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son avènement an trône ; il lui fallait une plus puissante et plus solennelle sanction^ il youlait être sacré par les mains mêmes du chef de la chrétienté , et yoir sa domination ratifiée par les seigneurs francs en présence du pontife. Combien d'inquiétudes assiègent un tréne fondé soit par la violence , soit même par la gloire en Tabsence du droit ! La violence s'énerve d'elle-même par ses excès et n'a qu'un temps; le prestige de la gloire est personnel et passager comme l'amour et la faveur des peuples; la force du droit seule est permanente. Etienne sacra Pépin et la reine Bertrade le 28 juillet de Tannée 754. Mais l'onction sainte sur sa tête et sur celle de sa femme ne parait pas encore à Pépin une garantie suffisante pour sa postérité ; le prince obtient que ses fils Carloman et Charles , dont le baptême a été différé jusqu'alors , seraient baptisés et couronnés des mains du saint-père.
Pour s'assurer mieux encore l'appui du roi et de ses fils , Etienne confère en outre à ces trois princes le titre de patrices des Romains '.
On le voit : le pape comble l'attente de Pépin. C'est au delà des Alpes que Pépin doit payer sa dette de reconnaissance envers le saintsiège. Ce prince passe bientôt en Italie : la victoire y suit ses drapeaux. Astolphe, dont les troupes n'ont pu résister au choc impétueux des Francs, se soumet aux demandes de Rome, qu'il a si longtemps repoussées, et promet, par serment, de ne plus molester ni l'Église ni ses dépendances. Pépin prend des otages et retourne dans ses États ; mais h peine les Francs se sont-ils retirés que les Lombards, au mépris des plus solennelles promesses, viennent de nouveau mettre le siège devant Rome, et commettre les plus graves excès autour de cette capitale.
L'éminence du danger dicta au pape Etienne cette épttre fameuse que quelques écrivains trouvent ridicule et qui nous paraît habile, puisqu'elle émut ceux qu'on se proposait d'émouvoir. Comme toutes les lois humaines qui changent selon les temps, rexpérience ou les préjugés, les lois et les formes du langage ont leurs époques.
Cette lettre était pour le roi des Francs ; le pontife y évoquait saint Pierre, la Vierge, les anges, les martyrs et les saints chéris du Très-
* « Le droit de créer un patrice des Romains, > dit M. Sismondi , dans son Hûfotre d$i Mépttb, itaU ( tome !•', page 147 }, « n'appartenait pas plus au pape que celui de transférer la couronne de France d'une maison à une autre. »
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Haut ; il y Mmt paiier cfaacan à soù toiiTt et pais enseoiUe tontes ces puissanees du ciel.
« Tenez pour certmi, disait cette sainte cohorte» que boqs sommés » ici aussi présents, nos très-chers Qb, que si vous nous voyiez des i> yeux du o^ps, vivant et agissant en chair et os. »
Cette singulière éloquence produisit une impression profonde sur le roi Pépin et tous les seigneurs de sa ceur.
BientÂt Tltalie voit de nouveau flotter la baniiière de France. Astolphe est chassé de la Pentt^eet de Texarchat ; et Pépin , voûtant enfin récompenser en roi celui qui, par l'onction sacrée, vient d'ajouter un nouveau lustre à sa couronne, fait une donation en forme de sa double conquête k Etienne et à tous les papes à perpétuité * .
^ Le roi fit signer cette donation par ses deux fils, par les principaux seigneurs et prélats de France.
L'exarchat, suivant le rapport de Sigonius, renfermait alors les villes de Mavenne, Bologne, Imola, Faenza, Forlion-Popoli, Forli, Cezena, Ferrare, Comacchio, AdriOp Servia eiSecehia; toutes ces places furent mises au pouvoir du pape, excepté Férrare et Fiunxa,
La Pentapole ou marche d'Ancône comprenait Arimini, Pezaro, Conca, Fano, Sinigaglia, Ancône, Osimo, Umana, aujourd'hui ruinée, /en, Fossombrone, Montefeltro, Urhino, le territoire de Balni, Cagli, Luccoli, Ugubio, avec tous les châteaux et les terres qui en dépendaient. Telle est la description qu*ea donna plus tard Louis-le-Débonnaire, dans le privilège par lequel il confirma la •donation do Pépin. — GiANNONB, Pufpsndosf, Introduction à l'Hûtoire de l'Vnwers,UnDC II, page 66.
Il est inutite d'ajouter que le pyrrfaonisme de Voltaire €i de son école ne croit pas à cette donation et à celles des successeiirs de Pepto. (Voir VEmai sur l'hittoirn générale, chap. xix.)
On lit dans l'Introduction au Manuel du droit français, par J.-B.-F. Paillict, page 11 : « Baluze a donné comme authentique le pacte de confirmation des pré- » tendues donations faites wa pape Paschal, par Pépin et Charkmagne, en 817. La *> fabrication frauduleuse de cette pièce est historiquement prouvée, n
L'édition de ce manuel est de 1837. Nous laisserons répondre M. Gdizot, qui écrivait, en 1840 {Histoire de la civilisation en France, tome II, page 317) ;
« On a révoqué en doute, » dit le savant historien , « l'authenticité de ces dona- » tions, et il est vrai que les actes originaux ne subsistent plus ; cependant elles » sont mentionnées par les écrivains contemporains, directement ou indirectement ; » une foule de chroniques et de monuments divers les attestent ou les supposent. Ou » peut disputer sur l'étendue des terres ainsi concédées. Dans les sièctes sutrants, » les papes, sans nul doute, l'on fort exagérée ; mais quant à la réalité des donations, » je ne crois pas qu'on la puisse raisonnablement contester.
» Elles n'ont rieo d'ailleurs en soi qae de fort naturel et de parfaitement analogue ». à toute l'histoire du yin« siècle. Ce dont il faudrait s'étonner serait qu'elicâ » n'eussent pas eu lieu, •
Trop Absorbé par 8a gaerre acharnée contre lei saintes images, pour prévenir renvahissement d'une partie des domaines dont il se dit le mattre, Constantin Copronime envoie des ambassadeurs à Pépin; ces émissaires impériaux viennent représenter au roi des Francs, qu'il ne peut disposer d'un bien qui ne lui appartient pas ; mais les remontrances» les plaintes d'un prince que l'on sait incapable de les appuyer par les armes, ne sont qu'un bonteux aveu d'impuissance, ne lui attirent que le ridicule et le mépris, et lui préparent de nouvelles insultes de la part de ceux qu'il poursuit de ses menaces sans effet.
Pépin répond aux doléances de Constantin que, mattre absolu d'une conquête qui est le juste fruit de ses victoires, il en a disposé selon son bon vouloir.
L'empereur , perdant l'espérance d'intimider le fils de Charles- Martel, et craignant de l'avoir irrité, change aussitôt de langage.
De nouveaux ambassadeurs arrivent du Bosphore, chargés de présents ^ pour le vainqueur d'Astolpbe, et ayant mission d'offrir pour époux à la princesse Giselle ou Ghisla, ûUe de Pépin, le prince Léon, héritier présomptif du trône d'Orient. Ce vœu de Constantin obtient le même accueil que ses remontrances et ses menaces.
Pépin répond sèchement qu'il ne croit pas , lui , bon catholique , pouvoir en conscience donner sa fille au fils d'un priuce ennemi déclaré du culte et de la doctrine de l'église romaine.
Tandis que le roi des Francs affecte ainsi, dans tous ses actes, d'unir ses intérêts à ceux du saint-siége dont l'appui moral lui paraît chaque jour plus utile à l'affermissement de sa dynastie , et aux progrès de son influence dans la péninsule italique, les rois lombards obéissent à l'entratuement qui les pousse dans une voie tout opposée.
AMolphe, dont les yeux n'ont pu se dessiller par le double et récent échec de ses armes ; Astolphe , que le châtiment de son parjure n'a pu éclairer sur sa pr<4>re faiblesse pas plus que sur l'inébranlable résolution et sur l'irr^tible puissance du roi des Francs, Astolphe ose de nouveau rassembler des troupes pour marcher contre Rome ; mais le
' Boire astres des orgues à jeui, les premières qui eusseDt encore para dans te royaume.
On lit dans l'Jffiflotra de VÈgUge, dé|à citée, que ces orgues fureiA placées dans la chapelle du château de Comptègne, et non, comnie le dit Yelly^, dans l'église de âaint-Comeille, qui ne fut bâtie que par Charles le Chau?e. Tome lY, page 14i«
sort réservait & un autre que lui, à un autre roi lombard la triste tÂcbe de compléter la ruine de la cause lombarde : il mourut d'une chute de cheval y au moment de porter le dernier coup à cette malheureuse cause, déjà si compromise par les écarts de sa folle ambition.
Desiderio se pr^nte pour lui succéder. Ce prince» ayant promis d'exécuter le traité consenti d'abord» puis violé par Astolphe» trouve un appui pour son élection dans le pape Etienne III. Sur la demande du souverain pontife, Pépin promet ses bonnes grâces à ce prétendant que les Lombards proclament roi , heureux enfin de trouver en lui un monarque dont les vues pacifiques promettent à l'avenir un peu de calme et de sécurité.
Mais h peine en possession de la couronne , Desiderio se montre atteint du même vertige que Luithprand , Rachis et Astolphe. Ce protégé de Rome aspire à la dominer, et le peuple lombard voit avec stupeur celui qui a conquis ses suffrages par un langage de paix, donner, en saisissant le sceptre, le signal des combats. Humbles prétendants de la veille, les rois, une fois sur le trône, oublient trop le lendemain, comme le reste des hommes, qu'une religieuse observation de la parole jurée avant de toucher le but et en vue de l'atteindre, devient , après le succès , la meilleure sauvegarde contre les revers , ces tristes et si fréquents retours de la fortune.
Le pape s'alarme des dispositions hostiles de Desiderio et se h&te d'en donner avis au roi des Francs.
En ce moment Pépin était occupé à comprimer une révolte des Saxons. Vainqueur de ce peuple indocile , c'est d'abord vers Rome qu'il tourne sa pensée.
Le triomphe des Francs au delà du Rhin , avait coûté moins de temps et d'efforts que ne l'avait espéré Desiderio. Le roi lombard , trompé dans son attente, effrayé par l'attitude menaçante de Pépin, dépose le glaive, et, renonçant à une guerre ouverte, se venge de la terreur qu'on lui inspire , par de sourdes intrigues , par des menées plus ou moins déguisées qui jettent la perturbation dans Rome et dans le royaume des Francs.
Waifre , duc d'Aquitaine , l'eut pour secret allié dans sa prise d'armes contre Pépin : rébellion qui coûta sept années de déchirements et de guerres intestines à la France.
Les intrigues de Desiderio n'avaient pu rester ignorées; Pépin savait que les secours envoyés dans l'ombre par ce prince avaient pror-
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longé la lutte où tant de sang avait coalé ; mattre de la révolte , il méditait le châtiment du roi lombard ; mais la mort vint atteindre le vainqueur dans Tannée même de son triomphe, à l'âge de cinquantequatre ans. Pépin succomba à une attaque d'hydropisie , apr^ avoir gouverné vingt-sept ans la France en vrai souverain, mais seize ans seulement avec le titre de roi.
Quelques jours avant sa mort, ce prince, profitant du peu de temps qui lui restait à vivre, crut détourner les troubles et déjouer les factions en partageant ses États entre ses deux fils , dans une assemblée des seigneurs et prélats tenue à Saint-Denis le 18 septembre * .
Charles eut la Neustrie, la Bourgogne et la Provence. L'Austrasie, ayecses dépendances, fut le partage de Garloman.
Le premier de ces princes avait vingt-neuf ans ; le second n'en comptait que dix-sept.
Les deux frères reçurent le même jour les insignes de la royauté.
Pépin, à force de vertus et de glorieux travaux, chercha toute sa vie à faire oublier que , des descendants du fondateur de la monarchie , il avait fait passer la couronne dans sa race. Cette révolution accomplie sans trouble et sans effusion de sang, loin de faire perdre an trône rien de son prestige, n'en fit que rehausser momentanément la puissance et la dignité, parce qu'elle fut l'œuvre de la gloire. Pré* parée par Charles-Martel, exécutée par Pépin, elle reçut du génie de Charlemagne sa dernière et définitive sanction. Pépin fut le véritable fondateur de la grandeur tempprelle des papes , auxquels il voulut imprimer un c^tain caractère de souveraineté et d'indépendance^ en retour des bons ofiBces qu'il ep avait reçus.
Son apparition en Italie vint apprendre aux empereurs du Bosphore que leur règne en Occident était fini ; elle aurait dû faire pressentir aux rois lombards le prochain anéantissement de leur puissance.
• ÀDiiéeTeS.