‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 91 sur 137 · LIVRE U. — GOàPITM III · texte numérisé non relu

LIVRE U. — GOàPITM III

la morale outragée » mais bien plus souvent triste ifispiratioo de la peur, de l'égoïsme et de Tiogratitude, ce même instinct s'est fait de DOS jours ttu des axiomes de la politique.

Bérenger ne resta pas longtemps paisible possesseur de la couronna de Lombardie.

Une nouvelle horde d'aventuriers » d'origine tartare , venus de la Scythie \ et désignés sous le nom de Hongrois , s'étaient emparés de la Pannonie qui , depuis cette époque , a pris le nom de Hongrie.

La Bulgarie» la Moldavie et la Carinlhie avaient successivement subi leurs dévastations.

Amolphe ^ dans sa guerre contre Zuintebold , avait dû t pour réduire ce dangereux ennemi , recourir au secours non moins dangereux, de Wratiélas^ duc de Pologne, et de Cosu/a, duc de Hongrie ^ . €et empereur , en reconnaissance des services rendus par les Hon-> grois^ en cette occasion, leur avait abandonné la Transylvanie. Bientôt ces peuples barbares se ruèrent comme un torrent débordé sur toute l'Allemagne. L'art des sièges leur était inconnu aussi bien que le dbmbat de pied ferme; maniant l'arc avec une admirable dextérité , ils n'avaient pour armes que des dards et des haches ; ils chargeaient l'ennemi et se dispersaient aussitôt après, frappant et disparaissant comme la foudre ; toujours à cheval, même dans les haltes, même en tenant conseil. Leur tête était rasée, leur air sombre el leur bouche taciturne. On ne voyait leurs regards farouches s'animer, on n'entendait leurs voix que dans la mêlée des batailles. Leurs femmes n'étaient ni moins intrépides, ni moins féroces : partout l'effroi précédait ces barbares^, partout ils laissaient, pour traces de leur passage , du sang et des ruines.

Après avoir épuisé l'Allemagne, ces nouveaux envahisseurs fondent sur lltalie ; sans s'inquiéter des places fortes qu'ils laissent sur leurs derrières , ila dirigent vers Pavie leur course menaçante.

Bérenger, à l'approche du péril , se hâte de réunir une armée qui, grâce à l'assistance de l'archevêque de Milan * , est bientôt sur uu pied formidable ; il se porte vivement à la rencontre des Hongrois ,

■ a Ex horreodà ScyUiarum generem origine duceDS.»(RBGiN., R$r, Ital,, tome !!•

article 2.)

* FcTFKCD., Hiit, de Vuniv,, tome Y, Htro 5, chapitres,

* Rbgin., anno 889. — Liutuprand, lib. 5, cap. 5.

* GicuNi, lib. 9. — MuRATORi, anao 889.

100 DBUXlâlIB ÉPOQD£.

et les surprend près de YAdda , aa moment où ib le croyaient encore bien éloigné d'eux.

A cette apparition inattendue , les barbares désespèrent de pouvoir lutter avec avantage contre Farméelombarde, trois fob plus nombreuse que leurs bandes sauvages. Ils battent en retraite , ou platAt ils fuient en désordre , et traversent pendant la nuit TAdda dont les flots en engloutissent un grand nombre , tant leur fuite est tumultueuse et précipitée. Bérenger les poursuit à outrance jusqu'à la Brenta. Dans cette extrémité, les Hongrois envoient des émissaires au roi de Lombardie pour traiter de la paix. Ils proposent de rendre tous les prisonniers tombés en leurs mains , de s'engager à ne plos remettre les pieds dans la péninsule « et de donner leurs enfants pour otages , demandant seulement qu'il leur soit loisible de rentrer sains et saufs en Hongrie.

Bérenger qu'enhardit le succès de son entreprise , repousse toute proposition d'accommodement. Ce prince , dit Muratori , ne savait probablement pas le proverbe :

« A NBHICO CHE FUGGB, FAG'U I PONTI D* ORO.

» Fais des ponts d'or à V ennemi qui fuit * • »

Le retour des envoyés et la réponse dont ils sont porteurs jettent la stupeur et la désolation dans le camp des barbares ; tout espoir de salut leur est enlevé ; leurs femmes, leurs enfants vont devenir comme eux la proie d'un inflexible vainqueur. Dans ces moments extrêmes le désespoir a des inspirations qui semblent dominer le sort et mattriser la fortune.

Una salus victis^ nullam sperare salulem.

« Vaincre ou mourir ! » Tel est le cri suprême de ces hordes réduites aux abois.

Tandis que les Lombards se livrent sans aucune appréhension de danger , à la joie des festins, que leurs groupes épars et délivrés du poids de leurs armes , font résonner l'air de leurs chants joyeux , que leurs coupes se remplissent et se vident à la ronde , et que de spiritueuses liqueurs joignent à l'euivrant espoir de l'infaillible victoire qui les attend, Une exaltation dangereuse, les barbares, comme une mer qui a brisé ses digues, se précipitent avec fureur au milieu de leurs fêtes ; de bachiques refraips retentissent au loin egcore , que

* MvaATORi, Ann, d'iu, tome Y, page 218, aono 900.

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