‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 6 sur 137 · LIVRE I". — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I". — CHAPITRE

Pépin ; il leur transmit sa puissance , sans le nom de roi que, malgré l*éclat de sa gloire, il n'avait osé prendre.

Le titre de roi, force et prestige des princes légitimes, est un fardeau plus lourd que Texercice réel de la toute-puissance pour quiconque n'a d'autre titre à la domination que l'éclat du génie. Abri du sujet ambitieux qui conspire à son ombre , le trône devient un péril pour le sujet couronné.

Carioman, l'atné des fils de Charies, eut la Souabe, nommée depuis Allemagne , l'Austrasie et la Thuringe , c'est-à-dire la France orientale, tant en deçà qu'au delà du Rhin.

Pépin eut le reste de la France, où l'on distinguait la Bourgogne, la Neustrie et la Provence. Peu de temps après , Carioman fatigué des grandeurs , prit l'habit monastique et se retira au mont Soracte et plus tard au mont Gassin * ; Pépin resta seul mattre des vastes États que son père avait soumis à sa puissance.

A force de mollesse et d'incapacité , les fils dégénérés de Glovis s'étaient laissé depuis longtemps effacer du tréne par leurs puissants maires du palais ; Charles-Martel, debout près de ce trône et rayonnant de gloire , avait vu la couronne de France , pendant la longue période de ses triomphes , passer sur la tète de quelques-uns de ces fantômes de rois , sans vouloir ou , répétons-le, sans oser en décorer

son propre front.

CD partage, fait doater delalésiiimitédu Gis de Sénéchilde. L'ambition de ce prince suscita quelques embarras à Pépin, notamment dans la longue guerre du roi des Francs contre Gaifre ou Waifre, duc d'Aquitaine, dont Grifon embrassa la cause. Mais des attentions trop marquées pour la duchesse donnèrent de l'ombrage à Waifre. et Grifon fut obligé d'abandonner l'Aquitaine. Il tourna alors du côté de l'Italie, et comme il s'y rendait ayec des troupes auprès d'Astolphe, roi des Lombards, il fut arrêté à l'entrée de la vallée de Maurienne par celles que Pépin avait commises à la garde des Alpes. Il y eut un'combat, et Grifon y fut tué.

(Voyez Anqcbtil, Hist. de Fr,, tome 1^% pages 348 et 358.

' Saint Benoit, suivi de quelques disciples, entre autres Maur et Placide, se retira, en 528, sur les frontières des Ahruues et de la terre de Labour, auprès de Cassino. Il trouva là le paganisme encore vivant, et le temple et la statue d'Apollon debout sur le mont Castint colline qui domine la ville.

Benoît renversa le temple et la statue, extirpa le paganisme, rassembla de nouveaui disciples et fonda un nouveau monastère. Ce fut dans celui-ci, où il demeura et domina jusqu'à la 6n de sa vie, qu'il appliqua enfin dans son ensemble et publia st Jtêgle de la vta montutique. Elle devint bientôt la loi générale tt presque unique des moines d'Oceident. C'est par la règle de Benoit que l'institut monastique occidental a été réformé, et qu'il a reçu sa forme définitive.

[GcizoT, HiMlwte de la ett)tlîfalîon, tome I«% Icç. xiy«, pages 415 et 416. Édition ic-8% 1840.)

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Pépin fut plus hardi qae son père ; briUaat lui-même de Téclat de nombreuses victoires , qui avaient eocore reculé les limites du i-oyaume de FraBce, Pépia, aussi sage dans le conseil qu'expérimenté Â la guerre et vaiUant dans les combats» se montra tout à coup aux francs^ entouré de l'auréole de la gloire paternelle et de ses propres «iqptoîts.

Ghildéric » qui gisait obscur et ignoré sur le trône , enveloppé , enqporté dans le tourbillon de Tirrésistible fortune de Pépin , laisse échapper le sc^tre et va mourir dans un clottre. La foule , toujours avide de commotions et de diangements, mais trouvant €ette fois son ^cuse dans l'empire qu'exercent la valeur et la victoire, porte le fils de Charles-Martel sur le pavois et lui offre la couronne.

Pépin n'^se, sans consulter le pape, accepter la royauté.

Grégoire avait, dans de graves et récents périb, invoqué l'aide de Charles-Martel. Son successeur Zacharie, toujours moins rassuré sur les intentions des rois lombards , sent de quel secours pourrait lui être au besoin le prince franc en qui réside la puissance effective , n'ayant à opposer du reste que d'inutiles doléances à un fait accompli, sorte de puissance fort en crédit à toutes les époques , ce pape fait ^ne réponse ambiguë que Pépin interprète dans un sens favorable à son ambition *. Le maire du palais prend enfin le périlleux titre de roi ; mais , comme si ses exploits passés ne lui suffisaient plus pour autoriser son élévation, pour faire oublier la déposition de Ghildéric et lui attirer le respect de ses sujets et de tous les peuples. Pépin tente de nouvelles entreprises dont le succès augmente la gloire de la nation ^ et achève de fasciner tous les esprits.

Sur ces entrefaites arrive au fils de Charles-Martel , comme pour lui fournir l'occasion de s'entourer de plus de prestige encore , une supplique pressante du pape Etienne III '. D'après ce message ,

' €e prince fut le premier roi de France qui fit précéder ses décrets de ia formule par la grâce deM>iêUy en imitation sans doute des empereurs d'Orient qui prenaient le titre de couronnés de Dieut

' PumNDOKF, Introduction à l'hieloire de l'Univers, tome P% page 71, in-4<'.

* Le pape Etienne II, successeur de Zacharie , était mort trois jours après son avènement «u trAne pontifical ; Etienne III l'avait remplacé *.

Beaucoup d'historiens, à l'eiemple d'Aaastase, attribuent à Etienne II les actes qui signalèrent le pontificat d'Etienne III.

* Getta Pont, r»m., lomel», page 871.

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\stolpbe marduiit sar Some qa'il menaçait d'eBvakir. Le pape in- Toqoait l'assistaBce des Francs, annonçait rintentkn de venir luimême plaider sa cause aupiès de Pépin, et demandait qn'iine ambassade 1« fèt envoyée de France pour protéger sa mardie jusqu'au delà des Alpes. Etienne espérait que son seul départ, sous l'escorte de gens accrédités par un aussi puissant monarque , arrêterait les exactions 4les troupes d'Astolplie.

Le génie de P^in a bientôt sondé la portée d'une telle démarche ; il pressent tout le parti qu'il pourra tirer, pour sa nouvelle royauté , de la présence à sa cour d'un pontife de Borne ; et son ambition se proMet, de la visite d'Etienne III, des résultats bien autrement décisifs pour l'avenir de sa dynastie, que la sanction lointaine et équivoque arradiée naguère à son prédécesseur.

Tout, jusqu'au motif du voyage d'Etienne et aux fa^veurs qu'il vient lui demander, tout dans ce projet flatte et seconde les vues de Pépin. Il a besoin des papes, les papes ont besoin de lui : une ère nouvelle hii semble devoir surgir de cette allimce qu'un intérêt réciproque va cimenter.

Deux ambassadeurs sont envoyés secrètement au pape Etienne pour l'inviter à les suivre en France.

Etienne, avant de quitter l'Italie , veut tenter un dernier effort auprès d'Astolphe : vainement le clergé et le peuple en larmes cherchent à combattre ce dangereux dessein , le pontife se dirige la nuit vers le camp silencieux des Lombards et se fait introduire dans la tente du monarque à qui il expose ses doléances , ses griefs et ses ^<Bux. Le roi accueille avec respect, écoute avec déférence le chef de l'Église ; mais il rejette toutes ses demandes, a Seigneur, dit alors le » pape, puisque vous agissez de la sorte, je m'en vais en France » trouver le roi Pépin qui m'en a sollicité. »

Ces paroles sont un coup de foudre pour Astolphe, qui voit quel orage se forme sur sa tète : prières, intrigues, menaces, tout est tenté par le prince lombard pour empêcher ce voyage. Astolphe est près d'employer la violence, mais les ambassadeurs de Pépin sont là : ils prennent le ton qui convient à la puissance de leur mattre , et demandent , pour le pape et sa suite , des sauf-conduits qu'on n'ose pas leur refuser.

Le souverain pontife fut reçu en France avec les marques d'une profonde et tendre vénération. La cour l'attendait à Ponthion, en

Champagne, Le grand chapelain s'était porté à la rencontre cA saint-père jusqu'au pied des Alpes ; le flb atué de Pépin » Agé de douze ans, et qui un jour devait être Gharlemagne, se rendit à plus de trente lieues au-devant d'Etienne. Le roi vint le recevoir à une lieue *.

A l'approche du saint-père, le roi descend de cheval et se pro* sterne ; la reine, ses enfants et toute la cour suivent son exemple. Le pontire est conduit jusqu'à la ville processionnellement et en grande pompe. Le lendemain , revêtu du ciltce, couvert de cendres et suivi de son clergé , Etienne vient se jeter aux pieds de Pépin ; il ne se relève qu'après avoir obtenu la promesse sur serment que le roi des Francs emploiera sa puissance à le délivrer, lui et le peuple romain , de la tyrannie des Lombards, et à chasser Astolphe des places dont il s'est emparé contre la foi des traités.

En vain Garloman, sorti de sa retraite, vint en France, à la prière d'Astolphe, pour traverser les desseins de son frère dans l'assemblée des grands qui, selon la coutume *, devait décider de la guerre ou de la paix. Cette assemblée se tint à Crécy. Garloman y parla avec force en faveur du roi des Lombards. Tout ce qu'il obtint, c'est qu'on aurait recours une fois encore à la voie des négociations ; mais ce dernier moyen resta sans effet. Pépin exigeant toujours que Ravenne et les antres places de l'exarchat fussent évacuées par les Lombards, et qu'Astolphe promtt de ne plus attenter h l'indépendance de Rome. Tout espoir d'accommodement étant perdu, on se prépare de part et d'autre à la guerre.

Mais au moment de prendre les armes pour les intérêts de Rome » Pépin juge que le temps est venu de mettre à profit la présence d'un pontife romain à sa cour. Les services qu'Etienne attend de son concours lui sont un sûr garant de l'empressement du pape à reconnaître sa légitimité et à rehausser l'éclat de sa couronne. Cette couronne pesait à Pépin parce qu'elle ne lui était pas venue par le droit de sa naissance ; l'immense gloire de son père , ses propres exploits , le vœu des grands et du peuple , l'assentiment de Zacharie enveloppé de mystérieuses réticences , ne semblaient pas à ce prince justifier assez

■ Anaab. Met., 753. Histoire de VÉglise, par E. B., tome iV, pages 131 et suî* vantes.

' AiiQiJBTiL, Hiet, de France, tome I«% pages 361 et 362.

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