‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 92 sur 137 · LIVBB II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVBB II. — CHAPITRE II

déjà le saog nÛBselIe dans une partie du camp des chrétiens ; aux chants succède un long cri de destruction et d'épouvante. Tout fuit en désordre et sans armes ; les Hongrois s'attachent aux pas des fuyards qui jonchent la terre de leurs morts. Ce n'est pas un combat, c'est uo carnage * .

Cette victoiresi complète, si inattendue et qui coûte la vie à plusieurs milliers d'Italiens , livre la Lombardie aux barbares ; leur férocité et leur orgueil s'accroissent de l'éminence des périls que leur audace a conjurés , et de la terreur mortelle qui pour eux a précédé le triomphe ^.

Les villes, les églises, les couvents sont dévastés et pillés. Des comtes f des évoques , parmi lesquels on cite l'opulent Luitward de Yercelli, cet ancien favori de Charles le Gros, sont dépouillés de leurs richesses et mis à mort.

Gorgés de sang , chargés de trésors et de rapines , les Hongrois retournent l'année suivante chez eux , formant de nouveaux projets d'invasion dans cette belle Lombardie dont la route leur est enCn connue.

Un désastre arrive rarement seul, il en entraîne d'autres à la suite. Qu'un malheur déflore une couronne; que la main de l'adversité frappe une fois seulement à la porte d'un roi, l'ingratitude et la sédition sont là pour y heurter aussitôt après.

L'inconstance des Italiens trouve un aliment nouveau dans la défaite de Bérenger. Cet esprit de versatilité eût fait peut-être, à la vérité, que vainqueur ou vaincu , le roi de Lombardie aurait à son retour rencontré la révolte sur ses pas ; mais vainqueur, il l'eût étouffée; vaincu, il fut moins fort qu'elle.

Pendant cette malheureuse expédition de Bérenger contre les Hongrois , des prélats , des seigneurs avaient fomenté une sédition nouvelle et conspiré la ruine du roi de Lombardie. Parmi les princi* paox factieux figurent Sigifredo qui lui devait le comté de Milan, et le gendre même du roi, Àdalbert, marquis d'Yvrée '.

Profitant de son absence et de la confusion qu'ont amenée ses revers, les conjurés appellent à Pavie le roi de Provence et de la basse

* MuRATORi, Ann. SU,» tome Y, page 218.

' GlUUNl.

' Adalbeit était Tépoui deGniSLA ou Gisklls, fiUedeBérenser.

Brargogae, Xonut, fils de BO0OB, et petite par n flièrev de l'onpereur Louis U. Le jeune roi le hlte 4e pasior les Âlfes à leur foîx, et recoU dèi fon arrivée dans la eafitaki, la owo—e da Loakaidie, sana qu'aucun serviteur ou aneieu ami de Béreoger preuuela dèfeiise de son mettre absent.

▲bandomé de toutes parts^ Béreuger, dsttt «u bien petit nombre de fid^es suit la DMuvaise fortune , n'a d'autre parti à pmndre , dans le premier moment, qde de s'eufermer à Yépeiie; mais là , la défection appauvrit encore les rangs si clair-semés de ses partisans. Son jeune rival l'y poursuit , l'en chasse et l'oblige à chercher un nouveao refuge en Bavière, auprès de Loiuiê IV ^. . Louis lY était un eafuit de sept ans *. A la mort de soa père Amolphe , quelques seigneurs et évèques de la Germanie l'avaient proclamé roi et empereur des Romains, et cette espèce de dièie avait écrit au pcqpe :

< Nous avens élu tout d'une voii le fib de notre seigneur, biea » que très-jeune; nous avons voulu conserver l'ancienne oauÉBme, » suivant laquelle les rois des Francs sont toujours de la mène a face. »

Borne voulut bien reconnaître dans Louis lY le roi de Gannaaie, nitts non un successeur de Charlemagne à Tempire. Ujomt était lasse de voir des Marcomans , des Gattes , des bAtaids , prendre le titre à* Auguste. On s'y indigna, on ne put qu'y sourire de pitié quand vint la nouvelle que, sur les Ixmls du Mein, dans un village barbare nommé Fcurkeim ou Forckeinif le iïà d'un bâtard , un enfant avait été proclamé empereur des Eanaaîns, titre que Gbarlemagne, ses descendants et Amolphe lui-même, étaient venus diereher sur les bords du Tibre et sous les ddmes sacrés de Saint-Pierre*

Le fils deBoson met à profit ces dispositions hostiles dn pontife de Borne à l'égard de la cour de Trêves.

Guy, duc de ^letti, et à peine roi de Lombardie, a osé ceindre le diadème impérial; pourquoi, lui, rot de Pro%ence, de Bourgogne et de Lombardie; lui, le fib de Boson et d'Hernseogarde; lui , le peUt-fiis de l'empereur Louis II, n'aspirerait-il pas au même honneur ?

' MuRATORi, tome Y, page 323.

* PuFVBND., Hti(. mmiv., lome V, livrea, cap. % «boo 900.

LIYU U. *- CHàMIBl II. lOB

Louis de ProvencQ s'en va donc trouver à Ikome le aucoeaseor de

JeanIX... B^naU i F occupait le sainlrMége Saiiakéâter, et nu

doute pour braver la cour d'AUenagae, camoiedéià an de aea prédécesseurs Favait fait en proclamant Guf empereur, malgré la dédaioa de la di^ de Tribur» Benoit IV» en dépit cette fois du récent résultat de la réunion de Fourkeim, poae lacouranne des Césars sur le front do. fila d'Heoneuflarde ^

liattipraod raconte qu'après son aacre le nouvel empereur visita la Lombardie, et qu'ayant parcouru toute» les^ovinces de son nouveau royaume. U lui prit envie de voir aussi la Toscane. Adalbert II en était le duc : Berthe, sa femme, Berthe, Torgaeilleuse fiUede Waldrade, avait entouré d'éclat cette petite cour dueirie » foyer d'élégance et d'iotctgues. Tout y fut disposé cette fois pour faire un brillant accueil aa nouvel empereur. Les troupes toscane», dit toujours Liuthprand , réunlea sur le passage de Louis, furent si în^osantes par leur nombre et la ricbesie de leur tenue; princea A comrtisana déployèrent pour cette solennité tant de luxe» tant de magnificence et de pompe, que Lûttla de Provence laissa « dana un entretien confidentiel avec ses Camiliers, échapper ces mots qui, bientftt divulgués et mal oommen tés, devinrent pour lui une fatale imprudence :

« Cet Adalbert devrait plutât prendre le titre de rai que celui de » duc; car il ne lui manque rien de ce que j'ai, si ce n'est le nom de » roi ou d'amper^tir. »

Ce propos fut partout redit : Adalbert et sa femme crurent y entre*voir un txait d'envie et peut-être d'ironie et de blâme. C'en fut assez pour l'esprit ombrageux de Berthe; ses intrigues fomentèrent bientét une formidable insurrection contre le jeune empereur.

Adalbert II et Sigef redo , comte du palais et de Milan , que noua venons de voir tous deux parmi les principaux fauteurs de la révolte contre Bérenger, se proclament les chefs de la réaction nouvelle.

La Lombardie est bientôt en feu ; l'ancien rival de Guy et de Lambert , rappelé par un parti puissant , se montre eu face de l'ennemi qui, une première fois déjà, l'a dépossédé * .

Louis avait fait venir en grande hâte des renforts de Bourgogne et de Provence ; la lutte s'engage» vive, sanglante, acharnée ; elle étend ses dévastations sur les belles coutrées lombardes. Partout retentissent

' Le 12 février de l'année 901, d'après Muratori et Giulioi. ^ McRATORi, Ann. d*Ital,, aono 903.

des cris de guerre ; partout brillent le fer des combattants et les flammes de l'incendie ; on prend et on reprend des places ; on dispute pied à pied le terrain des champs de bataille ; chaque parti a ses alternatives de triomphe et de revers.

Mais tous les périls du fils de Boson ne sont pas dans la bravoure des soldats de Bérenger ; certes de tout temps les guerriers de Bourgogne et de Provence furent de taille à se mesurer avec les peuples les plus intrépides de la terre; mais Berthe» par de sourdes intrigues plus difficiles à combattre que des cohortes bardées de fer ; Berthe ^ Tàme et le foyer de cette collision sanglante, a soufflé l'esprit de défection dans les rangs impériaux. L'armée de Bérenger se grossit de tout ce qui déserte le camp de Louis. Réduit à ce que le fer des corn* bats a épargné de ses braves Bourguignons et Provençaux , abandonné de ses partisans d'Italie, le fils de Boson est à la veille de tomber aux mains de son rival ; mais Bérenger le laisse librement repasser les Alpes, après toutefois avoir exigé de lui le serment de ne plus retourner dans la péninsule ^

Resté seul mattre de la Lombardie , avec l'assentiment de la cour de Trêves qui, du reste pour le moment, eût été peu en mesure de lui en disputer la possession, Bérenger cherchée réparer les maux de la guerre dans ses États. Son cœur généreux couvre du voile de l'oubli tous les torts de ceux qui causèrent ses disgrâces ; sa sage administration ramène l'union et le calme parmi ses sujets. Un moment la Lombardie respire ; mais l'horizon, à peine éclairci, se charge de nouveaux nuages; Bérenger, au milieu de ses travaux de restauration sociale, est atteint par une grave maladie ^. Louis de Provence, à cette nouvelle , oublie le serment qui , l'année précédente , a désarmé le ressentiment de son vainqueur ; il rassemble en toute hâte des troupes nombreuses qu'il conduit au delà des Alpes ; il s'empare de Pavie, que Bérenger, miné par la souffrance , n'a pu lui disputer, et il marche sur Vérone où s'est réfugié son rival. La trahison lui ouvre les portes de cette place ; Bérenger n'a que le temps de fuir, et va cacher sa tète mise à prix, dans une retraite ignorée qui échappe à toutes les recherches de son ardent compétiteur.

Le jeune empereur se félicitait du succès de son parjure et se repo* sait de ses fatigues, quand le bruit de la mort de son rival vint com-

* HuRATORi, Ann. «f/f., tome Y, pages 224 et suivantes.

* IfuiATORi, ibid,, anDO 904.

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