LIVRE IV. — CHAPITRB U
citiOD dussent-elles servir au triomphe de sa volonté et du bon droit, sont de dangereux moyens pour FËglise» car elles ne font qu'enfanter trop souvent le bruit et le scandale. Gharlemagne, à l'exemple de pluâenrs rois de la première race, avait répudié sa femme pour en épouser une autre. Rome s'en était émue peut-être, mais le pape Etienne n'avait osé hasarder aucune censure. Les temps étaient changés. Depuis près d'un demi«siècle, Gharlemagne était descendu du trône dans la tombe , et Rome avait pour pape Nicolas P' * . L'impérieux pontife enjoint aux évèques de Gaule et de Germanie de se rendre immédiatement à Metz, d'y citer Lothaire en présence de deux légats de Rome, et, après l'avoir entendu, de prononcer un jugement canonique. Le concile de Metz et les légats du pape euxmêmes, gagnés par les largesses de Lothaire, conGrment le divorce contre l'attente du pontife. Nicolas réunit aussitôt en concile tous les évéques d'Italie. On casse les conciles de Metz et d'Aix-la-Ghapelle. Une sentence de déposition est prononcée contre les archevêques de Cologne et de Trêves qui se sont montrés les plus ardents soutiens de Waldrade.
L'archevêque de' Gologne Gonthier ^, bien différent de cet autre archevêque de Gologne, notre contemporain, qui vient d'expier dans les prisons du roi de Prusse son opposition à l'intolérance du protestantisme et son zèle pour l'orthodoxie romaine, le fougueux Gonthier écrit aussitôt à toutes les églises : « Quoique le seigneur Nicolas, D qu'on nomme pape, et qui se compte pape et empereur, nous ait j» excommunié, nous avons résisté à sa folie. » S'adressant ensuite, dans son écrit, au pape lui-même : a Nous ne reconnaissons point, » dit-il, «votre maudite sentence, nous la méprisons ; nous vous rejetons » vous-même de notre communion, nous contentant de celle des » évoques, nos frères, que vous méprisez. » On dit qu'un frère de l'archevêque de Cologne porta lui-même cette protestation à Rome, et la déposa, l'épée à la main, sur le tombeau de saint Pierre.
Pendant ce temps, Gonthier et l'archevêque de Trêves se rendent BU camp^dé l'empereur Louis qui revenait de son infructueuse expédition de Naples. Us invoquent sou secours contre le souverain pontife.
' il Cfi juste totttefois de reconnattre que plusieurs historiens accusent Adrien d'avoir non-seulement approufé le divorce de Gharlemagne, mais de l'avoir conseillé» en haine des princes lombards.
* On croit assez généralement que Gonthier était frère de Waldrade.
2S& PRBMl&llE ÉPOQUE.
an Bom des évéques de Gaule et de GermaQie , et sartout an nom de S0D frère , en qui Tod veut dégrader la majesté royale. L'emperear , résolu de réprimer l'audace dn pape qu'on accuse de porter atteiote a rhooueur de la couroeiie des rois , marcha aussitôt sur Rome avec sion armée , traite en ennemies les contrées qui en dépendent, et pénètre dansFenceinte même de la ville des pontifes. Nicolas avait oiHtofmé des jeunes ^ des prières et des processions solennelles pour détourner les calanûtés dont le menaçait la colère de l'emperenr. Les Lombard» se jettent au milieu des processions * , dispersent fe dergé et le penpie qui suit le saint cortège ; les croix et \ê» bannières sont iiriséeSi.proCaDées.Le pontife se rend luiHmteae auprès de Louis qui rougit decea excàa et les condamne en secret ; mais le ressentiment du monarque résiate ans remontrances et aux prières du pape : il veut nue répacattoa de^ce qu'îL appelle les torts du saint-siége à regard de tMB k» rois outragés d&os la personne de Lothaire.
Sur ees^enlNlaites, un des familiers de l'empereur» qui avait brisé Ittbanmère de sainte HéièBe, est frappé de mort subite * ; le monarque lui-même tombe malade, une crainte superstitieuse le saisit; l'impéfattiee, gagnée par les présents et les secrètes sdlicitationa dn pape, profite des terreut^qui assiègent l'imagination de Louia pour Ini faire abandonner une enirepriae que paratt condanaiier le ciel ; l'aDpereor se retire et retourne en Lombardie. avec ses troupes, après avoic donaé m sanction à la conduite de. Nicolas. Les archevêques de Cologne et de Trêves «'enfuient courbéa aoua le poids de l'excommunication. Qudques années plus tard on verra le fougueum. Gonthier venir au mont Gasiia se jeter aux. genoux, du pape Adrien , successeor de INieolas, et s'écrier r r Je déclare devant Dieu et devant les saints, a » vous , naonseigneur Adrien , aiMiverain pontife, aux évêques qui » vous sont soumis, et. à toute l'assemblée, que je sunH>rte humUe- » ment lar sentence de déposUion donnée canoaiqueme&t cantoe moi » par le. pape Nicolas» »
NkoiaSt devenu, plus impérieux après avoir apaisé l'emperenr et l'avonr fait, adbérer à ses actes , excommunie la seconde femme de LattUiiFe et onlomie à se prinœ de reprandce Theutberge qni s'est rendue à Rome pour plaider elle-même sa cause. Vainement Lothaire
* Erchemp., HisL, cap. 37.
' MuRATOBiy ^tifi. d'IU, tome Y, pig« 86.