LIVRE IV. — CUAPITRE II
tioes. Son corps est traîné dans les rues et sur les places publiques. Michel le Bègue, condamné à périr pour un complot contre les jours de Léetif est tiré de son cachot où il attendait la mort : au lieu d'avoir la tète tranchée 9 il reçoit la pourpre impériale avant que d*étre délivré de ses fers. Le nouvel empereur fait subir aux trois fils de Léon le traitement barbare que Léon avait infligé aux enfants de Rhangahé.
La redoutable révolte de Thomas ensanglante le règne de Michel. Les Sarrasins , que Thomas appelle à son aide , et les Bulgares , dont Michel invoque le secours, dévastent l'empire ; Ftle de Crète reste au pouvoir des musulmans, et la trahison A^Eu^hémius^ poursuivi criminellement par ordre de l'empereur, pour avoir enlevé une religieuse, leur Uvre la Sicile, à Texception de Syracuse et de Taormine.
Théophile^ Qls de Michel le Bègue^ est presque le seul empereur qui succède paisiblement à son père, dans la longue période de deux siècles: il se fait le sanglant ennemi des images , et subit de terribles échecs contre les Sarrasins. Ce prince , apprenant , au moment où sa mort approche , que les troupes persanes ont proclamé empereur Théophobe , son beau-frère , ordonne son arrestation. Théophobe s'était rendu lui-même à la cour de Gonstantinople , pour résigner un dangereux honneur qu'il n'avait point brigué. Théophile, qui se voit près d'expirer, et qui craint que ses enfants ne soient frustrés de sa couronne par Théophobe, fait trancher la tête de son beau-frère, ordonne qu'on lui apporte cette tête, la contemple et meurt en disant m Je ne » suis plfês Théophile^ mais tu n'es plus Théophobe S »
Pressée dans cette voie sanglante de forfaits et d'atroce barbarie , débordée sur toutes ses frontières par d'innombrables bordes d'envahisseurs, mutilée, morcelée sur tous les points , la cour du Bosphore était encore moins en mesure que la France de jeter un regard ambitieux sur ses anciennes possessions d'Italie ; et l'Italie , de son côté , ne pouvait guère , dans ses pressants périls , fonder sur elle quelque espoir de secours. Disons-le, toutefois, les empereurs d'Occident purent concevoir un moment quelques inquiétudes.
A la mort de Théophile, l'impératrice, sa veuve, avait pris en mains, comme régente de son fils Michel III ^ âgé de trois ans, les rênes de l'empire, et, à l'exemple de la veuve de Léon, de la célèbre
« PcFPBNDOEF, IVil. à IBisl. de Vuniv,, tome VII, Ub. 7, ch, li.
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Irène, elle avait mis sa gloire k rétablir les images. Le sang coula pour ce rétablissement comme il avait coulé pour la prohibition. Une procession solennelle fut instituée pour rappeler tous les ans le souvenir de cette grande victoire obtenue sur une hérésie qui comptait cent vingt ans de durée. On appela cette solennité la Fête de Torthodoxie. Rome, on le conçoit, ne put qu'applaudir à ce triomphe, mais il ne fut que passager. La politique de Théodora eut-elle pour but secret de réparer les pertes que Thérésie de Léon VIsaurien avait entraînées le trône d'Orient? Le triomphe des iconoclastes avait été la première cause de la perte de l'Italie ; la ruine de cette même hérésie devait-elle, dans l'esprit de l'impératrice, comme autrefois l'avait pensé Irène, ramener ces belles contrées sous la puissance de Constantinople? De mystérieuses intrigues, de secrètes intelligences, soigneusement ménagées sur les bords du Tibre, préparaient-elles de longue main le grand événement que la présence de Louis II à Rome fit avorter ? Le fils de Lothaire fut-il aidé dans cette victoire par les nouveaux troubles survenus à la cour du Rospbore, par l'exil de Théodora et parle règne brutal de son fils Michel, dont la débancbe et la cynique licence neutralisèrent tout ce querexpérience et le zèle de Bardas eussent pu amener d'heureux résultats pour l'empire? Tons ces doutes peuvent sf élever; les concevoir est chose plus aisée que les résoudre.*.. Dans tous les cas, le rapport de Daniel ne put que ymment impressionner Louis II.
Le jeune empereur avait d'autant plus d'intérêt à s'assurer du plus ou moins de fondement des craintes qu'on lui avait inspirées ; il lui importait d'autant plus de faire échouer les projets de Théodora, s'ils avaient été conçus réellement, que cette Italie, que Ton disait convoitée de nouveau par Constantinople , était le seul héritage que lui eût laissé son père... Singulière dérision que de voir la couroone impériale de Gharlemagne tomber, un demi-aiècle après la glorieuse fondation du grand empire d'Occident, sur le front d'un simple roi de Lombardie 1
Aussi, le jeune empereur avait-il été mécontent du partage opéré par Lothaire. L'Italie était un don de son aïeul ; il pensait avoir le droit de venir en concurrence avec les autres princes carlovingiens, pour le partage du reste des États de son père, il se plaignit ; mais trop peu puissant pour soutenir ses prétentions les armes à la main, ou trop sage pour ensanglanter de nouveau l'empire par de semblables