LIVRE IV. — CffAPITJtE II. 25l
s^lmmilie jim|o'k offrir de venir se justifier en personne ; le pape veut a^ani tout qne Waldrade soit chasse. Le roi de Lorraine hétite : un légat de Bone le menaœ d'une prompte excommunication s'il persiste dans la désobéissance* Le prince, intimidé, se soumet; il rappelle Theotberge et content è ce que le légat emmène Waldrade à Rome pour împlomr le pardon du saint-père. Mais arrivée à Pavie et réclamée avec instances par son royal amant, Waldrade ne se sent pas la force de ponrBCiivre la route, elle échappe au légat et court reprendre à la cour de Lothaire la place de reine et de maftresse * .
Theutberge, accablée par ce nouveau malheur « et sous le poids de b penèeation , demanda elle-même la permission de se séparer de Lothaire : prétextant une infirmité, die supplia le pape de prononcer ia nullité de son mariage et la légitimité de celui de Waldrade. Le pape fat inflexible : Rome devait plus tard sortir victorieuse de cet étrange conflit.
Ce désordre n'était pas le seul dont la cour de Lorraine donnât en ce moment le triste spectacle... Baudouin, depuis comte de Flandre, avait outragé la royale famille de France en enlevant Judith, fille de Charles le Chauve. Lothaire , comme pour étayer les désordres de sa propre vie sur le scandale de la vie des autres , offrit au ravisseur et à sa compticeun refuge auprès deini, contre le trop juste ressenti ment du roi de France.
Mais vMci un antre scandale encore :
Boson, comte d'une partie de la Bourgogne, Boson, père de Theutberge, avait époQsé en secondes noces Engeltrude, fille de Malfrido , comte italien. Cette jeune femme quitte son époux et s'enfuit avec un amant. Où son libertinage effronté trouve-t-ii un asile? en Lorraine » à cette même cour d'où la fille de son mari est outrageusement exilée, et où règne en souveraine la rivale de Theutberge.
Le comte Boson , après avoir vainement tout tenté pour rappeler auprès de lui son épouse fugitive, a recours à Tautorité du pape. Kicélas, ainsi que ce pontife le raconte lui-même dans sa cinquantehuitième lettre , ordonne qu'un synode se rassemble à Milan et que l'épouse coupable y soit citée. Tadon était à cette époque archevêque de Milan ; les évêques ses suffragants se réunissent sous sa présidence, mais Engeltrude ne comparait pas devant cette redoutable assemblée, et une sentence d'excommunication est prononcée contre elle.
* GlCLlNI.
Le pape présidait » dans le même temps , le concile de Rome qni <assait les conciles de Metz et d'Aix-la-Chapelle. La sentence da sj- 4tiodc de Milan est solennellement approuvée par le concile de Rome <]ui loue la conduite de Tarchevêque Tadon '•
Engeltrude» qu'encouragent dans ses déportements les conseils et l'exemple de Judith et de Waldrade , brave reicommunication fulminée contre elle.
Arsène * , évèque d'Orta » était alors légat du pape auprès de Lothaire. Le pieux prélat met en œuvre toutes les inspirations de tK)n zèle apostolique pour ramener au bercail la brebis égarée qu'il trouve moins intraitable que ses deux compagnes , et obtient enfin <le la pauvre pécheresse, à force de prières et de paternelles exhortations , la promesse d'un retour dans la bonne voie. Gomme Waldrade, Ëngeltrude s'achemine toute repentante vers Rome; mais bientôt aussi , comme Waldrade , trop faible pour un tel sacrifice, elle revient sur ses pas et retombe dans sa faute plus passionnée que jamais '.
Ëngeltrude ne pouvait rencontrer de protecteur plus indulgent que Lothaire ; c'est auprès de ce prince qu'elle vient chercher un nouvel asile. Le père de Theutberge, l'époux d'Engeltrude, porte encore ses doléances à Rome ; mais les voix menaçantes du Vatican se perdent à travers les bruyantes orgies de la cour de Lorraine.
Roson , confus , désespéré , implore l'intervention de l'empereur Louis. . . Des pensées d'une trop grave importance préoccupaient alors Vesprit de ce monarque... Force fut donc au père, à l'époux désolé, ûe dévorer ce double outrage impuni.
' Giulini trouve dans celle circonslancc une nouvelle preuve de la fausseté de l'assertion de quelques écrivains, qui prétendenl qu'à celte époque un schisme seandaleui séparait la métropole de If ilan de l'église de Rome.
' GicuMi» lib. 5.
* GiVLiif 1. — llURATORi, ann. 865.