LIVRE 1*'. — CHAPITRE U
désastreuse présence les environs de Borne et le pousse jusqu'à Ravenne; mais de nouveaux et graves intérêts l'appelant au delà des Alpes 9 il interrompt tout à coup ses succès et retourne en Germanie.
Un tel départ, dans un moment aussi critique » était presque une défection pour la malheureuse Italie* qui se dégoûta plus que jamais d'une domination étrangère. Dès lors quelques seigneurs italiens osèrent concevoir la pensée de s'emparer de la souveraine puissance, et commencèrent à faire nattre dans les esprits l'opinion que c'était là le seul moyen de remédier aux maux dont la péninsule était accablée. Ce projet, nouvelle péripétie du drame historique qui nous occupe, devait recevoir, peu d'années après, son exécution.
Charles, pendant son séjour à Rome, était parvenu, dit Giulini, à réconcilier Jean YIII avec Ansperto, que le saint-siége , par un récent et dernier effort, avait vainement tenté de déposséder de son archevêché. Ce prélat était doué de rares vertus , de grandes qualités , et possédait des richesses immenses dont il fit le plus noble usage. Par ses soins et à l'aide de ses trésors, furent reconstruits, autoubde Milan, les murs d'enceinte qu'avait élevés l'empereur Maximien , et qui protégèrent cette ville jusqu'à l'invasion de Barberousse, au xii* siècle.
« Profitant , » dit le comte Yerri, « de la faiblesse ou de l'absence B des rois, Ansperto agit lui-même en souverain bienfaisant et en » restaurateur de sa patrie. U releva le courage des Milanais , et » rappela dans la ville une grande partie de la population que la » terreur en avait exilée. De cette époque, » ajoute le même historien , « date la renaissance de cette cité célèbre, qui ne recouvra » toutefois son rang de capitale de la Lombardie que deux cents ans 0 après*. »
Sous rhabileet prévoyante administration d'Ansperto, les couvents, les abbayes, les églises, les hôpitaux , reprirent une nouvelle vie, par Tordre, l'économie, la discipline qu'il sut y maintenir. Il aimait la justice et se montrait ferme et inébranlable dans ses résolutions : Effector voti, proposttiqm tenax, ainsi que le dit son épitaphe conservée à Milan dans l'église de Saint- Ambroise *.
* Comte Yerri, tome I«s page 3.
* GiuLiNiy tome l^S page 366. — Ybrri, tome I", page 108.
La famille des Confalonieri de cette ville prétend compter ce prélat illustre parmi ses plusaociens membres.
Le comte Giulini croit la chose possible, probable même; seulement cet historien
56 BECXIÈUB ÉPOQUE.
Anselme, archidiacre de la métropole, fut le successeur d'Ansperto.
Jean VIII suivit de près au tombeau * son orgueilleux adversaire de Milan. Les annales de Fulde disent qu*il fut assassiné à coups de marteau ; Fhistoire de l'Église ne parle pas de cette mort violente.
Selon Baronius, la condescendance ou plutét l'étrange faiblesse de ce pape à l'égard de Basile et de Photius, aurait donné lieu à la fable de la papesse Jeanne: la légèreté 9 Tinconséquence des actes de ce pontife, l'auraient fait appeler Jeanne Za papesse. Dans le même sens, les Anglais ont depuis appelé un de leurs rois, la jRetne Jacques, De même, mais dans un sens héroïque et conséquemment tout opposé, fut poussé naguère eu Hongrie ce cri d'enthousiasme si fameux : If onomur pro rege nostroy Marid-Theresâ.
Nous rapportons l'opinion de Baronius , en rappelant toutefois que le plus grand nombre des anciens partisans de cette fable honteo^ , ont placé Jeanne entre Léon lY et Benott III.
L'Italie, après le départ du nouvel empereur , était retombée daos ce déplorable état d'abandon où nous l'avons vue plongée quelquefob, mais à de rares intervalles, depuis Gharlemagne. Plus que jamais elle (ft délaissée par Charles le Gros , que la mort de Garloman de Bavière , de Louis III , et enfin de cet autre Garloman , 61s de Louis le Bègue , avait rendu mattre d'un des plus vastes empires qu'ait jamais réunis sous sa loi la couronne de France.
Un fils de Louis le Bègue et d'Adélaïde, sa seconde (emmetCluarles, âgé seulement de quatre ans, devait être l'héritier de ses frères; mais les grands du royaume , gagnés par les largesses de Gharles le Gros , excluent du trône le faible enfant , prétextant non-seulement sa trop grande jeunesse , mais encore son état douteux de fils légitime, attendu qu'il est né d'une seconde femme de Louis le Bègue du vivant de la première. Les armes et les arguties ne manquent pas quand on veut frapper qui ne peut se défendre. Gharles le Gros se saisit donc de la couronne de France qui revenait à son neveu et la réunit à ses
ne pense pas que jamais Ansperto ait porté le nom de ConfaUmiero, Ce n'est que quelque temps après la mort de cet archevêque, que sa famille parait avoir occupé la place de dmfaloniero de père en fils, et en avoir pris le nom, comme nous l'tTODS remarqué pour les Viieonti; comme le firent aussi les Capitani^ les Goêtaldi, et pln> sieurs autres anciennes familles dont le nom , si ce n'est la véritable descendance, est Tenu jusqu'à nous.
' En décembre 882.