‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 90 sur 137 · LIVRE n. — CHAPITRE l · texte numérisé non relu

LIVRE n. — CHAPITRE l

désordre ni dommage» et promet formellement, ajoute le vieil historien , qu't^ne fois sorti de la ciié^ il ne repassera plus sous ses portes.

Des habitants craignaient que quelque piège ne fût tendu à leur bonne foi; mais Lambert et quarante chefs de son armée ayant juré sur TEvangile que toutes les conditions seraient fidèlement et ponctuellement exécutées, les Milanais n'hésitèrent plus, et Lambert entra avec son armée dans Milan. On l'y reçut en vainqueur et en souverain, et il en sortit aussitôt après suivi de ses troupes. Aucun désordre ne fut commis par l'armée impériale.

Joyeux de cette heureuse issue de la guerre, les Milanais exaltaient avec enthousiasme la magnanime bonne foi de Lambert qui méditait secrètement leur ruine. Suivons le récit plus ou moins fabuleux de Landolphe.

Le jeune empereur, dans son rapide passage à Milan , avait fait chercher et retrouvé quelques-uns de ses anciens partisans que la terreur tenait dans le silence et l'obscurité. Il fut convenu avec ses amis que, la troisième nuit qui suivrait le jour de la sortie de Lambert, une large brèche serait faite par eux à une partie intérieure du mur d'enceinte delà ville, près de l'église qui, depuis, a pris le nom de Sant- Andréa al muro rotto,

« Au moment désigné, » dit toujours notre vieil historien, « Lam- » bert rentra dans Milan par cette ouverture, éludant ainsi le ser- » ment par lequel il s'était engagé à ne plus repasser sous une porte » de la ville. Furieux de la longue résistance qu'il avait rencontrée, » l'empereur livra Milan au pillage ; on égorgea les habitants sans > distinction ni d'âge ni de sexe ; les principaux édifices et les forti- » fications furent renversés. »

cité rut réduite pendant plusieurs siècles, après les ravages exercés en 452 par les Huns, sous Attila, et en 539, par les Goths et les alliés de leur roi Yitigès.

Tous les nobles et les riches, de l'aveu même de Glulini, habitaient la campagne, saos doute par suite de la ruine de leurs maisons de ville et par la crainte de nouveaux ravages. Leurs châteaux étaient fortifiés et susceptibles au moins de défense.

« Les habitants de la ville, » dit toujours le comte Yerri,» vivaient misérables; peu » de maisons étaient construites en pierres; la plupart étaient en bois et recouvertes » de chaume.

» C'est ce qui B% abandonner Milan par les souverains, qui n'auraient pu j trouver > une résidence convenable pour eux et leur cour. »

VoUi, ce nous semble, une explication claire et sainement motivée de VAclumBà MUanwn, invoquée par Giulini.

90 OBUXIÈMS ÉPOQUI«

Gialiai trouve de grandes exagérations dans ce récit, dont ks dernières circonstances se rapporteraient plutôt k l'époqne de la prise de Milan par les Goths.

Sans doute le vainqueur^ irrité de l'opiniAtre résistance des «SBiégés, leur fit sentir le poids de sa colère ; mais la vengeance ne fat point poussée jusqu'à cet horrible massacre de toute la population, et à la destruction des remparts qui, relevés par rarchevèque Ansperto ', ne furent plus tard renversés que par Barberousse.

La mort de Maginfredo, le supplice de son fils et de son gendre, rapportés par Landolphe, ne sont contestés par aucun historien d'ItaUe. Tous s'accordent sur ce point comme sur l'incident qui aurait tout à coup sauvé Milan des dernières eososéquences de la fareor de Lambert.

Cet incident, le voici ; nous le reproduisons sans commentaire :

On raconte qu'au milieu de ses plans de vengeance, qui m tendaient rien moins qu'à la complète destruction de Milan, Lambert eut une vision où saint Ambroise lui apparut vivemeitf courroucé contre lui.

Le jeune empereur, effrayé de cette apparition menaçante, se hâta de quitter Milan qu'enfin il laissa en repos.

' MiltB, depuis U restauration de ses remparts , due am soins et aux largesses d'Ansperto, avait neuf portes beUes et fortifiée».

Lee murs d'enceinte de cette Tille, qui courre aujourd'hui sept milles de terrain , occupaient tout au plus, au »• eièele, le tiers de cet espace.

Les églises de SantOrVoUria^ de San^implieittnù^ de Son-JDiontno , de San- Vaxaro, de San'CaUmero , de San4^lso , de 5an- Vt/fere, de Sam-FraneeaoQ, alors San^Nabore, renfermées de nos jours dans l'enceinte de la ville, formaient comme une ceinture sacrée hors de ses murs , à cette époque reculée.

GHAPITRE IL

JLa France peut moiDS que jamais s'occuper de lltalie. — La Lombardie sous Lam* bert et Bérenger. — Scandales à Rome. — Schisme de Sergius et iDlervention de Lambert. — Mort de ce prince. — Bérenger seul roi de Lombardie. — Les Honfioia. — Bévenger les 4éfiiit sur les bords de VAdda. — H est battu près de la Brmsia, — Conjuration contre Bérenger. — Louis de ProYence proclamé roi de Lombardie et empereur. — Trames contre Louisw — Guerre entre ce prince ci Bérenger. — AlternatiTC de succès et de revers. — Stratagème de Bérenger. — Il 9t nnd mallre de Louis. — Sa vengeance. •» Nouveaux embarras pour Bérenger. — Réapparition des Mores. — Coup d'ail sur le siècle écoulé.

L'hérédité de la couronne dans la famille des Carlovingiem, par ordre de primogénitore, n'était pas dans la lettre expresse de la loi ; mais la loi naturelle» mais les coutumes soutent plus fortes que la loi écrites, avaient consacré ce principe dliérédité légitime.

Uavénement de Charles le Gros, au préjudice du troisième fils de Louis le Bègue, fut une usurpation qu'on voulut vainement colorer par les nécessités du temps et la trop grande jeunesse de Charles le Simple.

Ptoos avons vu Charles le Gros expier dans l'exil, dans l'abandon et le mépris des peuples, la facile victoire du fait contre les droits d'un enfant.

Nous avons vu Eudes lui succéder dans la royauté de France ; mais, tout actif, tout redoutable que se soît montré ce prince guerrier dans ses luttes contre les Normands, Eudes, qui a terrassé l'étranger et sauvé Paris, est à son tour vaincu par cet élan d'enthousiasme qQ'înspire quelquefois à un peuple l'honneur de replacer sur le trône un rejeton de la tige de ses rois.

T^es mêmes seigneurs qui, après la mort de Carloman, fils de Louis le Bègue, avaient exclu Charles le Simple, frère du dernier roi, pour Nvrerla couronne de France à Charles de Souabe, dégoûtés des princes

germains par l'épreuve de ce triste règne, et eChrayés du morcellement et du désordre toujours croissant de l'État, se prirent à invoquer la légitimité du troisième fils de Louis le Bègue. Ils l'invoquèrent, t^ette légitimité, tant comme un abri tutélaire contre toutes ces ambitions subalternes et rivales qui se croisaient, se heurtaient et menaçaient de tout détruire dans leur choc impétueux, que pour opposer ^ussi aux nouvelles prétentions des rois de Germanie, la force d'an droit qui, bien entendu et bien appliqué, eût pu être la sauve-garde de tous. Le principe qu'en ce moment on invoqua était le seul capable de faire recouvrer à la nation son repos, son bien-être et son ancienne suprématie, en la rendant à son unité monarchique, et en la délivrant de ces despotes sans nombre qui, par le fractionnement, Favaient affaiblie au point d*en faire la vassale de l'étranger ; de ces despotes qui, n*étant après tout que des usurpateurs heureux, provoquaient et justiGaient des usurpations nouvelles de la part de quiconque se sentait assez fort pour les tenter.

Mais ce grand élan des Français n'aboutit qu'à une demi mesure, remède souvent plus funeste que le mal qu'on veut combattre. Charles le Simple fut proclamé roi de France à treize ans ; Eudes ne put se résoudre à lui abandonner que la moitié de sa proie ; gardant pour lui-même tous les pays qui sont entre la Seine et les Pyrénées, il ne restitua au fils de Louis le Bègue que les contrées renfermées entre la Seine et la Meitse * .

^ Président Hénault, Ahrég, chronoL, tome !«', 2* race, année 893.

Nous croyons toutefois devoir rappeler que, d'après quelques historiens, notammenl l'abbé MiUot , Eudes n'aurait accepté la couronne qu'après l'avoir longtemps Refusée, et qu'il aurait déclaré en outre ne monter sur le trône que pour le conserrct au fils de Louis le Bègue.

On lit dans Méxeray, au sujet de l'élection du comte Eudes comme roi :

t( Quelques auteurs du temps disent que les Français ne l'élurent que pour (trtmr ^ du pupille et gouverneur ou régent du royaume. Ils apportent pour preuve qu'il » résista fort à cette élection , qu'il prit soin de Féducation de Charles , que lorsqu'il » fut en Age il lui rendit une partie de son royaume , et que , quand il mourut» il le » lui remit tout entier ; et si quelqu'un demande pourquoi , n'étant que régent ou » tuteur, il prit la qualité de roi, ils répondent que dans ce siècle-là, et dans les trois « ou quatre suivants , les tuteurs prenaient le titre des terres de leur pupille qu'ils » administraient.»

On a cité récemment ce passage de Mézeray pour eialter la fidélité d'Eudes k son toi légitime, et l'on a extrait encore du même historien ce fassage :

« Il recommanda fort à son frère Robert et aux autres seifncurs, de reconnaître le

UVRB 11. — CHAPITRE II. 93

Un principe vrai n'a de force qu'autant qu'il est appliqué dans toute soD étendue; on le compromet quand on restreint les droits et les conséquences qui s'y rattachent : de tutélaire et de conservateur qu'il poavait être , il ne devient plus alors qu'un nouveau germe de troubles et de bouleversements. La France ne gagna rien ni pour son repos intérieur, ni pour son influence au dehors, à cette restauration incomplète de Charles le Simple » une couronne ainsi partagée n'ayant acquis au jeune prince ni assez de puissance , ni assez de prestige pour arrêter les effets désastreux du conflit de toutes les ambitions désordonnées qui depuis longtemps se disputaient les lanU>eaux du royaume.

Ces désordres, toujours renaissants et toujours plus graves , firent de plus en plus perdre de vue l'Italie à la cour de France , qui laissa échapper, sans même y prendre garde, ce beau fleuron de la couronne de Charlemagne. Le diadème impérial même fut comme oublié, dans ces temps de confusion , [par le dernier rejeton mâle de la race légitime du grand empereur.

D'autre part , Arnolphe , que sa débile santé devait conduire au tombeau trois ans après son couronnement à Rome , Arnolphe ne songeait, pas plus que le roi de France, à troubler Lambert et Bérenger dans la possession de la Lombardie qu'ils venaient de se partager. Jaloux l'un de l'autre , s'observant tous les deux , mais n'en Tenant à aucune hostilité de peur d'offrir, par leurs dissensions, une proie trop facile à la France , à la Germanie ou à tout autre enneniî commun , Bérenger et le fils de Guy paraissaient satisfaits de la part qu'ils s'étaient faite.

Il y eut un moment de repos et de calme en Lombardie. Les deux princes, qui la tenaient sous leur puissance, étaient doués d'éminentes qualités et auraient pu cicatriser , avec le temps , les plaies que tant de guerres avaient laissées saignantes; mais sous le calme couvait la tempête. Tous les deux , l'un à l'aube de la vie et après un

» roiCbarIes,qu11espéraitdevoir être bientôtcapablederégnerpar sa venu, comme » il rélait déjà par sa naissance. »

Nous atons jugé plus sévèrement la conduite d'Eudes : et nous trouverions dans les paroles mêmes de Mézeray que Ton a citées, la justification de notre opinion.

Comment, en effet, Eudes, nomméM9wr ou régmt, ne rendit-il à son roi légitime qu'une partie de son royaume? Et comment attendit-il le moment de sa mort pour en faire la restitution intégrale 7 C'est donc avec raison qucnous avons signalé l'am'» bition d'Eudes comme un des embarras du règne de Ch|irlesle Simple.

94 MB^IBUK ÉP<H}UB.

daroier et rapide éclair de gloire , Vautre chargé d'aoBécs et après avoir épuisé la coupe des viciasitude» , devairat tomber victimes de la plus noire iogratitude sous un bras assassin.

La première atteinte que reçut le repos de la Lombardie sous la double domination de Lambert et de Bérenger » fut un contre-coup des troubles qui agitaient TËglise de Borne.

Jetons un rapide coup d'oui sur ces misères du fo^er de la chrétienté.

Le pape Formose était mort peu de jours après avoir couronné Arnolphe* Il eut pour successeur Tindigne Bonifmce , dont le pontificat ne dura que quinze jours. La mort de Boniface délivra l'Eglise d'un pape qui en eût été la honte.

Etienne VI le remplace : le choix n'est pas plus heureu:^. Ce règne , qui n'a que quelques mois de durée , est marqué par une scène odieuse. Etienne rassemble un concile d'évéques et de prêtres dignes de lui ; il fait exhumer le corps du pape Formose et commande qu'on l'apporte au milieu de l'assemblée. Le cadavre est placé sur un siège apostolique , près d'un avocat chargé de sa défense.

a Èvéque de Porto , » dit d'une voix menaçante le fe^e Etienne à ces restes inanimés, « pourquoi Tambîtion vottsa4-«lle fait usurper » le siège de Borne?»

Après ces paroles qui tiennent lieu de sentence » on dépouille le cadavre des vêtements sacrés qui l'ont suivi dans la tombe ; on lui coupe la tète et trois doigts, et on jette dans le Tibre cette tète qui à porté la tiare. Tous les évèques (H'donnés par Formose sont dégrada par Etienne. Chassé bientét du siège pontifical qu'il souille et déshonore , ce déplorable pape est jeté dans une prison où il meurt étranglé * •

Romain , Gallesin et Théodore ne font que s'asseoir et passent inaperçussur la chaire de saint Pierre, qui enfin est dignement occupée par Jean IX ^ pontife d'une grande sagesse et d'une admirable piété V

Mais cette élection ne s'est pas consommée sans obstacles; Jean IX a rencontré un dangereux compétiteur dans Sergius, qui, vaincu et

' Captus et ipse, ucraque abjectus ab cde, tenebris carceris, u^icitur TincJiaque innectitilr aUis , et suffocatum crudo prcmit uliio leto. (Frodoard, aoD. 897.)

' Bérault-Bercastel, HUt, de r£y., tomeV, pagesl9etsuiv. — IUlratori, tome V, page 208.

LIVRS li, *- CHAPITRE H. 0S

dàMasé 4e Borne , cherche à son scbisme an reAige en Toecane » axifrè» du marquis ou duc Adalbert.

La Toscaue se recounaifisait Tassaie de Lambert ; le fib de Guy 8*était prononcé en faveur de la candidature de Jean IX. Bientôt les bruits d'une révolte du duc Adalbert, fomentée par les intrigues de Sergios et l'ambition de Berthe^ sa femme, fille de la fameuse Waidrade et de Lothaire de Lorraine * , viennent arracher le jeune empereur au repos qu'il goûte depuis quelques mois dans sa viUa de Marengo ^«

Lambert y qu'ont aguerri trois ans d'une vie belliqueuse , réunit à la hftte une centaine de cavaliers pour les opposer à l'armée peu nombreuse d'Adalbert qui osa marcher sur sa capitale. Il attaque les Toscans à l'improviste et pendant la nuit» près de Borgo-san-Dontno^ entre Parme et Plaisance ^ , les met en pièces , et fait prisonnier l'imprudent Adalbert qu'il conduit à Pavie en triomphe. De là il se rend à Bavennespour conférer avec le pape Jean IX» qui lui fait approuver les actes d'un concile récemment tenu à Bome. Ce concile condamnait les violences scandaleuses d'Etienne YI à l'égard du pape Formose» et le schisme de Sergius.

De son côté , profitant de sa position de protecteur à l'égard du pontife , et attribuant les désordres suscités par l'ambitieux rival de Jean IX k la violation des coutumes introduites par les premiers empereurs francs « Lambert fait reconnaître expressément par le concile l'obligation » pour les papes nouvellement élus» de ne pas se faire consacrer avant l'arrivée et sans l'agrément des commissaires impériaux. On se rappelle que ce jeune souverain de la moitié du modeste royaume de Lombardie, avait été sacré à Bome par le pape Formose» et portait le titre pompeux, mais toujours plus compromis, d'empereur. Il fallait que, par suite du schisme de Sergius ^ les désolations de l'Église de Bome fussent bien grandes pour la rendre humble au point de laisser revendiquer , par un prince d'aussi médiocre importance , les droits des empereurs d'Occident , et pour lui reconnaître solennellement des prérogatives que les papes cherchèrent si souvent à éluder sous les règnes des premiers descendants de Gharlemagne, dans toute la splendeur de leur puissance impériale.

^ UuRATORi, Ànn, d'iLf tome Y, page 207, anno 898. * GiULiNi , lib. 9.

' liUBATORl.

^6 DEDXIÉME éPOQDB.

Il faat que , dans ces tristes moments , l'abandon dans lequel languissait rËglise fût extrême, pour que nous la voyions rédnite à demander la protection du jeune Lambert et s'en faire une égide contre 'ses ennemis.

On lit dans Bérault-Bercastel :

« Il s'était introduit un bien grave abus à Rome , savoir : qu'à > la mort du pape on pillait le palais pontifical , d'où le brigandage «1» se répandait par toute la ville. On dépouillait de même les maisoiu » épiscopales à la mort des évéques.

» Le concile de Rome ne se contenta pas de défendre ces honteox » pillages , sous peine des censures ecclésiastiques ; il menaça les cou- ^ pables de toute Vindignation de l'empereur * . »

A une autre époque, nous avons vu de ces sortes d'injoncUons et de menaces; ceux qui portaient alors le titre d*empereur étaient autrement puissants et redoutables que le fils de Guy ; leurs menaces empêchèrent rarement les abus qu'elles avaient pour but de réprimer ; en sorte que, moins que jamais, on dut appréhender de s'attirer le courroux impérial alors que le trop peu redoutable Lambert po^ tait le titre d'empereur.

Le jeune monarque se hâta de reprendre, après le concile, le chemin de la villa de Marengo, pour se livrer aux plaisirs de la chasse, sa passion dominante. Il ne croyait pas, le malheureux prince, courir à la mort, h une mort misérable et prématurée.

Nous avons vu que, lors de la réduction de Milan par Lambert, Maginfredo avait subi le dernier supplice, et que l'on avait crevé les yeux à un fils et au gendre de ce comte. Maginfredo avait un autre Gis que le vieux Landolphe appelle Azzone, mats à qui Giulini et Verri , d'après Liuthprand , donnent le nom d'Ugane ou Hugws. C'était un enfant : sa grande jeunesse intéreœa Lambert , qui Tépargna, l'attacha k sa personne, et finit par l'affectionner au point de le vouloir constamment à ses côtés, et de lui donner, en dépit de l'envie, la charge de comte de Milan qu'avait occupée son père '.

■ Bist. de VÈg., tome V, livre 28 (898). — Hcratori, tome V, page W « Qaod quid facere presumerit, non solum ecclesiasticâ censura, sed etiam imperiali » fndignatîone feriatur. b

* LiVTHP. , lib. 1" , cap. 12. — Giulini , tome If , Hvrc9. — Verbi , tome !•'. |MSeil4. — McRAToUi tome y, page 211 , anno 898. — Chrtm. novaU, partie 2 1 tpme II, jRer. Ual,

UYEE n. — CHAPITRE II. 97

Un jour, dms une partie de chasse^ le corps du jeune empereur fut trouvé gisant par terre et sans vie au fond d'une épaisse forêt.

On ne sut alors et l'on ne sait pas encore d'une manière précise ce qoi occasionna cette mort inattendue. Lambert n'avait auprès de lui» dans ce moment, que Hugues, le ûls de Maginfredo, le flb de son ancienne victime I

Hagues raconta que l'empereur, courant de toute la rapidité de son cheval contre une bêle fauve, était tombé, s'était brisé le cou, et qu'il avait trouvé la mort dans cette chute.

On crut, dans le premier moment, à l'exactitude de ce récit ; mais Liathprand affirme que le jeune Hugues, exempt plus tard de toute crainte, et peut-être pour acquérir des droits aux faveurs de Bé« rengerqui, au bruit de la mort de Lambert, s'était rendu à Pavie et s'y était fait proclamer roi de toute la Lombardie, donna à Bérenger loi-même d'autres détails sur cet événement.

Voici ce que Liuthprand et d'autres auteurs après lui, racontent à ce sujet * .

Lambert, fatigué de la chasse, s'était couché à terre pour prendre un peu de repos et de sommeil. Hugues se trouvait seul auprès de son jenne souverain. Oubliant toutes les bontés dont Lambert l'avait comblé, ne se souvenant que de la mort violente de son père et des cruels traitements infligés à sa famille, le fils de Maginfredo se saisit d'un b&ton et en frappa violemment à la nuque l'empereur endormi.

Le vieux et crédule Landolphe raconte, de son cêté, que Hugues, au lieu d'un bâton, se servit d'une grande épine pour donner la mort i son bienfaiteur. Il ajoute que cet événement eut lieu, non dans les environs de la viUa de JUarengo^ mais dans le territoire de Modène, près d'un lieu qui, depuis, reçut le nom de Spina-Lamberii, et que f on nomme aujourd'hui par altération Spilamberto.

Si le nom Spilamberto n'a pas d'autre origine connue que celle que lui a façonnée le bon Landolphe, nous pensons qu'elle est encore à trouver.

Certes, Hugues étant à la chasse, aurait pu, pour consommer son abominable dessein, faire usage de toute autre arme que d'une grande épine; mais il lui importait de ne point laisser de trace sanglante de l'attentat, et la blessure nécessairement faite, soit par là grande épine f,

* TsEBiy tome I*^ page 114.

soit par toute arme à tranchaot ou à pointe^ aurait iémoigoé coatre son récit qui, d*abord, laissa chacuo coDvaîaeu que Lambert s'était rompu le cou en tombaut de cheval.

Quant au lieu de révéoemeot, l'erreur de Laiidolphe neiis paraU manifeste.

Les décrets de Lambert, en date des derniers joues de septembre, sent expédiés de Mtarmgo : tout tend à établir que ce prince périt dans les premiâfs jcMirs d'octobre, et qu'il luèitait encore cette résidence, comme i'alGrme Liuthprand, quand il fut assassiné.

Il est à remarquer^ qu'à dater de la mort de Lambert, le non de Hugues ne peratt plus dans les annales de Tbistoire, si ce n'est toutefois sou& la plume du bon Landolpbe.

Cet écrivain raconte, qu'aussitôt après le meurtre de l'empereur, Hugues, montant sur le cheval de sa victime ( sans doute, obsene iroDiquement GiulîDi, parce qu'il valait mieuique le sien), se serait porté précipitamment à Milan^ dont il aurait» de concert avec Tarchevéque, fait relever les murs d'enceinte ruinés par Lambert.

Nous avons dit déjà que cette destruction des nmrs de Milan, par le fils de Guy, n'eut lieu que dans la crédule imagination de Landolphe.

Pour ce qui est du s(M*t de Hugues après la consommation de son •crime , de judicieux historiens pensent que Bérenger ne put voir que il'on mauvais cûl un jeune homme , meurtrier de son roi et de soo hieafaiteur, et que, condamné à une existence obscure et o<d)liée, Hugues perdit toutes les faveurs et les charges qu'il devait aux bontés de Lambert. On voit , en effet , bientôt après un comte de MUan, «otre que le fils de Maginfredo , figurer dans les chartes de celte épeipie. Sigifredo ou Sigefrtdo * était revêtu de cette dignité peu de temps ai^ès la réunion des deux couromies de Lombardie sur la tète de Bérenger.

De tout temps les gouvernements nouveaux ont eu une tendance marquée à détruire » ou, pour le moins , à jeter à l'écart les destructeurs des régimes qu'ils ont remplacés. Cet instinct de nature, sigualé par Tacite , se retrouve dans la conduite de Bérenger à l'égard de l'assassin de son rival en puissance. Quelquefois vengeur salutaire de

' On lit dans Miratori, Ann, d'It., tome Y, page 223, anno 901 : c( En ce temps-là » Sigefredo était comte du palais et comte de Uilan, ainsi quM » résulte d'un placita teuu par ce seigneur à Milan dans la cour ducale. »

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