LÉONINE
* GiuLiNi, tomel'^ch. 4, ann. 848. — Muratori, tome Y, p. 34 et suiT.- Beaucoup d'historiens,^ entre autres Baroniu$, Sigonius, Upér^ Pagici Léon d'Ostie, prétendent k tort (comme nous semble le démontrer Muratori) que cette eipèditiuu «ut lieu en 851.
LIVBB IV. — CDAPITRB l*'. 22T
situdeB. L'amour et le bonheur de ses peuples étaient pour Louis la récompense de ses nobles efforts ; la gloire, après la défaite des Sar-r raains, vint jeter son éclat sur cette jeune couronne. L'Europe re* tenttt d'un aussi brillant triomphe, et Lothaire, fier des succès de son fils» se hftta de Tassocier à l'empire ^ .
De toutes parts arrivent au jeune empereur des marques de sympathie, de gratitude et de respect. La morgue des ducs les plus puissants s'efface un moment devant cette jeune et rayonnante gloire; les ducs Sigenulfe et Radelchis rendent hommage à Louis II et le supplient enfin d'être l'arbitre de leurs trop longues discordes. Le jeune empereur fait, entre les deux rivaux, un partage nouveau du duché de Bénévent *, et parvient ainsi à mettre un terme à cette lutte fameuse qui, par l'appel aux Sarrasins, avait eu et devait avoir encore de si fatales conséquences pour l'Italie.
Quelques historiens ont voulu entacher la mémoire de Louis II, par le récit d'un crime imaginaire qu'ils reportaient à cette époque. Giulini établit, par des faits et des rapprochements de date, le peu de fondement d'une telle accusation que combat d'ailleurs si puissamment le noble caractère du jeune empereur.
D'après Muratori et quelques auteurs italiens, Louis II, dans un accès de jalousie, se serait rendu coupable, en 851, d'un meurtre sur la personne de Vépold ou Vépoldo^ que le jeune empereur avait
* Giulini, tom« I«S lib. 4, ann. 849.
Cet hislorien fait observer toutefois que les actes contemporains ne coramenceut h lut donner le nom d'empereur que l'année suivante, où ce jeune et glorieux front reçut la couronne impériale des mains non moins glorieuses de Léon IV.
GiuHni et Muratori font mention d'un décret publié l'année de son eouronnemenl, par le nouvel AugtuU, et daté de la royale réitdenee de Marbkgo. Bans ce décret , I^uls II déclare, qu'après avoir pris l'avis et obtenu le consentement de la diète do ?on royaume, il a fait choix, pour épouse, de la princesse Àngilberge, et qu'il lui «lâsigne pour dot, selon la coutume des Francs, deux palais qu'il désigne. L'historien milanais, à propos de ce décret, appelle l'attention sur cet usage des Francs de doter leurs femmes, et surtout appuie sur le comentemenl préalable donné par la dicte au mariage du souverain.
« Comment croire maintenant, s'écrie Giulini, que le royaume d'Italie, depuis la m conquête de Charlemagne, fut héréditaire, et que le ehoix du souverain ne fut pas » également soumis à l'approbation préalable de la diète? »
* Capocb, qui. avec ses dépendances, échut à Sigenulfe, secoua peu de temp» après le joug du prince de Salerne, et s'érigea en État indépendant des deux autres : ce qui divisa l'ancien duché de Bénévent en trois principautés, savoir : de Bénbvknt^. de Salernb et de Capoub. ^ ( Hiratori.)
beaucoup afifectionné et qu'il avait élevé à la dignité de comte du palais. Louis II, repentant de sa faute* selon le même récit, aurait cherché à la réparer en comblant de bienfaits les fils de sa victime, auxquels il aurait donné, pour eux et leur descendance, les duchés de Liguric, de Toscane, le comté de Modène et neuf autres fiefs importants. Giulinî fait observer que le duché de Ligtirie, qui, dit cet historien, n'était autre que la Lombardie, ne fut que bien longtemps après héréditaire ; d'ailleurs, ajoute-t-ii, il existe une pièce authentique trouvée dans le monastère de Causariaf de laquelle il résulte que Vépoldo vivait en 860 et jouissait, à cette époque, comme comte du palais, de la faveur de Louis IL
La victoire remportée par ce prince en 848 contre les Sarrasins, n'avait fait que les éloigner pour quelque temps du sol de l'Italie; et Bari continuait à être occupé par un parti de ces forbans qui ne ce^isaient, par leurs irruptions, de désoler les contrées les plus voisines de la Méditerranée et de l'Adriatique.
Louis II se trouvait à Mantoue quand le cri des provinces chrétiennes, livrées à la brutale fureur de ces brigands, vint de nouveau se mêler aux acclamations joyeuses dont l'entourait tout un peuple qui lui devait une ère nouvelle de calme et de prospérité. La Fouille, la Galabre, le duché de Saleme étaient aux abois et invoquaient le secours du jeune monarque.
Louis se rendit dans le duché de Bénévent à la tête d'une armée nombreuse, et vint enfin mettre le siège devant Bari. L'attaque fat vive et la résistance non moins vigoureuse ; l'ardeur des troupes lombardes semblait enfin approcher du noble but de tant d'efforts; déjà les machines de guerre avaient ouvert ta brèche, et Louis allait o^ donner l'assaut pour la nuit suivante , quand quelques-uns de ses généraux le détournèrent de ce dessein, en lui représentant que la ville renfermait d'immenses trésors qui deviendraient la proie de soldats affamés de pillage, si on emportait la place de vive force, et qu'il serait plus convenable de la soumettre par capitulation. Mais, pendant la nuit, les Mores se hâtèrent de combler la brèche, d'élever un nouveau retranchement, et on les vit le lendemain braver leurs ennemis du haut de leurs remparts, et les poursuivre de leurs sarcasmes sur une aussi prudente temporisation *. Louis, ajoute Erchem-
I Erchbmperto, t6iJ.y ann. 852.
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perio, i qui nous emprantons ce récit, reconnat, mais trop tard, la faute qu'on venait de lui faire commettre ; son armée, harassée de fatigue, décimée par le feu de l'ennemi et par les privations de tous genres, avait besoin de repos; un renfort promis par les Gapouans n'arrivait pas ; les Mores, d'un jour h l'autre, pouvaient recevoir des ^ecours : le jeune empereur reprit avec son armée la route de Lomhardie, triste et honteux d'avoir échoué dans une entreprise qui semblait lui promettre une nouvelle occasion de gloire.
TV un autre'côté, les États de Borne essuyaient de nouveaux désastres : les habitants de Centumcelles , dont les murailles étaient ruinées, n^avaient plus d'abri contre les insultes toujours renaissantes des musulmans, que dans les forêts et sur les montapes. Le cœur de Lé(»n rv s'émeut au spectacle d'une telle misère ; le saint pontife se porte lui-même au milieu de cette population fugitive et désolée * ; nouveau Moïse dans le désert, il ranime, par sa parole inspirée du ciel, le courage abattu de ces malheureux ; et l'inépuisable charité de celui qui vient de bAtir la cité Léonine^ fait édifier à douze milles de Centumcelles, sur un mont élevé et d'un accès difficile, une ville nouvelle qu'il nomme Léopolb. Deux ans suffisent au grand pontife pour mener i fin cette œuvre d'une magnifique charité. Ce ne fut que dans la suite des temps, et quand les côtes d'Italie n'eurent plus à craindre les barbares, que les habitants de Léopole^ trouvant cette demeure moins commode que l'ancienne , retournèrent à Centumcelles qui prit, de là, le nom de Civita-^Yecchia, ville vieille.
L'année qui suivit la dédicace de Léopole fut marquée par le concile tenu à Pavie ^, et que présida le jeune empereur Louis II : elle le fut surtout par la mort de Léon lY , et par celle de Lothaire.
Lothaire, avant d'aller rendre le dernier et redoutable compte de ses crimes comme fils, comme frère et comme souverain, descendit du trAoe, se jeta dans le monastère de Prumm^ prit l'habit monastique et mourut six jours après avoir fait raser ce front parricide dont le contact avait achevé de ternir l'éclat de la couronne de Charlemagne.
' AlVASTASB.
^ ÀDuce 8S5. On chercha dans ce concile à réprimer on grand nombre d'abus. On 7 condamna, entre autres, l'usage établi par plusieurs seigneurs laïques d'appliquer, sons le consentement des évéques, les dîmes levées dans leur territoire, à leurs oratoires particuliers, plut^l qu'aui églisispiroissiales.
330 PKUflÈAE ÉPOQUE.
Ce prince, se sentant près de sa fin, avait pailagé ses Etals enlre ses trois fils.
Louis conserva l'Italie supérieure avec le titre d'empereur.
Lothaire eut les provinces renfermées entre le Rhin et la Moselle qui prirent de lui le nom de ( LoUaringia) royaume de Lorraine.
Charles eut la Provence jusqu'aux environs de Lyon.
On sent que le roi de Lombardie dut être peu satisfait de ce partage. La modération de ses plaintes, sur lesquelles nous aurons occasion de revenir, épargna de nouvelles calamités à l'empire.
La succession de Léon IV, dont la mort avait précédé de quelque temps celle de Lothaire, faillit attirer de graves désordres dans Rome, et fut l'occasion d'un schisme qui eut quelques mois de durée.
Benott, Romain de naissance, prétre-cardinal de l'église de 5ainif- GillùcUf d'une piété aussi grande, aussi sincère que son humilité, priait, agenouillé au pied de l'autel de son église, quand le peuple et les prélats vinrent lui annoncer qu'on lui avait décerné la tiare. « Ke » me tirez pas de mon église , s'écria-t-il les larmes aux yeux , je suis » incapable de soutenir le poids d'une si grande dignité. » On Tentratna au palais de Latran, et il fut installé dans la chaire ponUficsIe, aux acclamations de la foule et des prélats.
Lothaire vivait encore : la paix un moment rétablie dans l'empire, la gloire récemment acquise par le jeune empereur Louis dont les secours pouvaient chaque jour devenir plus nécessaires contre les Sarrasins, l'exemple enfin du procès intenté à Sergius II, rendirent cette fois l'église de Rome plus circonspecte pour la consécration du pape ; des légats furent envoyés aux deux empereurs pour obtenir la confirmation ^ de l'élection de Beoott III *. Les envoyés trouvèrent la cour de Lothaire prévenue contre le nouveau pontife : les intrigues d'un prêtre, qu'avait déjà anathématisé le pape Léon, prévalurent un moment contre le modeste et vertueux Benoit* Ce prêtre, appelé Anastase, soutenu par un jNirti turbulent que la protection des Français rendait audacieux, s'était emparé du palais pontifical pendant que les envoyés de Benott étaient retenus à la cour impériale. Lotbaire, un pied dans la tombe, eut peur de continuer à soutenir un schisœatique contre lequel toute l'Église s'insurgeait. Privé de ce secouni
' Anast., U hiblwth.. In vUà pap. Bened. UL
' Bi$L de l'ÉgL, par B.-B., tome IV, p. 406, aoD. 855.
LITRE JV. -^ CHAPIXAE l". 234
paissant, JlnasUie fut. Gomme cagoère le diacre Jtan^ chassé du palais des pmUfes : oo y ramena triomphalemeDt Beoott qui y reçut le sacre solennel avec l'agrémeot des deux empereurs, le lendemain du jour de la mort de Lothaire *•
Oo voit, par les faits que nous venons de rapporter et les dates précises que nous y rattachons, quel cas nous avons fait du conte absurde et scandaleux, exploité par les ennemis de Téglise de Rome» sur la prétendue papeMe Jeanne. Fable honteuse que Ton ose à peine rappeler aujourd'hui , et qui , noAlgré les efforts des ministres de Wiclef, de Luther et de Calvin, est tombée sous les coups de la raison et surtout du ridicule.
Il s'est trouvé des hommes qui, sur quelques mots obscurs d'un manuscrit tronqué de Marianus^ ont affirmé, dans de longs mémoires, que le siège de Bome fut, entre Léon IV et Benoit III, occupé par une femme. Il n'est pas un détail de ce conte qui ne trahisse la plus dégoûtante haine contre le saint-siége. Cette fable, propagée par le chef des AiMMtM, combattue, anéantie par Baronius, le père Labbéet même par Blandel, tout ministre protestant qu'il était, n'a rencontré que le dédain auprès de la plupart de nos philosophes rationalistes du xvui* siècle, qui ne se fussent point fait faute d'une pareille arme contre l'église romaine, si cette arine eut. été de trempe à porter quelques Uessures sérieuses.
Voyons le tissu délicat et ingénieux de ce roman « quelque peu dégagé de ses innombrables variantes.
Au conunencement du ix* siècle, les Saxons, subjugués par Charlemagne, ayant embrassé le christianisme, plusieurs savants hommes passèrent d'Angleterre en Allemagne pour instruire ces nouveaux convertis^ Parmi ces savants était un prêtre: on n'en dit pas le nom. Ce prêtre ÂtvaitenUvé une femme. Arrivée près de Mayence, la femme mit au monde une fille qui reçut le nom de Jeanne; d'autres l'appellent À£^ ; selon quelques-uns elle fut appelée GUberte ou Geràerte, ou Gerbergue, et, selon d'autres encore, Isabelle, Jusle^ Marguérite, Dorothée ^ Ttdtaf etc., etc. Cette fille* douée d'une grande beauté « montra dès l'âge le plus tendre un génie supérieur et un goût décidé pour les hautes sciences ^. Elle n'avait pas encore atteint
' GivLiNi. — MuRATou, 29 sept. 855. '
' But, de lû PAPESSE Jeanne, imprimée à La Haye en 1758. 2 vol. ia-12.
232 PREM1ÈRB ipOQVE.
l*âge de douze ans, qu'elle inspira une passion violente à laquelle son jeune cœur ne put être insensible. Elle quitte le toit paternel , prend des habits d'homme, et, sous la conduite de son amant qui nécessairement est un moine^ elle se rend en pays étranger pour y suivre les écoles des sciences.
Quelques auteurs la font étudier longtemps dans Tabbaye de Ftdde où s'était cloîtré son amant; l'envoient de la, on ne sait pour quel motif, en Angleterre où elle continue ses études ; lui font repasser le détroit, toujours en compagnie de son amant tonsuré, et la coiffent du bonnet de docteur à l'université de Paris. Un peu plus tAt, un peu plus tard, les auteurs la conduisent tous à Athènes, et lui font suivre , toujours de concert avec son séducteur, les cours des académies qui , remarquons-le bien, au rapport des historiens les plus accrédités, avaient été détruites dans cette ville dès le y* siècle '. Mais, n'importe ; poursuivons :
La jeune et belle fugitive prit le nom de Jean l'Anglais^ quoique née en Allemagne ; on répond h cette observation qu'elle était d'origine anglaise. On tait le nom de son amant; nous croyons toutefois l'avoir vu désigner quelque part sous le nom i'Amasius.
Jean V Anglais, dans un séjour de quelques mois à Athènes, 6t (le merveilleux progrès dans les belles-lettres, les arts libéraux, l'histoire profane, les sciences humaines et particulièrement la philosophie, grandes et sublimes choses qui, nous l'avons dit, ne s'y enseignaient plus depuis près de quatre siècles. Tous ceux qui entraient en dispute scientifique ou conversaient familièrement avec elle, admi-raient la facilité ou plutôt la divinité de son esprit.
Mais, hélas ! triomphe de l'intelligence et joie du cœur, tout cela en un seul être, c'était trop pour ici bas... L'amant mourut : Jeanne quitta la Grèce, s'en vint à Rome étudier la théologie, et singulièrement favorisée par la malencontreuse coutume adoptée dès lors eo Occident, de se raser le menton, elle eut, en avançant en Age, moios de difficulté è cacher son sexe. Bientôt elle se mit à enseigner dans les écoles publiques : on vit briller en elle tant de savoir, de subtilité et de bonne grâce qu'elle passa pour un des plus doctes hommes de son siècle : l'honnêteté de ses manières, la modestie de ses discours, la régularité de ses mœurs, sa dévotion et ses bonnes œuvres, étaient
> stbbnivb, Èp, laa.
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en exemple à tout le monde, et reluisaient comme une lumière devant les hommes * . Certes , elle dut être bien vive , bien éclatantOt cette lumière : car voilà que Léon lY meurt, et que cardinaux , prélats, noblesse et peuple de Rome, les yeux fascinés par les rayons de cet astre éblouissant, portent, par acclamations unanimes, au palais du Yatican, le docte professeur, sans se douter qu'on élève une femme au siège pontificaL
Mais ici se rencontre une grave diiBculté. Yoilà que cette Jeanne, Dorothée, Isabelle {quel nom lui donnerons-nous?), née au commencement du IX* siècle, et fille d'un prêtre ravisseur, aurait remplacé sous Charlemagne, en l'année 810, Léon III, au trône de saint Pierre ^ ; d'autres disent en 816 , deux ans après la mort de l'empereur. Il en est, comme nous l'avons dit , qui la font venir après T^n lY et avant Benott III, savoir : les uns en 853, d'autres en 854 ; quelques écrivains plus versés dans la chronologie, reportent la mort de Léon lY et l'avènement de leur héroïne à 855.
Nous en trouvons aussi qui la font succéder a Benott III ; quelques retardataires ne nous la montrent que sous l'empire de Charles III, tantôt en 880, tantôt en 883 ; enfin des tratneurs la remorquent au règne d'Amould ou Arnolphe, vers l'an 896. La marge est grande, comme on le voit. Pour sortir d'embarras entre les deux points e'ctrèmes, 810 et 896, prenons le terme moyen de ces deux époques, et nous tombons tout juste à cette année 853, adoptée par l'éditeur de La Haye et par le plus grand nombre des propagateurs de cette fable. Cela est judicieux ; on ne ferait pas mieux sous les habiles équilibristes de notre heureuse époque.
Mais Léon I Y n'est mort qu'en 855 ! N*est-ce que cela ? Messieurs les hussites le tuent en 853 et la question est tranchée.
Yoilà donc Jeanne souverain pontife; la voilà conférant les saints ordres, faisant prêtres et diacres ^ ordonnant évéques et abbés ^ chantant messes, consacrant temples et autels^ administrant sacrements, présentant ses pieds pour être baiiés^ et faisant toittes les autres choses que les papes de Rome ont h<U^ilué de faire '.
L'étude et la pauvreté avaient tenu Jeanne dans une conduite hon-
* MALBsius,cité dans VBist. de la Papesse, édition de La H^yp, 17^, toma !«'» page 18.
* Engcldusiiis.
* DuBAULAN, cité par notre éditeur de L Haye, to:nc I'^ page 21*
234 FftBHJÙB iPOOCB.
Béte et réglée* Le coBUDencement de ion pantificat s'était ressenti de ces Jouables habitudes ; mais la richesie , la vie aUive , les déHces de la papauté et les êugg^Uims du duble S la ploagèreat dans Tintempérance. Ua fiunilier, à qui il était iiidjspeDsaMe« pour nos historiens, de donner la douUe qualité de ekapdain et de cardinal^ fut le conGdent du secret de Jeanne et devint l'amant de rhéroioe. Il surriot de ce coupable commerce de graves conséquences. Un beau jour^ ou plut6t une belle nuit, I'bsprit m auh ( or, notons que notre historien , esprit fort , croit au niAnuB et ii ses apparitions ) , rfisPBiT malin , disons-BOUS, se présente à Jeanne et lui dit :
« O vous , pape , qui êtes le père des pères , vous devez découvrir » au monde « par votre accouchement » que vous êtes une papesse ; » c'est pourquoi je vous emporterai en corps et en àme , afin que » vous soyei avec moi ' ! » Grande fut la terreur de Jeanne ; repentante de sonpéché« elle songeait à s'imposer quelque rade pénitence, quand un ajigs, nous dit le même historien ', qui oroit probablement aux AMGes comme au iHAfiLB* lui fui envoyé delà part de Dieu, pour lui offrir VaUornalive ou de périr élemettement ou détre confondue en public devant le monde. Jeanne opta pour la confusion et l'opprobre. Opprobre public qui » lui obtenant la rémission de sa faute , devait imprimer une tache indélébile à TËgUse et aux pontifes de Rome! Oh ! l'ingénieuse inspiration du ciel I
Smr ces entr^sites» vint le jour des Rogations; Jeanne partit processionneHemant de la hasilique de Saint-Fieri» pour se rendre à régUse de SaintrJean-de-Latran ; elle accoucha sous les habits ponti- Gcaux dans la rue ; mourut , selon les uns» au même instant, et fut enterrée le même jour. D'antres racontent qu'elle ixA Jetée daas une étroite prison ; quelques-uns, qu'elle fiut ignominieusement chassée , et qu'on n'<eiitendit plus parier d'elle* L'enfant, d'après les uns, mourut en naissant et fut enterré avec la mère ; selon d'autres , oo le fit mourir, fiîgne conclusion d'une aussi édifiante histoire!
U reàte à nous fixer sur la durée de ce pontificaL
Il est des écrivains qui le bornent à un an et tout au jdusi deux. Quelques-uns lui en donnent trois, quatre et cinq. Volmurran le fait
' BoccATiVB BBE«AHB!i0is, Cité par le môme.
' Eut. de la Papesse Jeanne» édition de La Haye, tome 1«<^, page 33. — D'après lioe chronique allemande. — Cahpidenense. ^ Tome l«r, pages 33 ci suivantes. U cite à l 'appui, Blanc et Hher indul^enl : Bom.
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d'onze ans hait mois ; enfin une chronique imprimée à Rome en 1476, lui donne généreusement dix-neuf ans deux mois de durée. On voit i]ue pour la durée du pontificat, comme pour Tépoque où il peut être reporté, aussi bien que pour les noms que reçut Jtcm l'AngUns dans sa plus tendre enfance, la latitude est large, et qu'il n'y a que l'embarras du choix.
Notre historien de La Haye fait, pour son compte, siéger la papesse deux ans un mois, en devançant d'un an, avec une incroyable élasticité, l'époque de la mort de Léon lY et en reculant d'autant la consécration de Benott IIL
Et l'on iijoute que , pour perpétuer le souvenir de l'infamie de Jemins^ les Romains firent élever une statue qui la rq)ré8entait, sous la figure d'une femme, en habits pontiGcaux, et tenant son enfant entre les braa. Et l'on dit aussi que , depuis cet accident , les papes , en se rendant du Vatican à Sain t-Jean-de-La Iran , ne passèrent plus par la rue où eut lieu ce grand scandale, de peur d'en renouveler la mémoire. Ce qui est en merveilleux accord avec l'érection d'une statue cùmmémorative. Enfin l'on dit encore que , dans le but de prévenir le retour d'une aussi déplorable erreur , lors de l'élection et de la consécration des papes , on eut recours , dans la suite, à des expédients dont le récit nous est fait par l'historien de La Haye et les autorités qu'il invoque , avec une effronterie d'expressions et un cynisme de détails dignes de cette ignominieuse invention.
Sien absurde est cette fable ! Qui croirait que , durant quelques siècles, la malice perverse de certains hommes l'imposa à la crédule ignorance des peuples, et que des gens de conscience et desavoir se crurent obligés de descendre sérieusement dans l'arène pour briser cette arme que l'on brandissait contre l'Église de Rome ! On vit même, comme nous l'avons dit, se mêler à cette lutte, dans le seul intérêt de la vérité, un partisan de la réforme luthérienne, un ministre protestant, Blomdrl.
Longtemps on fit observer, auxaoufeneurd de cette misérable invention, toute l'absurdité, toute l'incohérence de leurs mille récits. O» vouhiit du bruit , du scandale , de Tafiliction pour l'Eglise romaine ; tout fut en rumeur pendant une trop longue période d'années.
On leur opposa l'histoire, les faits, la chronologie. L'histoire men^ tait, la chronologie mentait : les faits avaient tort, ils mentaient. On objecta le silence d*Ànaslase sur cette étrange aventure ; d'A^