LIVRE I*'. — CHAPIT&B II
de l'empire d'Occident et le retour de l'Italie sous la domination de Coostaotinople.
Un motif apparent servait à couvrir ces honteuses intrigues.
BogortSf roi de Bulgarie, cédant aux instances de sa femme qui était chrétienne, s'était» depuis quelques années, converti à l'exemple de Qovis et d'£gbert ; et, comme ces deux rois, il avait entraîné ses peuples dans sa nouvelle croyance. De graves disputes s'étaient élevées eotre Gonstantinople et fiome, pour savoir de quel patriarcat ressor* tirait cette nouvelle province. La décision dépendait de Basile, qui avait pour lui la force et l'autorité. Les Busses ayant suivi l'exemple des Bulgares, le patriarche Ignace avait étendu sa juridiction sur ce peuple comme sur la Bulgarie. Jean YIII protesta contre ses prétentions, surtout à l'égard des Bulgares.
Quand les légats arrivèrent à Gonstantinople, le vertueux Ignace était mort, et l'adroit Photius avait usé de tant d'artifice auprès de l'tmpereur Basile, qu'il était parvenu à rentrer en grâce et à reprendre poseessioD de Téglise patriarcale. Photius gagna les envoyés du pape ; il écrivit à Rome, et fit écrire l'empereur lui-même, pour que Jean VIII l'agréât comme légitime patriarche. Il était devenu tout-puissant à la cour de Basile; son orgueil s'humiliait devant le pontife romain dont il reconnaissait la suprématie, en lui demandant comme une grâce de sanctionner sa réintégration. Il faisait, du reste, dépendre de cette complaisance de Borne, la décision à intervenir sur la question des Bulgares, et l'envoi des secours dont l'Italie avait besoin contre les ravages des infidèles.
Jean YIII, sans s'arrêter à la crainte de paraître, en reconnaissant Photius, condamner la sage conduite de ses prédécesseurs, approuve le rétablissement de l'audacieux sectaire * , sous la condition expresse toutefois, que la juridiction de la Bulgarie sera rendue ausaint-siége, que Photius fera amende honorable devant un concile, et qu'on enverra les secours promis. Le pape déclare en même temps, que tous évèqaes ou clercs qui refuseraient de communiquer avec le nouveau patriarche, seront, après trois admonitions, déclarés excom^ munies.
Photius, dès le mois de novembre (879), assemble le concile où« selon les lettres du pontife de Rome, il doit faire le désaveu de se&
' 4imée 879.
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scandales passés. Trois légats du pape assistent à cette assemblée ; mais c'est Photias qui la préside, et il se fait nommer dans tous les actes avant le souverain pontife. On y donne lecture des lettres de Jean YIII ; mais on en supprime les articles relatifs au pardon que devait demander Photius, et à Tabsolution que lui accordait le pape en raison de sa soumission et de son humilité. On ajoute à ces lettres des phrases à la louange du patriarche schismatique, et, dans une de ces audacieuses additions, on va jusqu'à féliciter l'empereur d'avoir fait violence à la modestie de Photius en le rétablissant même avant le consentement de Borne.
Les légats, soit qu'ils fussent corrompus par les présents do nonveau patriarche, soit que la crainte les retint, ou que leur conduite leur fAt tracée d'avance par Jean YIII, ne firent aucune observation contre ces altérations étranges. Le concile œcuménique, qui avaitsolennellement anathématisé et déposé Photius , fut cassé par les mêmes évéques qui avaient prononcé cette déposition , et les délégués du pape s'écrièrent en plein concile : Si quelqu'un ne reconnait pas Phorttia, que son partage soit avec Judas I et le concile répondit par acclamations : Longues années au patriarche Photius et au patriarche Jean! Ainsi, jusque dans ce cri de ralliement et de fusion, Photius fut nommé avant le pape, et Jean YIII ne reçut pas d'autre titre que celui de patriarche, à l'égal du hardi sectaire.
L'orgueil du schismatique était las de s'être fait un instant violence ; dès ce jour il affecta dans ses rapports avec le souverain pontife de Rome la plus parfaite égalité ; bientôt après il invoqua de nouveau la suprématie de l'église de Gonstantinople. Quant aux promesses relatives aux Bulgares, les légats, qui voulurent les rappeler, furent payés de belles paroles : la Bulgarie continua à demeurer soos la juridiction des Grecs.
Restait une dernière déception pour compléter toutes celles que s'était préparées Jean YIII par l'inconséquence de ses démarches» Une flotte grecque stationnait en vue de l'Italie. Le pape, assailli de nouveau par les Sarrasins, invoque son assistance ; mais la flotte, sous prétexte que les infidèles menacent aussi les côtes de l'empire, disparaît et reprend la direction du Bosphore. Jean YIII connut enfin par lui-même ce qu'on devait attendre des promesses des Grecs ; il en fut pour la honte de ses actes et de ses déceptions.
On s'explique par le récit de tous ces faits, les marques d'inoonsi-
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dération que ce pontife dut rencontrer à chaque pas dans une voie coDstamment tracée par l'irréflexion et l'inconséquence. Les monarques, les peuples, le clergé, semblèrent s'entendre pour humilier cet homme qui cependant occupait le siège de saint Pierre ; mais qui , travaillé par la même ambition que ses prédécesseurs, n'en avait oi la dignité, ni la patience, ni le génie.
Sur ces entrefaites, Louis le Bègue, roi de France ^ mourut, laissant pour héritiers Louis III et Carlomau, ses deux fils, nés d'Ans* garde, sa première femme, qu'il avait répudiée.
Boson, beau-père du jeune Carloman, aida les deux frèresè monter sur le trâne, espérant que, pour prix de ce service, les deux nouveaux monarques ne porteraient ou n'oseraient élever aucun obstacle à son ardent désir de devenir roi. Ce fut alors qu'il fit établir en sa faveur, par le concile de Mantes^ le royaume i*Àrleêf qui comprenait la Pro* vence, le Dauphiné, le Lyonnais, la Savoie, la Franche-Comté et une grande partie de la Bourgogne.
Ce duc ambitieux s'était fait la part du lion. Les deux frères, mécontents de cette usurpation audacieuse, s'arment contre lui et appellent à leur aide Charles le Gros * qui, en ce moment» se trouvait en Lombardie et venait de s'en faire proclamer roi par Ansperto. Charles, craignant les secrètes menées de l'impératrice Angilberge pendant son absence, commence par la faire enlever de son couvent de Sainte- JtdUj à Brescia, et l'exile en Allemagne ; puis il passe les Alpes et se porte avec une armée nombreuse sur le théâtre de la guerre '• Ses troupes, réunies à celles de Louis III et de Carloman, mettent en déroute l'armée de l'usurpateur dans plusieurs combats.
Boson est sauvé d'une ruine complète par une diversion de Carloman de Bavière, dont l'ambition, se réveillant un moment sur le bord de la tombe, vient injustement revendiquer une partie de l'héritage de Louis le Bègue.
Peu de temps apr^ le roi de Bavière meurt. A l'annonce de cet événement, Charles le Gros, déjà mattre de la Lombardie, juge le moment opportun pour conquérir la couronne impériale que ne pourront lui disputer ni les deux enfants qui occupent le trône de
' AnDèeSlO.
' CharUi de Souabe, appelé d'abord en Italie CorUtto,
' GnjLiia.
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France, ni Boson qu'ont affaibli ses récentes défaites. Il repasse les Alpes avec son armée et se dirige en toute hAte sur Rome... Ce monarque ne poatait y arriver dans des conjonctures plus favorables à son ambition.
Les Napoliteina n'avaient obtenu la paix, on plutôt une trêve avec les Sarrasins, qu'à condition qu'ils se réuniraient h ces envahisseurs pour 66 porter contre Rome. Guaiferio, duc de Saleme, était entré dans cette ligue : Jean YIII, que TOrientet rOecident abandonnaient, se souvint un moment de l'énergique résolution de Léon IV, et osa affronter le péril des combats à la tête de quelques troupes que lui avait amenées le duc de Spoletti. Ses premiers efforts avaient été couronnés de succès ; Guaiferio, gagné par le pape, s'était détaché de la coalition ; Naples même avait brisé quelques instants sa honteuse alliance ; mais ce résultat s'était obtenu par un crime, triste voie qui, ne faisant atteindre qu'un but décevant, conduit au mécompte et an revers.
Voici le fait:
Sergiuê était duc de Naples ; les instances et les menaces do pape pour le détacher delà ligue ayant été vaines, l'évêque iifAano^e , frère de ce même Sergins, s'empare de sa personne, a la Iftche barbarie de lui faire crever les yeux et de le livrer à Jean VIII, qui proclame le prélat fratricide, duc de Naples... Mais, trattre à son souveraîu, bourreau de son frère, Athanasene tarde pas à trahir Rome et à feire alliance avec les Sarrasins^. La coalition, devenue plus que jamais puissante, attaque Bénévent, Gapoue , Salerne ; die menaçait d'envahir Rome, quand Charles de Souabeparatt devant cette capitale avec son armée : il offre ses secours à Jean VIII en échange de la couronne impériale.
Le pape le sacre et le proclame empereur • .
Charles marche aussitôt contre les infidèles, délivre de leur
' PiFFFENDORF, Hùtowe de l'univeri, tome II, liv. 2, ch. 2.
' Les Annales de saint Berlin croient que ce couronnement eut lieu le 25 décembre 880, jour de Noël. Le cardinal Baronius le reporte au jour de Noël de l'année suivante 881.
Muratori pense que cette solennité eut lieu dans l'un des deux premiers mois de l'année 881» mais il ne sait préciser ni le jour, ni même lequel de ces deui mois. {Antiq, Italie., dissert. 8 et 41. — AnnaU d'It,, tome Y, pages 133 et suivantes, «nn. 880 et 881.)