‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 51 sur 137 · LIVRE IV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE II

qaerelles, il 8*en tint à des remontrances modérées qui restèrent sans grand résultat ^

Peut-être Louis II aurait-il dû s'applaudir de n'avoir pas à soutenir à lui seul le poids du sceptre de Charlemagne. Son aïeul, si brillant comme roi d'Aquitaine, avait plié sous le fardeau, quand la couronne du fondateur de l'empire d'Occident vint à presser son front

trop faible pouvait-il se flatter de réussir mieux que lui, mieux

que Lothaire ?... Tels sont les embarras que laissent après eux ces grands capitaines dont la vaste ambition n'est pas rassasiée alors même qu'elle a fait courber sous le joug la moitié de l'univers. La mort les surprend au fatte de la puissance, rêvant encore gloire et nouvelles conquêtes. Us meurent : une caisse de marbre ou de plomb renferme cette tête qui se sentait à l'étroit dans les limites du plus grand empire du monde : la lourde épée du conquérant U)mbe aux mains de quelque débile successeur qui la laisse choir à terre , faute de la pouvoir tenir ; ou bien la pourpre souveraine, trop immense pour les chétives proportions du malheureux héritier, est mise en lambeaux par une avide meute d'impuissants compétiteurs.

Nous disons que Louis II appela injuste le partage fait par mm père. Qui sait si à cette injustice le jeune empereur ne dut pas sa gloire, et l'Italie son repos et son salut. Exempt des soucis que lui eût attirés l'empire réel d'Occident, l'esprit plus libre dans une sphère plus étroite, Louis put doter la Lombardie de lois sages et paternelles, et surtout, ce qui est plus diflBcile encore que de faire des lois, il put veiller à leur exécution. Sa sollicitude lutta victorieusement contre les abus que l'assemblée de Pavie avait eu pour but de réprima : le mal était immense, les habitudes invétérées; les grands, tant séculiers qu'ecclésiastiques, devenaient difficiles à contenir dans les bornes du devoir, et leur puissance allait toujours croissant en raison inverse de l'affaiblissement de la royauté.

Partout nous avons vu les évêques se faire juges des rois : la France,

' Selon de vieilles annales, il aaraii obtena * de Charles, roi de Provence, son frère, vers l'année 8S0, l'abandon de la portion du royaume attribuée à ce dernier au delà du mont Jura, et qui comprenait Genève, Laïuanne et Sion , capitale du Valais, avec leurs évécàés et leurs monastères. Mais, qu'était cette cession auprès de la part à laquelle il croyait devoir prétendre? Aussi, le TerroDS-DOus plus tard renouveler ses doléances et ses démarches.

* Anm. Franc. f Butiiiuvi. •— Hoiatom, tome V, |ilige 46.

244 PREUIÈRB ÉPOQCB.

la Germanie, viennent de nous offrir le triste spectacle de monarques sonmîs à la censure des prélats , déposés ou rétablis par eux. Tandis que Yénillon, archevêque de Sens , à la tète de quelques é? èqoes factieux » déposait Charles le Chauve , roi de France , et offrait ces dépouilles royales k son frère Louis le Germanique» d'autres évèques fulminaient Texcommunication contre ce dernier roi et le sommaient de subir la pénitence. Louis résistait, mais sa faiblesse se trahissait jusque dans sa résistance » et il répondait qu'avant de se résigner à Tarrét {Hroooncé , il avait besoin de consulter les évèques de son royaume ^

Charles le Chauve» de son côté, voulant tirer vengeance de Vénillon, assemblait un concile à Savonières près de Toul. Là» un roi de France, un petit-fils de Charlemagne disait humblement :

fi Je ne defDois fa» être déposéf ùu, du moti», je dwaU être «mpa- » ravanijugé par leséwéques qui m'oNT nONNB l'autorité eotalb. » J'ai toujours été soumis à leur correction et je suis prêt encore à » m'y soumettre, » Vénillon échappait à une condamnation en se réconciliant avec le prince; et les évèques du concile t avant de se séparer, s'obligeaient , par un canon , à demeurer unis pour corriger les rois, les grands et le peuple.

Qu'eût fait Louis au milieu de ce grand chaos» s'il eût été dans sa mission etdans son devoir de rendre l'ordre et le calmeà tout l'empire, et de tenir chacun dans les limites de ses prérogativeset de ses droits? C'était déjà pour lui une tèche assez diflSdle que de contenir le clergé d'Italie » qui ne pouvait rester témoin impassible d'un tel spectade. Louis II» tantôt par ses libéralités» tantôt par de sévères prohibitions, tempérait le mauvais efiîet de ces contagieux exemples. 11 ralentit du moins » s'il ne put l'arrêter complètement » la marche du mal » et ce ne fut qu'après lui que le clergé de Lombardie et les archevêques de Milan » dépassant l'orgueil d'Angilberto lui-même » élevèrent leurs prétentions à l'égal de celles des autres prélats de la chrétienté. Il est vrai que ce flot d'ambition comprimé fut peut-être plus impétueux «t plus envahissant, une fois affranchi de sa digue.

Au-dessus de ces maîtres des rois et de ces dispensateurs de couronnes» s'élevait une puissance, juge de ces mêmes juges, et niaUres^e de ces mêmes maîtres. Cette puissance » c'était la chaire de saint

1 HiST. Qifx., tbbélfiLLOT, Bist.mod., 2« époque.

LIV&K IT. — aiAPITBE H. S}S

Pierre, (fêtait le trAne du Yaticio. Benott II|, en mouraot, eut pour soccesseur Nicolas V\ dont le génie puissant et inflexible vint donner oDe vigueur nouvdie et plus d'extension encore à l'autorité des pon-tifes romains ' .

Cette vaste Intdigence, en même temps qu'elle tenait tète à Forage soolevé en Orient par le schisme du trop fameux Photius, avait l'œil incessamment ouvert sur toutes les fautes des rois d'Occident , pour saisir la plus large part des débris de l'autorité royale que ces mêmes fautes amoncelaient autour des trônes , et livraient ^ l'avidité dea évéques et des grands. Cette tendance du saint-siége devint plus que jamais manifeste sous le pontificat de Nicolas I". Mais de cette constante préoccupation à profiter des fautes d'une puissance rivale ou dont on conteste la suprématie, il y a loin à de lAches intrigues ayant pour but et pour fin de fomenter la révolte, les trahisons et des collisions sanglantes dans l'empire. Ce reproche , nouS l'avons repoussé pour Grégoire lY, et nous ne l'aurions pas admis davantage pour Nicolas P% s'il s'était reproduit à son égard.

L'empereur Louis II fut celui des souverains d'Occident qui donna le moins de prise & cet esprit d'envahissement qui, de plus en plus» s'emparait de Borne.

Pourquoi faut*il que, plus tard, ce prince, dont la vie est si belle et presque sans tache, commette dans sa querelle avec Charles le Chauve» pour l'héritage de son frère Lothaire , la faute de recourir à Tintervention du pape Adrien ? Démarche imprudente dont un éclair d'énergie de Charles le Chauve fera momentanément tourner les conséquences à la confusion du saintrsiége, qu'il est toujours déplorable de voir compromettre dans sa dignité ; démarche d'autant plus inopportune que le pontificat de Nicolas P' venait à peine de finir, et qu'elle

* Toici comnent parW â« Nicolas !•' on ehroni<iaeur contemporain * :

« Depuis le bienheureux Grégoire, nul évoque, élevé dans la ville de Rome sur le » siège épiscopal, ne peut lui être comparé. /( régna sur Us rois et Us tyrans, et Ut^ » soumit à fofi autoriié, comme s'il eût été U maitre du monde. Il se montra hum- » ble, douiy pie» et bienveillant envers les évéques et les prêtres religieux, et qui » observaient les préceptes du Seigneur, terrible et d'une extrême rigueur pour les j» impies et ceux qui s'écartaient du droit chemin. Tellement qu'on l'eût pu prendre » pour un antre Èlie, ressuscité de nos jours à la voix de Dieu, sinon en corps, da » moins en esprit et en vertu. »

* ChrûH. éfeMeftnOH, ad tan 868. «* Gcixor, Hiit, dt ta eiv.^ tome U, paje 828.

246 PBEMIËRE ÉPOQUE.

semblait sanctionDer les maximes de ce pape plus hardi qu'aucun de ses prédécesseui's.

Comment Louis II, roi et empereur^ put-il mettre en ouW que Nicolas I" avait plus gourmande rarchevéque Hincmar pour avoir déposé Rothade , évéque de 8oissoos , que Téféque ¥éiiWoii et ses complices, pour avoir osé prononcer ia dédiéance 4'un roi de France, de Charles le Chauve?... Mais il nous reste à signaler bien des actes méritoires de Louis II , avant d'aborder le récit des événements qui firent commettre cette faute au jeune empereur.

Les premières années qui suivirent la mort de Lottiaire, furent, comme nous l'avons vu , employées par l'empereur Louis à raffermir l'ordre et le règne des lois dans ses États dont il ne recula que faiblement les limites, malgré ses jtistes sujets ée plainte contre le partage de l'hérédité paternelle. Il fit ployer l'orgueil de ses grwds , notamment des ducs de Bénévent et de Saieroe : il maîtrisa f isipatiente ambition du clergé , et quoiqu'il ne combattit encore qu'avec des chances diverses les Sarrasins qui infesltoient l'Italie, il avait feit de la Lombardie, dès ces premières années, la suzeraine proteetricei le bouclier de toute la péninsule.

A tous ces soins vinrent se joindre d'autres graves sujets de préoccupation pour le fils de Lothatre.

La révolte, la guerre étrangère, rintempérie des saiaoDf qui queiquefoiâ pèse sur un peuple aussi lourdement qu'ime goerre , fondent toutes à la fois sur In Lombardie, et fournissent à Looii II foocanen de développer une infatigable activité, une vigueur de réaelution peu commune et un ardent amour pour ses peuples.

Les auteurs contemporains ^ racontent qu'il tomba en 860 une si grande quantitéde neigeen Italie, que les couteiet leachampi en forent encombrés pendant près de la moitié de l'année. Dans presque toutes les localités , les grains ensemencés se gelèrent sous les sillons , aussi bien que toutes les vignes sur les coteaux. Le vin même gela au point, dit l'historien Andréas , qu'on dut briser les vases ou les cuves qui le contenaient.

Les Annales de Fuldes ^ ajoutent que la mer Adriatique fut prise aussi par la glace y de telle sorte que les marchandises qui d'ordinaire

* Andréas, Presbttbr., Chron,, tome I«% ann. 860.

' « Mare looium glaciali rigore iUt constrictum est, ut mercalores qui non^uàm

LIVEB IV. — CHAPinE lï. 247

arrivaient à Veobe sur des vaisseaux « y fareot transportées à cette époque sur des chevaux et des charrettes.

La misère fut i^rande dans tout ie nord de TltaUe. La sage admkii»tration de Louis II prévint les troubles qu'aurait pu amener ce désastre^ et soo tiiépuisable mufliScmce répara bien des sunix.

Oo lit dans les Annales de Metz que la mèaie aaoée, Femperenr eut à soKtenir contre les EsdaTons une guerre qu'il signala par d'éclatantes victoires ^ . Les anciennes cfaroaiqnes italiennes ne relatent pas ces faits sur lesquels Huratori luinnème ne jette aocun jonr, mais qu'il ne dénmit pas.

Quant à la rébellion, .elle fut suscitée par un homme comblé des faveurs de Louis. Ce :persoonage , du nom d'Hubert , oublieux des bienfaits reçus, trattre à son devoir, et profitant des embarras suscités à Louis par les EscIav#os^ avait fait alliance avec te Bourguignons contre l'empereur. Louis envoie contre cette ligue Conrad qui, à la tète de bonnes troupes, répond à la confiance de son maUre. Une bataille s'engage ; elle est terrible, sanglante, disputée ; mais Hubert est tué au fort de l'action ; ses troupes déconcertées lâchent pied : le désordre se met dans les rangs des rebelles dent les impériaux font un grand carnage **

Ainsi , tandis que tous les monarques autour de lui iu>yaient leur puiasance décroîtra, Louis II aCEemuasait k sieaae, soit par la gloire de ses armes, malgré quelques insucoès contre les Sarrasins, soit par les iiouveaax titres qu'il aeqHérait ciiaqna jour à la gratitude et à l'affection noa^eulemcat deses sujets lombaids, maisenoare de toute l'Italie.

Mais quel orage iiBipétueuK, tnattendOi, s'élève sur Itowc ? Pourquoi l'empereur Louis^ revenant du coyauma de Napias, Après une expédition infructueuse contre les Sarrasins, toom^t-il tout à coup

anteà nisi vecti navigio , tune in equis quoque et c«rpentis mercUnonia ferentes VeDetiam frequcntarenl. »

Mnratmi, après cette citation, ajome * : «rQni si parla delto -dtà itaHea éî Vcnezia, la eui lasnna anche ael rigoroso vecno dal 1309» talmoite asgWacciala ai vide* cke sa pel ghiaccio dalle carrelle e dal cavalli caDTeose portarvi le mercalaïuie, e le proYÎsioni del vitto. »

* <r Plurima foella strenuissima gessH <860} advenus Sclavortim gentem. » ksK»

FRANC., MBTBKSnL

' MuRATOBi» Ann. d'It., ann. 860.

* Ann. d'Ilal.j tonacV, ann. 060.

248 PRBMIÉRB ÉROQUB.

ses armes contre le saint-siége? Ses troupes commettent les plus graves excès : le sang coule. Rome elle-même est menacée de pillage et de destruction par celui qui s'en est constamment montré le zélé défenseur !

La cause de cette colère subite de Louis II faisait alors grand bruit et grand scandale dans le monde. Elle préparait à la papauté un grand triomphe» celui de voir un roi, descendant de Charlemagne, Tenir humblement, à trob cents lieues de la capitale de ses États, plaider devant le chef de l'Eglise de Rome, pour conjurer les foudres que le Vatican brandissait sur sa royale tète. Ce roi, c'était Lothaire, fils de l'empereur de ce nom et frère de Louis II * . '

De bizarres complications ont rendu fameuse cette aventure dont Lothaire est le triste héros. A cet intéressant épisode nous rattacherons plus tard les noms retentissants de Ré^rthe , d'Hermengarde el du roi Hugues.

Lothaire, roi de Lorraine, avait épousé Theutberge, fille du comte Roson. Dégoûté de celte princesse après une année de mariage, et aveuglé par le frénétique amour que lui inspire Waldrade, sa concubine, jeune et belle femme, au cœur faible et tendre, à l'Ame ardente et passionnée, il répudie Theutberge qu'il ose accuser d'inceste avec son frère. La malheureuse reine est d'abord justifiée par répreuve de l'eau bouillante ; bientôt, poussée à bout par les menaces, les mauvais traitements et la crainte de la mort, elle s'avoue coupable...'mais elle ne l'était pas, la pauvre femme! Son aveu ne fut que ce cri mensonger de la douleur et du désespoir qu'arrache la torture. Le mariage de Lothaire est dissous par un concile de huit évèques tenu à Aix-la-Chapelle, On renferme l'infortunée Theutberge dans un clottre, et Lothaire épouse Waldrade.

Theutberge parvient à s'échapner de sa prison, elle cherche un refuge à la cour de Charles le Chauve et implore le secours du souverain pontife.

La loi romaine, qui permettait le divorce, et qui s'était longtemps maintenue après Constantin, faiblissait sous la loi de l'Église qui veut, et a du reste raison de vouloir, que le mariage soit conâdéré, nonseulement comme le plus important des contrats civils, mais encore comme un lien ^cramentel et indissoluble. Mais la menace, la cœr-

* GiULiza. * McRATOAi, aoDO 863.

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