CHAPITRE IL
La protectioii de la FraiiM dcviant la sauvegarde de f Italie eoalre l'anbltioii de» Lombards. — Intrigues de De^derio. — ^Les deM flU de Pe|MD épeuMot les fille» de ce prince. — Charlemagne dirorce l'année suivante. — Charles s'empare de la succession de Carloman. — Tentatives de Desiderio contre Eome. — Le pape Adrien P' invoque le seeowrs desFraiios. — Négociatieea sans effet. — Charles passe les Alpes i siégea de Y^rooe» dtPavieeideBreacia. — Levaieqiimraereni à Rome. — Il confirme les donations de Pépin au saint^iége. — Reddition de Pavie. — If ort d'Hunoald. — Captivité et mort de Desiderio. — Charles retourne dans ses États.
De 763 A 77A
Les Lombards ' » sortis de la Pannonie en 558 , occupaient en mattres le nord de Pltalie , depuis près de deux cents ans , quand Desiderio monta sur le trAne laissé vacant par la mort d'Astotphe. Leur domination avait fini par s'étendre sur presque toute la péninsuie italique. Quelques établissements vénitiens en terre ferme, Texarchat de Ravenne» quelques villes maritimes de la grande Grèce et les États romains s'étaient soustraits seuls à leur soif de domination.
Nous avons vu que la souveraineté des empereurs ^Orient en Italie n'était plus qu'un vain titre , dont ils décoraient leurs décrets de Constantinople ; trop affairés sur les bords de leur Bosphore , et incapables de soutenir par la force une puissance que tout minait en Occident, ils voyaient à regret se flétrir et tomber ce beau fleuron de leur couronne impériale.
Le mécontentement et les menaces de Constantinople , pour qui l'ambition des Lombards était depuis longtemps un juste sujet d'ombrage , n'avaient plus même l'honneur d'être comptés parmi les obstacles sérieux que pouvaient rencontrer ces hardis envahisseurs. Les foudres du Vatican étaient contre eux des armes impuissantes ;
' Langobardi ou Longobardi.
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le reste de Fltalte, qui ne les reconnaisBait pas encore pour mattres, était hors d'état de leor résister ; tout doDC semblait devoir y subir leur joug; mais un obstable s'était élevé puissant, infranchissable par la violence, et cet (dMtade, ce bonclier tutélaire pour l'Italie, c'était la protection des Francs que la cour de Rome venait de se ménager.
Desiderio , en prenant l'héritage d'Astolphe , avait secrètement hérité de l'ambition de ses prédécesseurs. Le premier essai tenté pour intimider les papes , au moment où Pépin , occupé par sa guerre contre les Saxons , semblait hors d'état de la secourir , avait échoué par la rapidité des victoires de ce grand monarque.
Contraint de renoncer à la force , Desiderio eut recours à l'intrigue pour s'assurer la domination dans Rome et fomenter , comme nous l'avons vu , des discordes en France. Le siège pontifical était devenu vacant par la mort de Paul, successeur d'Etienne III ; Desi* derio ose concevoir la pensée d'y faire appeler un simple laïque , sa créature, Constantin, frère de Toton, duc de Neppi. Toton, poussé par le roi de Lombardie , se porte sur Rome avec une armée que viennent renforcer des populations tumultueuses gagnées à sa cause. La trahison ouvre les portes de la cité aux agresseurs; on proclame Constantin pape , au mépris de toutes les règles canoniques , et l'on force , par des menaces de mort , George , évèque de Préneste , à consacrer l'intrus. Un an plus tard, Desiderio, mécontent de l'indocilité qu'il rencontre dans celui qui ne devait être à ses yeux qu'un instrument passif de son ambition, snscite à Constantin un rival pour qui son or trouve des partisans et des armes. Le sang coule dans Rome ; la mort du duc de Neppi , tué d'un coup de lance dans la mêlée, est le signal de la perte de Constantin, qu'on accable d'outrages et qui meurt dans les tortures ainsi qu'un grand nombre de ses adhérents. Un moine, du nom de Philippe, est à son tour proclamé pape, sans plus de respect pour les lois de l'Église que lors de la consécration de Constantin.
Mais le clergé, les grands, le peuple de Rome, s'indignent enfin de subir de tels scandales. A la voix de Cristoforo , primicier de l'église romaine, Philippe est chassé du Vatican ; Etienne IV est élu et consacré pape dans toutes les formes voulues par les canons; un, synode, réuni à Rome, flétrit et annule la double élection de Constantin et de Philippe.
Desiderio, furieux de voir échouer ainsi tous les moyens tentés
28 PRBHliRB ÉPOQUE.
d'établir son influence sur les popes dans Rome même, cherche à les blesser au dehors par des atteintes à leurs droits et à leurs prérogatives.
Il fomente dans les villes faisant partie des donations de Pq>in au saint-siégCy des troubles qui. nécessitent son intervention et la présence des troupes de Lombardie dans leurs murs. Il dispose à son gré des sièges épiscopaux ; son avarice fait un trafic de chaque vacance. Ainsi, à la mort de Sergius, évèque de Ravenne» Desiderio vend la mitre à un nommé Michel * , qui dépouille l'église épiscopale de ses trésors les plus précieux, pour payer sa dette de reconnaissance au roi lombard.
Etienne ne peut supporter plus longtemps d'aussi criants abus; sur sa prière *, la France intervient par des ambassadeurs ; Michel est déposé, et le roi de Lombardie se trouve, par l'aveuglement de son ambition, avoir rappelé l'attention des Francs sur l'Italie. ' Dès les premières négociations entamées au nom des deux jeunes monarques francs, Desiderio sentit toute la grandeur du péril dans lequel l'avaient jeté ses imprudentes démarches; il eut recours à la politique pour le conjurer. Aidé par la reine Berthe, veuve de Pépin, il obtint que Charles et Carloman épouseraient ses deux filles Hcrmengarde et Gerberge ^. Toutes les instances, toutes les menaces du pape Etienne lY furent vaines pour empêcher cette double alliance : « Y songez-vous, » écrivait le saint-père, « mais ce peuple lombard 1» est corrompu jusqu'à la moelle des os; il est pétri d'un sang infecté
' Gu(a Poni. rom,, tome I«', pages 383 et suivantes.
* Ibid.
* Quelques auteurs rappellent Beflh9, d'autres Gerherghe,
Anquetil , * nous ne savons d'après quelle autorité , dit qu'Hermengardc clait sœur de Desiderio. — V Histoire de VÈgliee, Anaslasc , Giulini , Murat(.ri, disent qu'elle était sa fille. — Pallatio {Gesta Pont, rom., tome I«^ pages 383 et 38R} le dit formellement.— Anquetil ne parait pas non plus penser que Gerberge, veu>*c âfr Carloman, fût fille de Desiderio. Il la fait se retirer d'abord cliez le duc de Bavière Tassillon, cousin de son mari, **« et de là chez Desiderio, dont Charlemagne, » dit-il, k avait répudié la saur, persuadé sans doute que le ressentiment qui devait rester • au roi des Lombards, de l'affront fait à sa sœur, lui procurerait à elle-même un » asile plus sûr dans son royaume. » Il nous est démontré qu'Anquetil a commis une double erreur.
* But. dt Fr., tome l*r, paragnplie !•', p9gt 97 ** Tattilloo éUit fib d'une fille de Cliarles-Marlel.
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» qui ne produit que des lépreux, et il est indigne, à tous égard<f, de » s'allier au sang illustre et pur des Francs * • »
Pour faire plus d'impression encore, Etienne, avant d'envoyer sa lettre, l'avait déposée sur la confession de Saint-Pierre, en y célébrant la messe ; à cette époque, on en usait ordinairement ainsi dans les affaires de haute gravité.
En dépit du pontife et de ses doléances, le mariage de Charles s'effectua ; celui de Carloman l'avait précédé.
Charles n'avait consenti qu'avec une répugnance extrême à devenir le gendre de Desiderio : aussi se sépara-t-il d'Hermengarde l'année suivante, après avoir fait déclarer cette princesse incapabla de lui donner de la postérité. Il épousa, peu de temps après, Hildc-^ garde, de la première noblesse des Suèves.
Selon quelques auteurs, ce divorce aurait été conseillé au roi par les évèques eux-mêmes : si l'exactitude de cette assertion était incontestée ^, on serait tenté d'entrevoir, sous ce conseil des évèques, la secrète influence de Rome.
Carloman était mort le 4 décembre 771 ; les grands de la natioa avaient reconnu, pour seul mattre, le roi Charles, au détriment de» fils de son frère.
11 se rencontre trop souvent dans l'histoire des plus grands hommes des pages qu'on voudrait pouvoir en déchirer ; cette injuste spoliation de ses neveux est une tache dans la grande et belle vie de Charlenu^ne. Qui sait si l'outrageuse répudiation dont fut victime Hermengarde , pour avoir peut-être plaidé secrètement auprès da. monarque la cause des fils de sa sœur Gerberge, ne fut pas la conséquence de cette première faute 7
Gerberge vint, avec ses deux enfants, chercher un refuge chez son père et implorer sa protection.
* Code Car., page 45.
> Uistoire de l'Église, par B.B., tome IT, page 178. — Cet le opinion est aussi ceUc de Flcury et de plusieurs autres historiens. Muratori la combat vivement dans ses annales: Manzoni * pense comme Muratori. On lit, du reste, dans l'iJisf otre des papes {Gesta Pont, rom., tome I*S page 383) : « Aliam causam indignât ionis suœ » Desideriuê opponehat Bomanis , nuptioê scUicet /tlûB suœ à Stephano papa m impeditas cum Carolo Franeomm rege, eoque invito initas, sed eo procurant» 9 dissolutas. »
* DÎMonrt hMoriqoe i la Miîte de la (ra^râlie iVjidttchis^ de Vantoni, pages 331 et 332. VA'tir et Flormce, aon^ I32!S.
Desiderio avait à venger uoe double iojufe ; l'occasioB d'ailleurs s'offrait belle à lui de jeter le désordre dans la monarchie des Francs, dont le chef était aux prises de nouveau avec les Saxons révoltés.
Le roi lombard employa promeeees, flatteries » menaces mème^ auprès du pape, pour obtenir que ses deux petits-âls fnswnt sacrés et proclamés rois des Francs * .
Adrien P' , Qls de Théodule , duc de Rome *, occupait le trAne pontifical ; ce pape , trop clairvoyant ponr se laisser prendre au piège , répond aux envoyés de Pavie : « Je désire avoir la paix » avec tous les chrétiens, et principalement avec votre roi; mais » quelle foi puis - je accorder aux promesses de cdui qui , ayant » juré à mon prédécesseur Etienne , sur le corps du bienheureux » saint Pierre, de reconoattre et de respecter tous les droits de » rÈglise , a failli à sa prooiesse ' 7 »
Adrien se iiàte d'informer secrètement Charles des démarches hostiles du roi des Lombards. Avant que cet avis parvint au roi des Francs , Desiderio , irrité de la résistance d'Adrien , avait pénétré dans l'exarchat , s*était emparé de Ferrare , de Gommachio et de Faenza ; bientét Sinigagiia * , Urbin et plusieurs autres villes du patrimoine de saint Pierre , furent saccagées par ses troupes.
Charles venait de faire les premiers essais de sa puissance contre les Saxons , quand il reçut ces désastreuses nouvdles. Il retournait vainqueur après avoir été détruire à Eresbourg ^ le temple d'Irmen* sul et brisé l'idole de ce dieu de la guerre chez les vieux Germains. Comme celle de Pépin, cette expédition avait eu une plus rapide issue que ne l'avait espéré Desiderio.
Tout triomphant qu'il est , le roi des Francs hésite k porter ses armes en Italie ; il tente d'abord la voie des négociations ® auprès
* Hegbwisch , Hittoire de CharUmagne, traduit de l'allemand, page 116. ~ PuFFKNDORF, Hûtoire générale. — Histoire de l'Église, parB. B. — Giulioi.— Manzoni. — > ànastàse. In Âdrian.
* a Pacem quidem cum omnibus Christianis prœcipuè cum rege vestro habere D desidero. Sed quomodo eredam ei qui Stephano deeessori tneo fidem ante corpus » B. Pétri jurejurando datam, de jure ecclesiœ relrihuendo fefellit? » — {G esta PorU. rom.f tome I<'^ page 386.)
* PcFPEKDORF, Uistoire de l'Univers, tome II, page 67.
* Aujourd'hui Sladberg, en Wcstphalie.
* PuFFENDORF dît le coDtraire :
D'après cet historien, Desiderio se serait empressé d'envoyer à Charles des ambassadeurs pour détruire les accusations portées contre lui par le pape, et pour donner
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du roi lombard, soit qa*il éprouve de la répugnance k combattre celui qu'il a doublenient et si crueHement outragé comme père , soit qu'il veuille cadwr sous le manteau du désintéressement sa satisfaction secrète de voir Fitalie ^offrir elle-inème à son ambition.
Desiderio avait associé son fils Adekhis ' au trône de Lombardie.
Tout moyen de conciliation proposé par Charles , sans doute avec le désir de n'être point écoulé , ayant été imprudemment repoussé par les deux rois , Tarmée 4es francs fat bientôt au pied des Alpes.
Le passage des Alpes était fermé au val de Snza, dont une position conserve encore aujourd'hui le nom de Cfttnm, par tine ligne de murailles, de bastions et de toors^qui s'étendait depuis te mont Porcarino jusqu'au bourg de Chiavri [ai vicum Ctérium) •.
Desiderio et son ffls avaient restauré et fortifié cette importante position ; ils accoururent pour la défendre. D'après qudques historiens , la résistance fut si grande ' que Charlemagne , désespérant de pouvoir forcer le passage, songea un moment à rcftoor ner en France. Déjà son armée s'ébrankit pour la retraite, quand un diacre, nommé Martin , envoyé par Léon , archevêque de Bavenne , fit connaître au roi des Francs un sentier ignoré pour descendre en Italie * .
Charles, profitant de l'avis du diacre , aurait, d'après les mêmes historiens, fait gravir ces chemms inconnus et escarpe à l'élite de ses troupes qui , se précipitant tout à coup sur le flanc des Lombards , aurait jeté parmi eux l'épouvante et le désordre '.
Tassuranceau roi des Francs qu'il était prêt à faire la paix ayec le saint-siége, mais que Charles ne voulut rien entende. {Bistoin de VUniven, tome H» p. 68.)
Les autres historiens que nous avons lus et dont l'assertion se retrouve chez plusieurs historiens français, affirment que Charles employa la voie des négociations et que Desiderio la repoussa. — druNi» tome I*', livre 1"**. — Xuratobs, Annalet.
' Appelé, par les chroniques et les historiens, Âdélgise, AtaUfise, AlgUe, et dans les actes publics, comme le fait observer Mansoni, Adélchis.
' Anastasb , page 134. — Chronic, novaU, lih, ni, cap, iz. ~ tt$rum itaL, tome II, page 2, col. 717. Cette chronique est écrite par un moine anonyme qui, d'après Muratori, vivait vers la moitié du x\* siècle. (Notes historiques de Manzoni, déjà citées, page 177.)
' Frodoard, de Pont, rom, rerum, tome T, p$ge 463.
Frodoard, chanoine de Reims, vivait dans le x« siècle. (Anastas%, page 184.)
* Agnbllo, Raven, Pont, rerum, Ital., tome II, pages 1 et 117. Manzoni cite cet auteur, qui vivait vers la moitié du ix^ siècle et qui avait connu personnellement le diacre Martin. Ce diacre, phis tard, devint lui-même archevêque de Ravenne.
• C/ironic. de Moissac, Jterum Franc., tome V, page 69, citée par Manzoni, page 179. Cette chronique, d'un auteur inconnu, finit à Vannée 818.
La route suivie par l'avaot-garde de l'armée dés Francs n'est pas bien déterminée
32 PRBMIÈEE iSpOQUB.
Tout s'enfuit ; Charles n'a plus qu'à avancer a?ec le reste de son armée dans le défilé dont les soldats démoralisés de Dcsiderîo ont abandonné la défense ; il franchit ainsi , sans autres obstacles , ces Alpes 9 immense boulevard de l'Italie ; la plaine n'offre aucune résistance S et l'heureux fils de Pépin n'arrête sa course triomphale que sous les murs de Pavie , capitale des rois lombards , où Desiderio a cherché un dernier refuge. Charles met le siège devant cette place » et envoie en même temps investir Vérone, où Adelchis s'est enfermé avec la veuve et les deux fils de Carloman ; le reste des vaincus se disperse , jette ses armes , et va , dans ses foyers , attendre les effeU de la clémence ou de la sévérité du vainqueur»
Adelchis , désespérant bientôt de défendre Vérone , s'échappe de nuit , s'enfuit à Constantinople, et laisse sa sœur et ses jeunes neveux à la discrétion de l'ennemi. Gerberge, ainsi abandonnée de son frère, sort de la ville , et va se jeter avec ses fils aux pieds de Charles dont die implore la pitié.
Les fils de Carloman et leur mère furent » dit-on » renvoyés en France. L'histoire se tait sur le sort ultérieur de ces malheureux princes. A nos yeux , ce triste mystère pèse sur la mémoire de Charlemagne.
Vérone se rendit : les villes qui appartenaient aux Lombards se hâtèrent, à l'exemple de cette place , d'ouvrir leurs portes au vainqueur.
Brescia et Pavie seules résistaient. Poto , neveu de Desiderio , et son frère Answaldo , évêque de ce diocèse , avaient exalté le courage
par ceux qai ont accrédité cette version. Ce qui paraîtrait certain, d'après la chronique novalaise déjà citée, c'est que les troupes de Charles avaient pénétré jusqu'au bourg de Giaveno {Gav9nsi$), et que de là elles se seraient jetées, par le Val de Ktù» sur les Lombards.
' Godefroy de Viterbe dit, avee d'autres historiens, qu'une victoire sanglante. dans les plaines de la Lombardie, put seule ouvrir aux Francs le chemin de la capitale. Des chroniques parlent d'un siège soutenu , à cette époque , par la ville de Milan, alors Mediolanium ou Mediolanum,
Le comte Giulini traite cette dernière assertion de fable et de roman. {Storia di MUano, tomeI•^ liv. !«'.)
Quant à la victoire dont parle Godefroj de Yiterbe , il est établi qu'il n'y eut d'autre rencontre jusqu'à Pavie, entre les Lombards et les Francs, qu'au défilé du Val de SuxOf et cette rencontre ne fut point un combat, mais le signal de la fuite des Lombards, dont quelques chefs, si l'on en croit certains bistoriens, étaient vendus au roi des Francs,
uvmB 1*'. — cnAPiTRE II. 3S
des habitants de Brescia. Ismondo fat envoyé contre eux. La défense fut d'abord vigoureuse; mais bientôt les habitants, effrayés des rigueurs exercées contre ceux des leurs qui tombaient aux mains d'Ismondo , contraignirent les deux frères à capituler * .
Gomme le siège de Pavie traînait en longueur» Charles se rendit à Rome pour les fêtes de Pâques; il y fut accueilli en libérateur*, salué roi des Franîts et des Lombards, et y reçut les hommages publics eo qualité de patrice '.
Les magistrats de Rome se portèrent à sa rencontre jusqu'à trente milles ou dix lieues de Rome ; quand il ne fut plus qu'à un mille , le cortège royal trouva toutes les troupes formées en double haie. Les enfants des écoles marchaient en tète, chantant des hymnes en l'honneur de Charles ; leurs mains agitaient des palmes et des rameaux d'olivier.
Charles avait alors trente-deux ans ; sa taille était avantageuse et bien prise , sa physionomie noble et majestueuse ; il avait le front élevé, le nez aquilin ; ses yeux étaient grands, vifs et perçants; à une expression de noble et mâle fierté venaient se joindre dans toute sa personne une gr&ce séduisante et une inexprimable douceur. Tous ces avantages étaient rehaussés par le plus irrésistible de tous , celui qui fascine , qui enivre et les grands et la multitude , le prestige de la victoire.
Les Romains, à sa vue, laissent éclater le plus vif enthousiasme ; le monarque, sitôt qu'il aperçoit les croix qu'on porte à sa rencontre, met pied à terre avec le nombreux cortège de comtes, de ducs et autres seigneurs qui l'accompagnent, et s'avance à pied jusqu'à l'église de Saint-Pierre.
' Chronic; Ridolfi, Noiarii, — Hist, apud Biênni, 1749. — Storia di Bretcia^ tome II. Citée par Manzoni, qui croit que Ridolfi vivait au xi« siècle, page 180.
' Anastasb, pages 185 et suivantes.— Histotre d» VÈglitê, B. B., tome IV, p. 181«
' PuvPBNDORF, Biitoire de l'Univers, tome II, page 68. On voit que Cbarlemagne n'atlendit pas d'avoir réduit la capitale des Lombards et de s'être rendu maître de leur souverain, pour prendre le titre de roi de Lombardie.
Quelques historiens affirment qu'il fut proclamé par l'archevêque de Milan, qui lui aurait posé sur la tête la couronne de fer, faite, disent-ils, dans le ti« siècle, par ordre de la reine lombarde Théodolinde , pour couronner AgUulphe , son second mari *• Tout nous porte à penser, avec Giulini, que Cbarlemagne se dispensa de la cérémonie du couronnement et qu'il s'adjugea À lui-même,par le droit delà conquête, le titre de roi de Lombardie.
* l'iotM Terrons plus tard qnc les roit lombards ne reccraicnl point de couronne i leur avcoement'
M 9BJKMIÂUE SPOQ€K*
Le pape et son dergé rattendaieQt au haut des degrés de la basilique. Le roi embrasse le pootîfe et le prend par la main » aux acclamations du clergé et de la foule enthousiaste qui entonnent le chant sacré de Béni êoit celui qui vient au nom du Seigneur.
Adrien sut mettre à profit le s^ur de Gbarles à Borne* L'historien Bécault ,. se basant sur le récit d'Anastase * , dit qu'il obtint noa-^eulement la ratification de la donation de Pépin , mais de nouvelles libéralités qui auraient ajouté aui États romains une parlie de. la rivière de Gènes , la Corse » les villes de Bardt ^ Beggio , Mantoue » la Vénitie » Tlstrie, Eavenne, les duchés de Spoletti et de Bénévent.
Puffendorf dit au contraire * que Charles mit le pape en possession de Vexaxehai de Bxivmne » de la Pentapoh et du duché de Rome dont il avait retenu les droits de souveraineté, et qu'il se réserva pour lui , et à titre de royaume » k LiguriA , YÊmélie » la Vénitie , la Toscane , les Alpes coOiameA (au|ottrd'hni le mont Genèvce et le mont Génis), CLui forment, ajoute Puffendorf , cette partie de l'Italie in^iroprement appelée Lambardie.
Charles » toujjoocs d'après l'auteur allemand » conserva aux ducs de Frioul , de Bénévent et de Spoletti , les mêmes droits , pouvoirs et prérogatives dont ib avaient xoui sous les rois lombards ; seulement il exigea de ces ducs qu'ils le reconnussent comme roi et qu'ils lui prêtassent serment de fidélité..
La double opinion émise par Puffendorf nous parait la plu& vraisemblable et concorde mieux avec la suite des faits que nous aurons^ à rapporter.
On le voit , ce fut , comme l'avait pressenti Pépin , toute une ère nouvelle qui surgit de cette alliance entre les papes et les maires du
palais devenus rois des Francs.
Le pouvoir naissant des carlovingiens» que déjà étayaient la gloire et en qudque sorte de vœu de la nation tout entière , trouva une Bouveite force dans la sanction intépessée de fa papauté.
De leur cdté » les évéques de Bome recueillirent d'autres fruits que cette puissance temporelle qu'ils durent aux libéralités de Pépin le Bref et de son fib^ L'épée des conquérants , m s'inclinant un moment
' Anastasb, In Adrian,, ann. 177. — Bbraclt-Bbbcas»., tome lY, p. 182. ' Hittoirede VVniven, tome II, pages 63 et 69.