisit au tombeau. Là nouvelle seule du traité sauva Rome de ses dangers présents. En effet , dès qu'il en avait eu avis , Luith-

' G9$ta PowHf^ fom., in-^, tome I*', pa^^e 360.

prand s'était h&té de restituer au saint-siége toutes les terres qu*il lui avait enlevées» et dont le revenu annuel s'élevait à plus de trois mille livres d'or.

L'issue de ces querelles fut donc pour le moment bien paciflquc ; mais elles eurent pour effet immédiat d'attirer l'attention et les regards des princes francs vers l'Italie, et, pour résultat flnaU de détruire, dans cette belle contrée, la puissance non-seulement des empereurs de Gonstantinople, mais encore des rois lombards, qui se perdirent en voulant s'enrichir des dépouilles de l'Orient et du saint-siége.

Grégoire III et Léon ne survécurent pas longtemps à Charles- Martel. Zacharie remplaça Grégoire ; il réconcilia Luithprand avec la chaire de saint Pierre et en obtint de grands avantages.

Mais au point où en étaient les choses , les raccommodements ne pouvaient être que des trêves passagères. Trente années d'un règne tel que celui de Luithprand , avaient donné aux événements une impulsion contre laquelle Luithprand lui-même eût vainement lutté.

Qui sait si, entrevoyant au moment de sa mort l'abtme creusé sous le trêne lombard , ce prince ne voulut pas, par cette réconciliation avec le saint-siége et par ses tardives concessions, conjurer le péril et tracer une nouvelle voie à ses successeurs. Mais la voie fatale était irrévocablement ouverte aux empereurs pour compromettre eu Italie un reste de dignité et d'influence par la poursuite insensée d'une autorité qui ne devait plus leur revenir, et aux rois lombards pour courir à une perte inévitable en poursuivant un but décevant qu'ils ne devaient jamais atteindre.

Ainsi Bachis , d'abord duc de Frioul et puis roi de Lombardie , porte, à peine élevé au trêne, ses armes dans la Pentapole, et met le siège devant Pérouse. A là vérité, vaincu par les supplications du pape Zacharie, qui va le trouver dans son camp, ce prince dépose et glaive et couronne pour se retirer au mont Cassin. Mais Astolphe, son frère et son successeur, se hâte d'envahir l'exarchat de Bavenne , et de là se porte sur Bome, qu'il menace de destruction si elle ne lui ouvre ses portes. Folles équipées , qui ne firent qu'avancer l'heure de la domination des Francs.

Charles-Martel , en mourant, avait laissé deux fils S Carloman et

* Od parle sassl d'un troisième fils de Charles-Martel, Grifon, qu'il aurait eu de Sénéchilde la Bavaroise. (Les deux autres élaieut fils de Hollande l'Austrasienne). L'exiguïté de l'apanage échu à Grifon, tandis que ses frères avaient eu des royaumes

Page 1