CHAPITRE n
11 n'est pas vraisemblable que Léon IV ail pensé à remettre l'Italie sous le Joug de Constantinople. — Méfiance des empereurs d'Occident k cet égmrd , un momciti moiivèe. •— Plaintes de Louis II au sujet du partage de Tempire. — Celte iojustire lui profite. — AflTaiblissemeiit continu de la royauté, à TeiceptioD de celle ik Louis II. — Nicolas I«^ pontife romain. — Trois fléaui fondent sur la Lonibardie. — Froids rigoureux. — Guerre étrangère. — Rébellion. ~ Louis acquiert de nouveaux droits à la reconnaissance des Lombards. — Amours de Lotbaire et de Waldrade. ^ Colère de Louis II contre Nicolas I«r. ^ Excès commis par se> troupes. — Terreur superstitieuse de l'empereur. — Il s'apaise et quitte Romi*. — Inflexibilité du pape à l'égard de Lotbaire. — Autres scandales de la cour de Lorraine.
c( Le motif qui engagea principalement Lotbaire à faire avant sa » mort le partage de son empire , » dit Puffendorf ' , t fut la sédi- » tîon qui arriva à Rome sous Grégoire IV. Ce pontife, qui travail- » lait insensiblement à rendre le saint -siège indépendant d*une » autre puissance que la sienne» avait insinué dans l'esprit des peuples » qu'ils ne seraient jamais beureux que sous la domination des empe- » reurs grecs.
» Le pape» en formant ce projet» se flattait qu'il ne lui serait pa<! » difficile de se soustraire peu à peu à la domination des empereurs » de Constantinople et qu'il deviendrait souverain de Rome. »
Grégoire était mort depuis quinze ans , quand Lotbaire le suivit dans la tombe. Nous ne comprenons pas comment les prétendues trames de ce pontife» pour soustraire Rome à la domination française, auraient pu exercer celte influence postbume et tardive sur les dernières dispositions de l'empereur ; nous ne comprenons pas surtout comment Lotbaire » voyant la prépondérance de l'empire d'Occident menacée en Italie» crut pouvoir mieux affermir cette prépondérance
> D'après de Hnss., aut. d'AUem.
UVBB IV. — COAPITBE II. 239
«n démembraot son empire, et eu réduisaot les possessions de celui de 2ses fils qui héritait du titre d'empereur , au seul royaume de Lombardie.
Dans tous les cas, il nous semble que Tauteur allemand aurait du attribuer la détermination de Lothaire à ce qui se serait passé sous le pontificat de Léon IV , plutôt qu'à ses griefs plus ou moins fondés contre Grégoire.
£n effet , Anastase raconte que , peu de temps avant la mort de Léon IV9 un mattre delà gendarmerie romaine, du nom de Daniel, ayant porté des plamtes à l'empereur Louis ^ ce monarque vint en tou(e hdteàRome. On croit que Dam'eZ fit part au fils de Lothaire de quelques rumeurs répandues à Rome sur uneconspiration secrète qui, sans l'aveu de Léon IV , s'était ourdie à la faveur des troubles qu'occasionnaient les ravages des Sarrasins , et avait pour but de remettre Rome sous la domination des Grecs. Soit que la conspiration ne fût qu'imaginaire , soitque la présence de l'empereur Louis eût imposé aux factieux, Rome ne fut point troublée. Louis ^ ajoute Anastase, ayant terminéV affaire qui Vy availappeUy repartitpour laLombardie^eipeu après lepapeLéon s'endormit dans le Seigneur, Qu'à cette époque les papes aient tenté , < omme dans tous les temps, d'étendre le plus possible leur influence et • d'affermir leur autorité tant spirituelle que temporelle, cela n'est pas ttouteux,cela n'est pas une question. Mais nous repoussons la pensée que Grégoire ou Léon aient pu prendre part à toutes les trames ourdies contre la France. Plus que jamais Rome avait besoin de secours immédiats , efficaces. Où aurait-elle trouvé plus de zèle, un dévouement plus vrai , et des secours plus prompts qu'auprès du jeune empereur qui occupait le trône de Lombardie ? Des mécontents (où n'en rencontre-t-ou pas?) peuvent avoir conspiré à Rome contre la domination française , et avoir plaidé la cause de la cour d'Orient pour cacher d'autres vues secrètes. Peut-être, pour ne pas laisser se refroidir les bonnes dispositions de l'empereur Louis II , la politique du pape Léon IV se sera-t-elle assouplie jusqu'à laisser entrevoir la possibilité d'un retour d'influence pour Gonstantinople sur les affaires de la péninsule ; mais , nous le répétons , ce que , malgré l'assertion de certains écrivains, nous ne saurions admettre, c'est que Léon IV^ pas plus que Grégoire, ait pu vouloir sérieusement, en de semblables circonstances , substituer à la protection généreuse et utile des empereurs orthodoxes d'Occident, le lointain et stérile patronage de la cour scbisma*-
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tique du Bosphore. L'ambition est bien souvent aveugle , il est vrai ; mais elle sait quelquefois, et à Rome surtout, avoir sa clairvoyance et sa logique.
Or y voyons ce qui , depuis longtemps , se passait à Gonstantinople :
Comme un arbre à la sève empoisonnée qui , frappé de caducité quoique jeune encore , voit ses branches se dessécher ou se briser au vent de la tempête, l'empire fondé par Constantin menaçait ruine de toutes parts. Il ne restait plus rien à la cour du Bosphore , ni en Afrique, ni en Syrie ; l'Asie mineure lui échappait tout entière. Ses frontières, plus resserrées de jour en jour, étaient désolées vers l'orient de la mer Noire par les Sarrasins , et du cAté du Danube par des hordes de Scythes, Abares ou Bulgares qui , répandues dans les belles contrées de la Romanie, menaçaient de tout envahir et de tout ravager.
Enveloppée par ce réseau redoutable et toujours plus menacée , la capitale enhardissait l'audace de ses avides ennemis par le désordre et les crimes dont elle était depuis longtemps le théAtre.
Le sang coulait à torrents tantôt pour anéantir le culte des images, tantôt en représailles de ces cruautés , pour venger, contre les iconoclastes, les martyrs de l'orthodoxie. L'artifice et le meurtre ouvraient les voies du trône.
Nous avons vu Irène assassiner son fils pour régner ; puis , nous l'avons vue dépossédée elle-même et reléguée dans Ftle de Lesbos. L'usurpateur Nicéphare, en butte, pendant un règne de huit ans, à des révoltes et à des conspirations incessantes contre sa personne, irrite le peuple et l'armée par son impiété , ses rigueurs et son insatiable avarice. Engagé témérairement contre les Bulgares, pea secondé, et, selon quelques historiens, livré par ses propres troupes, il tombe entre les mains des Scythes. Son corps sert de pftture aui oiseaux de proie, et le roi Crumme se fait une coupe de son crâne.
Le faible Michel Curopàlate ou Rhangahé meurt honteusement confiné dans un clottre par Lion qui , en lui ravissant la couronne, fait prendre Thabit monastique à ses deux fils, Eusirale et Ignace, après les avoir fait mettre tous deux hors d'état d'avoir de la postérité.
Léon l'Arménien^ brave guerrier, mais impitoyable persécuteur des
images , est assassiné dans sa chapelle pendant qu'on y chantait in&-