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ce point, rompirent les négociations commencées, et quittèrent fort mécontents la cour de Gonstantinople.
Pendant que sur les bords du Bosphore on refusait à Louis II un titre que Torgueilleuse Irène n'avait pas osé contester à Charlemagne, Giarlele Chauve et Louis le Germanique enlevaient à l'empereur les royaumes de Lorraine et de Provence, dont la succession lui revenait de droit par la mort de son frère Lothaire. Trop occupé en Italie par sa guerre contre les Sarrasins, et peu encouragé par les résultats négatifs de sa sage modération, lors du partage de l'empire paterneU Louis II commet , en cette occasion , la faute grave de recourir à l'intervention du pape.
L'impérieux Adrien, fort de cette faiblesse de Louis, menace d'excommunication les rois usurpateurs. «Les armes que Dieu nous met B en mains, leur écrit-il, sont préparées pour la défense de Louis II. » Hiocmar , archevêque de Reims , et qui a sacré Charles le Chauve, répond au pape de se souvenir du respect et de la soumission des anciens pontifes à l'égard des princes , et il lui fait entendre que sa dignité ne lui donne aucun droit sur le gouvernement des empires, a Quand nous représentons aux grands, ajoute l'habile prélat, le pou- » voir de lier et de délier qui a été donné à saint Pierre et h ses » successeurs , ils disent que les royaumes s'acquièrent par les com- > bats et les victoires , non par les excommunications du pape ou » des évèques. Si les pontifes romains veulent ainsi disposer de l'État, » disent-ils encore, qu'ils le soutiennent contre les attaques des Nor- B mands , et qu'ils ne nous demandent pas de les défendre eux- B mêmes. Puisque le pape Adrien ne peut être évèque et roi , B puisque ces prédécesseurs se sont contentés du gouvernement de B l'Église, et n'ont point entrepris sur l'État qui appartient aux princes, B qu'il ne nous ordonne pas de reconnaître pour roi celui qui, se B tenant éloigné de nous, ne peut nous soutenir contre les barbares ; B qu'il ne prétende pas nous assujettir à un joug que ses prédéces- B seurs n'ont pas imposé à nos ancêtres : nous ne pouvons le sup- B porter *. »
Adrien , loin de se rendre à ces raisons puissantes, plus irrité du mépris de son autorité que du froissement des droits qu'il revendique pour Louis II , ose prendre ouvertement parti pour un fils rebelle
> Biit. de VÈgl, B.-B., tome V.
10 PREMIÈRE ÉPOQCB.
de Charles le Chauve , et écrit une nouyelle lettre impérieuse et menaçante à ce monarque.
Charles , doublement offensé comme pèr€ et comme roi, répond au pape sous l'inspiration d'Hincmar : « Nous avions bien voula » croire que la première épttre n'était pas de vous ; mais la seconde 9 ne nous permet plus de la méconnaître. Vous nous traitez de par- » jure, de tyran, d'usurpateur. Si vous exigez des marques de recon- » naissance et de dévouement , écrivez-nous comme les papes vos » prédécesseurs ont écrit aux rois nos ancèttes. Écrivez-nous d'un » style qui convienne à votre sainteté et à notre majesté....
» Les rois de France ne sont pas les serviteurs des évèques, mais » les maîtres de l'État. Les menaces d'excommunication contraires » à l'Écriture, à la tradition, aux canons, sont sans force comme sans » effet. Votre illustre et saint prédécesseur Léon a dit que le privilège » de Pierre subsiste quand ce jugement est selon l'équité ; il ne sob- » siste donc plus quand ce jugement est injuste. »
Ainsi la fausse démarche de l'empereur Louis , imprudence dont l'ambition de Rome croyait pouvoir proGter , avait fait se fourvoyer la puissance pontificale, et donné un sujet de triomphe à Tusurpatioa qui, confondant sa cause avec la cause de la royauté, s'était armée de la double autorité de la force et de la raison.
De brillants succès contre les Sarrasins vinrent un peu dédommager l'empereur du mauvais résultat de la malencontreuse médiation du pontife romain dans les affaires de France , et de l'affront reçu à la cour de Constantinople.
Les princes lombards et d'Italie avaient réuni toutes leurs forces , sous les ordres de Louis II , pour une expédition décisive : les troupes venues de Lorraine étaient un bon renfort pour l'armée impériale. Othon , comte de Bergame , commandait en chef sous l'empereur. Quelques combats partiels , sans importance comme sans r^ultat , ouvrent la campagne et exaltent l'ardeur des deux camps. Enfin le signal d'une attaque générale ébranle toute l'armée de Louis qui marche, pleine de confiance et d'enthousiasme, contre les remparts de la place. Les Sarrasins, fiers des succès de Tannée précédente, comptant sur de nouveaux triomphes, trop impatients pour attendre l'ennemi derrière des murs crénelés , se portent à la rencontre des troupes impériales. Le choc fut impétueux , la bataille meurtrière, la victoire longtemps indécise ; mais, secondé par l'habileté d'Othon,
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par la braYoure et la discipline de ses bataillons impénétrables cette fois aux charges désespérées desmahométans, Louis II triomphe enfin de toute résistance. Les Sarrasins , mis en déroute , fuient de toutes parts. Bari et Canosa-Matera * ouvrent leurs portes à Tempereur.
Louis poursuit les Mores jusqu'à Tarente : pendant qu'une partie de ses troupes fait le siège de cette place , il parcourt en vainqueur les contrées voisines infestées encore par quelques restes épars des bordes musuhnanes qu'il chasse devant lui , et il ch&tie en passant quelques comtes d'une fidélité plus que douteuse. Ce qu'il perd en Lorraine et en Provence , la victoire semble vouloir le lui rendre en Italie. Profitant de l'éclat de sou triomphe , il cherche à étendre sur presque toute la péninsule , sinon ouvertement son autorité , du moins sa tutélaire influence ; Amalfi , le duché de Naples même , entraînés par le prestige de sa gloire » semblent prêts à se livrer au monarque victorieux. Mais l'empereur Basile , l'œil ouvert sur des provinces qu'il veut conserver , tout en laissant à d'autres le soin de les défendre , se plaint hautement de la conduite de Louis II et de ses projets ambitieux sur l'Italie tout entière.
Le vainqueur de Bari, qui a intérêt à ne pas rompre ouvertement avec les Grecs» et pour qui, du reste, le bien général parle plus haut que l'ambition personnelle « calme les inquiétudes de la cour du Bos* phore, en protestant de son désintéressement dans cette lutte : 9 Mon » but, en prenant les armes, » répond-il, « a été non de m'emparer » du duché de Naples, mais de le secourir contre l'oppression des » Arabes. » La remise au duc de Bénévent delà ville de Bari aussi têt après l'avoir conquise sur les Mores, lui paratt un témoignage déjà bien éclatant de sa sincérité. Pour nouvelle preuve de sa bonne foi, Louis II propose à Basile de joindre ses efforts aux siens dans le but de délivrer complètement l'Italie et la Sicile de leurs féroces oppresseurs , et il lui fait demander l'envoi d'une flotte pour couper aux Arabes toute retraite sur mer , ajoutant : Nos enim Calabrid, Deo auctore , expugruUd^ Siciliam disposuimuSy secundùm communtmplor citum^ liberiaii resliluere *. L'ingratitude et la trahison devaient faire avorter ce noble dessein de l'empereur !
Chargé de gloire et de butin, Louis II crut pouvoir aller prendre
' HcmATOAi, Ann, d'Ilal,, ann. S71.
* MuKAToai, Àrm, d'it,, tome V.
12 PRBSnÉRB ÉPOQUE.
du repos à Bénévent ; mais là l'étoile de sa fortune devait an moment encore s'obscarcir.
Pendant qu'une partie de l'armée impériale était occupée encore au siège de Tarente, et que le reste retournait joyeux et triomphant en Lombardie, Louis II et l'impératrice s'étaient rendus auprès d'AdelchiSy sous l'escorte d'une garde peu nombreuse. Le duc de Bénévent les accueille dans sa capitale avec les marques de la plus profonde gratitude et du dévouement le plus respectueux ; mais, sous ce perGde semblant de courtoise soumission, Adelchis ourdissait le plus infftme guet-apens contre son souverain, son hôte, son bienfaiteur.
Un jour, c'était le 25 août 871 * , l'empereur dormait pour échapper aux chaleurs de la journée. En un moment, le palais est envahi par une troupe nombreuse de Bénéventiiis armés : le peu de soldats impériaux préposés à la garde de leur maître, opposent la plus énergique résistance. Louis est réveillé par le bruit du combat : il se jette sur ses armes et court partager le péril de ses braves. Adelchis, outré de cette résistance opiniâtre , ordonne qu'on mette le feu au palais. Louis se fraye un passage au milieu de l'incendie, et va chercher, dans une tour voisine, un refuge avec l'impératrice et sa vaillante escorte. On l'y poursuit... Le nombre enfin triomphe, après trois jours d'une défense désespérée. L'empereur et les siens sont jetés dans des cachots'.
D'après quelques historiens, Adelchis aurait été poussé à cet acte de félonie par l'appât d'une riche rançon ; d'autres pensent qu'il voulut se venger de l'humeur dure et hautaine de l'impératrice et des déprédations de tous genres exercées par les soldats francs et lombards dont ses peuples auraient eu presque autant à souffrir que des dévastations des Mores ; d'autres enfin croient que le duc de Bénévent, en payant les bienfaits de Louis II par une aussi noire ingratitude, ne fit que céder aux pressantes instances de Basile.
A la nouvelle de la honteuse équipée d' Adelchis, des clameurs d'indignation et de vengeance s'élèvent dans tous les rangs de l'armée impériale. Les troupes, qui rentraient en Lombardie, s'arrêtent, retournent en arrière et marchent sur Bénévent ; leur cri de guerre, volons au secours de V empereur^ est répété avec enthousiasme par les braves qui assiègent Tarente.
* GiuLiNi, Sloria di Mil,, ann. 871. — Mueatoai» Ànn, éTlU, idem. ' ERcaBMPBETOy Hi$t., cap. 34. — Mcbatori.