LITEB IV. — CHAPITRE IV
Le chef de ces bandits, Ahdila^ avait pris, aux environs de Salerne, domicile dans une église dont l'autel, chargé de coussins moelleux, lui servait de lit, et était incessamment souillé par d'impudiques profanations. Un jour, pendant qu'une pauvre fille chrétienne luttait , sur cette couche impure , contre la brutalité du tyran , une poutre tombe sur l'infâme et l'écrase sans faire le moindre mal à la jeune vierge * . Les Mores remplacèrent aussitôt Ahdila par Abirnelech , homme aussi entreprenant que rusé, et le siège de Saleme continua avec vigueur.
Guaiferio, dès le début des hostilités, s'était hâté d'envoyer à Louis des messagers chargés d'implorer son assistance. Pierre , beau-frère , et Guatmario , fils du prince de Salerne , étaient à la tète de cette ambassade.
Louis se trouvait encore à Rome : irrité de la monstrueuse ingratitude dont on avait payé ses services , et sachant que Guaiferio avait été, comme les ducs de Spoletti et de Gamerino, complice d'Adelchis, dans le sanglant outrage qu'il avait reçu à Bénévent, il refusa tout secours. Il fit plus : les ambassadeurs de Guaiferio furent par ses ordres, dit toujours l'anonyme salernitain, envoyés en exil dans des provinces éloignées.
A cette nouvelle, les habitants de Salerne, harcelés par les Sarrasins hors de leurs remparts, et décimés par la famine dans l'enceinte de leurs murs, furent réduits au désespoir. Leur courage, si longtemps héroïque, allait les abandonner , quand Marino , duc d'Amalfi , mû probablement moins par la pitié , dit Muratori, que par la crainte de voir sa propre maison devenir la proie des flammes, une fois que Vin-cendie aurait dévoré la maison de son voisin, Marino fit introduire des vivres dans la place assiégée. Le moral des habitants fut retrempé par ce premier secours et par l'annonce que de nouvelles instances allaient être adressées à l'empereur Louis.
£n efifet, l'évèque Landolfe , seigneur de Capoue , que nous avons vu il y a peu d'années mécontenter l'empereur par sa douteuse fidélité, Landolfe osa se présenter k la cour de Pavie , où était retourné Louis IL Son langage fut humble et suppliant ; des paroles de repentir se mêlèrent au sombre tableau des calamités qui pesaient sur une partie de la péninsule ; l'éloquence du prélat se ressentit de la gran-
* Ahontm. Salbrnit.
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(toar du péril. L'empereur se laissa fléchir au récit de tant de désastres; pour lui^ la vois de la pitié est plus puissante que le refiBeoUment d'une injure ; il reprend les armes et part de Pairie i la tète d'une ooinfareuse année.
Un corfs de dix mille Sarrasins était retranché non loin de Gapoue. Qtuaad l'armée lombarde fut près de ce repaire , le comte GMiard, 49e 4e qumze ans à peine et neveu de l'empereur , suj^lie le mo- «ai^e de lui confier le soin de déloger et d'exterminer ces brigands. Louis II lui accorde cette faveur, et le bouillant jeune boomie, à la iète d'un détachement des troupes impériales que secondent les Capoiiêfis» cette fois vaiUants autant qu'Us s'étaient montrés perfides Mguène 9 atlaqsQPit les barbares avec cet4e impétuosité qui ne connaît point d'obstacle : les Mores lâchent pied de toutes parts ; 00 te poursuit à outr^Aoe, et neuf mille de leurs cadavres, selon l'assertion probablement exagérée de l'anonyme salernitaia, jonchent ie terrain théâtre de ce j^orieux triomphe. L^ Lonotbards et les Gapouans eurent k regretter quelques-uns de leurs braves; toute l'armée poussa un long cri de douleur quand elle apprit, dans l'ivresse de ce beau succès, que le jeune comte GofUard avait payé de sa vie ce brillant éclair de gloire.
Ce faitd'armesavait été précédé d'une journée non moins glorieuse pour les troupes de la chrétienté et presque aussi funeste pour les Blores. Une troupe de Sarrasins, à peu près de la force de celle qui menaçait les environs de Capoue, avait envahi la principauté de Béoévent. Adelchis, vaillamment secondé par Lambert et Ildebert , que nous avons vus chercher un refuge à sa cour contre la colère de Louis II, s'était porté à leur rencontre, les avait attaqués et mis en déroute, dans un lieu nommé Mamma^ et trois miUe de ces barbares étaient restés sur le champ de bataille.
A la nouvelle de ce double désastre et de l'arrivée de l'empereur Louis à Capoue, les Mores, qui «errent de près Saleme, denuandent à lever le siège ; mais Àbimdwk, se flattant de se rendre mattre , d'un moment à l'autre, de cette place réduite aux abois, veut temporiser; on se mutine dans le camp des infidèles. On envahit la tente d'Abimelech... Ses propres soldats le saisissent, le chargent de cbatnes et le jettent dans m» barque qu'ila abandimnent aux flois de la mer. Cette meute indisciplinée remonte ensuite sur ses navires , laissant devant Salerne tous les équipages de siège et une iuunense quantité
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de fcl6 qoe les «flsiégés^ dans la crutite que cette fuite ne soit une feinte 5 ont ia stopidilé de Kvrer aux flammes. Les barbares, en cdtoyant les Calibres , pilient ces malheureuses provinces dont ils complètent la ruine ' .
Erchemperto et Léon d'Ostie racontent que , s*étant embarqués de nouveau pour la Sicile ou l'Afrique, les Mores furent assaillis par une tempête furieuse qui submergea leurs vaisseaux, et que tous périrent dans ce grand naufrage.
D'autres fléaux désolèrent l'Italie au moment où , grâce à l'intervention de Louis II , allait se cicatriser, du moins pour un temps , sa large plaie musulmane.
D'après l'historien Andréa , ce fut dans le courant de cette même année que les pays de Vicence, de Brescia , de Crémone , de Lodi et tout le Milanais , furent envahis par une innombrable quantité de sauterelles^ qui dévastèrent les campagnes et dévorèrent les semences. D'autres auteurs contemporains disent que le reste de l'Italie, la France et la Germanie ne furent pas exemptes de cette calamité. Les annales de Fulde donnent de ces insectes la description suivante : <( Ils avaient quatre ailes et six jambes, l'intestin grand, la bouche » large avec deux dents plus dures que la pierre ; ils venaient du » levant et se dirigeaient vers le couchant. Ces sauterelles avaient » la longueur et l'épaisseur du pouce de la main de l'homme. On » trouva, dans le corps de quelques-uns de ces insectes , des épis de » blé entiers. »
Andréa raconte d'autres merveilleuses choses survenues en cette même année. « Le jour de Pâques, dit cet historien, on crut aper- » cevoir, dans plusieurs localités et sur les arbres , les traces d'une » pluie de terre ou de cendres. Le 4 mai , il tomba une rosée si j» froide qu'elle gela et dessécha les feuilles des arbres. » D'après les Annales de Fulde^ une pluie de sang ^ serait tombée à
' Anontm. Salirnit. — Hl'RATori, Ann. d'It., aoD. 873.
' Un phéoomèoei peu près semblable vient de se faire remarquer en Ilalie. Uii violent vent du sud, qui a soufflé du 15 au 20 juillet 1841, a porté une grande quantité de sauterelles dans les campagnes de Rome, dans Rome même, à Florence, et dans toute la Toscane.
' On parle toujours, comme on le sait, de pluies de soufre, de sang, de laine, de (er, àe pierres f de cendres, de poissons, de grenouilles, etc.
Ifoua nous bornerons à quelques observaiions sur les prétendues pluiêt de santf et de cendres.
11 est incontestable que des gouttes d'une teinte rouge tombent quelquefois en
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la même époque en Italie pendant trois nuits et trois jours. Gialini dit à propos de ce phénomène : <x II est possible que cette pluie de » sang ne soit pas autre chose que la pluie de terre dont parle Andréa ;
abondance de ratmosphèrc. On croit géDcralcinent que cela D'arrtTC que dans les lieui cl les instanls où des essaims de papillons ou autres insectes qui épanchent un suc rou(;e, traversent les airs. Ce suc est répandu an moment où ils se dégagpentde leurs enveloppes de nymphe pour déployer leurs ailes. Cette observation fut faite par M. de Peyrèse, qui vivait au commencement du xvii* siècle, et appuyée par Beuman et par Swammerdam. On a cru aussi remarquer que celte prétendue pluie de sang arrive h des époques de tempête et surlout en été. La plupart des insectes qui cherchent leur pâture sur les branches des arbres, sont emportés par de gros Vents et déchirés en pièces, ce qui fait qu'en tombant ou en fuyant ensanglantés, ils laissent partout des traces rougeàlrcs.
Quant aux pluies de cendres, ce phénomène s'attribue généralement à quelque grand incendie, à un volcan» et À quelque vent violent qui pousse les cendres du volcan ou de l'incendie, ou même la poussière d'un lieu dans un autre, k d'immenses distances.
Les phénomènes qui ont marqué l'année 873 sembleraient venir h l'appui de ces observations. Aucune grande éruption de volcan n'est signalée, il est vrai,, pour cette année, par les historiens ; mais sans nous prévaloir du fait que les grands volcans tels que le Vésuve et VEtna, jettent presque toujours, sans être en éruption, de ]a fumée et des cendres, nous chercherions à expliquer le prodige qui effraya les populations d'Italie au ix* siècle, de la manière suivante.
Les myriades de sauterelles qui couvraient le pays, battues par les vents impétueux * qui les avaient apportées d'Orient, brisées centre les arbres et contre les murs, auront laissé partout des traces de sang, et la poussière emportée par la violence de ces mêmes vents, s'étanl mêlée au sang de ces insectes, aura produit la pluie de terre ou de cendre rouge dont parlent les vieux chroniqueurs. Pour ce qui est de la reproduction du même prodige, selon Giulini , dans le courant du siècle dernier sur les bords du lac de Lugano, peut-être faut-il l'attribuer à peu près aux mêmes causes. Si cependant le phénomène n'eut lieu que sur les eaux de ce Use, nous l'aurions expliqué comme les hydrologistes l'ont fait, par une singularité de même nature, qu'offrirent en 1<M)3, les eaux du lac de Zurich, et, en 1703, celles du lac de Délitx. Ces eaux devinrent tout à coup rougeàtres, et l'on s'effraya et l'on parla d'une pluie de sang.
L'examen fit reconnaître que des courants d'eaux bitumineuses, chargées d'oere rouge de fer, s'étaient mêlés aux eaux de ce lac. a Peut-être, dit Valmonide Bomare **, » y eut-il une éruption soudaine, comme il en arriva dans plusieurs rivières, lors • de la dernière catastrophe dont Lisbonne fut le théâtre et laTictlme.
» Peut-être, ajoute ce naturaliste, ces matières colorantes étaienl-elles interposées » entre deux couches au fond des lacs-. Il y a de ces lacs à double fond en Suède» » dans le Jemteland, a
Qui sait s'il n'en serait pas de même pour les lacs de Délit», de Zurîeft et de Lu^ gano?
Le grand naafnigc de h flotte m asulnuiie dans T Adriatique vient tânoijocr de la TÎolcaee de <erlaini vent» qui régnèrent à cette rpoque en Italie. *' Diet, d'kiit. not., touie 111^ ait Lac.