LIVRE III. — CHAPITRE
Les Francs , les Goths , les Lombards , les Alaios , les Huns , les Héniles , qaand Ils vinrent chercher de nouvelles terres dans les contrées méridionales , furent remplacés , dans les pays nordiques , par d'autres hordes de peuples barbares. Toutes ces nations , à l'exemple de celles qui les avaient précédées , formaient une sorte d'association libre, assez faiblement cimentée par des intérêts et. des entreprises de même nature. Le pillage sur le continent et la piraterie sur mer leur étaient nécessaires comme le carnage aux bétes féroces. Ces barbares, trop nombreux» n'avaient chez eux à cultiver que des terres stériles; ils manquaient de manufactures; ils étaient privés des arts : celui de la guerre seul avait fait quelques progrès... La destruction est le premier instinct de l'homme! D'ailleurs, trois siècles d'hostilités contre l'empire romain les avaient initiés à cette science fatale, et ib avaient appris de ces conquérants à employer , pour l'attaque , des armes et des machines à effets destructifs. Quelques planches surmontées d'ouvrages d'osiers et recouvertes de peaux avaient été longtemps les navires où ces intrépides aventuriers affrontaient l'Océan pour cherclier les périls et recueillir des dépouilles. Mais , dès le v^ siècle, leurs vaisseaux de guerre [chiules] ' avaient déjà la plus formidable apparence ; ils portaient de nombreux guerriers et étaient construits avec de solides et durables matériaux.
Les expéditions des premiers barbares , d'abord torrents dévastateurs, s'étaient changées en conquêtes durables ; la colonisation avait succédé au pillage , et les mêmes hommes qui avaient dépeuplé r£urope, l'avaient plus tard, en grande partie, repeuplée.
Quand la vieille Europe méridionale et ces myriades de barbares se furent mêlés et confondus, les peuples qui habitaient la Scandinavie et les bords de la mer Baltique, songèrent à suivre l'exemple de leurs devanciers et à venir leur disputer leur belle et riche proie. L'évêque de Germon t, l'éloquent Sidoine^ ^ a décrit avec une énergique vérité
■ Le docteur Lingahd, HisL d'Angl,, tome I«% ch. % Anglo-Saxons.
Le traducteur de cet historien fait observer que le mot de Chiules est encore employé sur le Tyne et sur le Were, Les anciens écrivains , dit-il, l'ont traduit par vaisseaux longs st larges. Yoy. Bed., 1 , 15. ^ Trad. d* Alfred. — Ibid., Chron, saxonne, 12. — GapAs» ch. 23.
' Sidoine Apollinaire vivait vers la On du y« siècle.
M. Guizol considère le recueil des lettres de ce prélat comme le monument le plus curieux et en même temps le plus authentique des moeurs de ce temps. Hist. de la civiL, 3 • leçon, pi IK).
aïO niMIÈRB ÉPOQUE.
l'effroi qa'inspiraient ces dévastateurs. Gomnie Lingard, nous dteroi» ce passage remarquable :
« Nous n'aTons pas » » dit Sidoine , dont le témoignage est confirmé par toutes les anciennes autorités » « de plus cruels et de plus » dangereux ennemis que les barbares du Nord. Ils triomphent de » tous ceux qui ont le courage de s'opposer à eux ; ils surprennent » tous les imprudents qui n'ont pas su se préparer à leur attaque. » Poursniyent-ils, ils atteignent infailliblement ; sontrils poursuivis^ » ils échappent avec facilité. Ils méprisent le danger» ils sont habitués # aux naufrages, ils poursuivent leur proie avec ardeur, même au péril » de leur vie. Les tempêtes qui nous remplissent de terreur sont pour )» eux des sujets de réjouissance. La tourmente est leur protection, » quand ils sont pressés par l'ennemi , et le voile qui les couvre , » quand ils méditent une attaque. Avant de quitter leurs rivages, ib » vouent à leurs dieux la dixième partie de leurs principaux captifs ; )i quand ils sont sur le point du retour, ils se partagent les lots avec » une affectation d'équité et ils accomplissent leurs vobux impies ^ »
Ce portrait que Sidoine nous donne des Saxons , peuples descendants des Goths *, caractérise, à peu de chose |h^, toutes les hordes sauvages venues avant et après eux des froides régions de la Germanie, et même toutes les peuplades nomades, répandues de nos jours encore sur le globe , quelle que puisse être d'ailleurs leur origine *.
L'Océan, vers la moitié du ix* siècle, fut de nouveau couvert de ces flottes aventureuses. A cette époque, on donna généralement et sans distinction , aux barbares qui les montaient , le nom de Normands (hommes du Nord).
La valeur et rhabileté d'Egbert forcèrent en 835 des envahineurs venus du Danemarck, à quitter les cétes de l'Angteterre que la rébel* lion des Bretons leur avait livrées, et à chercher un refuge sur leur flotte. Plus tard , Ethelwulf , 61s d'Egbert , parviendra , par une opinifttre résistance, à décourager ces pirates qui, pendant dix ans,
"^ Sii»oN.yiii,6.
' LfNGARD, nist. d'ÂngL, tome I«', ch. %
^ c( On pourrait placer, presque toujours à côté de la moindre assertion deTaeire » sur les Germains, uue asscrlion analogue de quelqfue Yoyageur ou historieD mu- » derne sur quelqu'une des peuplades da barbares , aujourd'hui dispersées sur la » surface du globe *. »
* U. Gttizot, Hitt. d€ la civil. ^ Icç. 7, p. 22V.