LIVBB II. — CHAPITRE II
manique était alors en des mains que paralysaient les mêmes obstades» les mêmes causes qui avaient dépossédé du sceptre lombard les successeurs français de Gharlemagne. Des Carlovingiens régnaient à Trèyes comme en France, et l'heure de la décadence et de la ruine avait sonné pour cette dynastie au delà du Rhin aussi bien que sur les bords de la Loire et de la Seine. La Germanie avait ses princes médiocres et ses rois enfants, comme la France ses Louis le Bègue et ses Charles le Simple ; elle avait son envahissante féodalité, ses Zuintebold, son éruption des Hongrois, comme la France avait ses Eudes, ses Boson, ses Sarrasins et ses Normands. Aussi la fin du ix' siècle vit-elle l'Italie d'abord ardemment convoitée, puis négligée, puis oubliée et même dédaignée par les princes germains, comme elle l'avait été naguère par les rois carlovingiens de France. Enfin le nord de la péninsule, cédant à l'instinct général de fractionnement qui travaillait l'Europe, voulut, lui aussi, dans les dernières années de ce siècle, vivre de sa propre vie ; il essaya , usa et ne tarda pas à abuser de sa nationalité lombarde.
Maintenant s'ouvre le x* siècle , que Muratori appelle secolo di ferrOf et qui, comme le dit Giulini, fut le plus funeste de tous ceux que r histoire d'Italie ait à enregistrer dans ses annales. Les calamités vont grandir et se propager dans cette période nouvelle , plus peutêtre pour la Lombardie que pour le reste de la péninsule.
Le cadre que nous nous sommes tracé ne comprend qu'une portion da X* siècle : nous ne soulèverons donc qu'un coin du sombre voile qui l'enveloppe.
GHÂFITREIO.
Ëiat de la France à la mort d'Eudes. —Alphonse III en Espagne.— Alfred le Grand en Angleterre. — Le pape Sergius. — Marosie. — Jean X. — Théodora. — Noo- Yelles eicnrsions Ae barbares. — L'Italie se eonne ioigoiirs db^natiplosde forteresses. — Le {irince de Bénérent oontet ks M ores* -^ 11 dentide teiecoan de Léon, empereur d'Orient. — Jean X imploreaussi l'aide defiéren|er. — Le roi de Lombardie se rend à Kome et y est proclamé empereur. — Il assi^ les Mores dans leurs retraites. — Attaque désespérée des "barbares. — Gonplète Tidoire de Bérenger. — Berthectsen fils Gvj prisonaiers de Béraa^. — >3foUeiBaMlédc Berthe. -— Leur délivrance. — Jugement de LiuUipmid sur Bectbe oantndilpir Muratori.
Eudes en rendant au fils de Louis le Bègue te tr6ne de mi pères, s'était, comme nous l'avons vu, fait une lai^e part.
A la mort d'Eudes (898), l'Aquitaine , la Neustne et nue partie de la Bourgogne avaient reconnu Charles pour leur roi : honneur qui, sous ce faible monarque, se réduisit en un stérile homnuige^e la paît de quelques grands devenus dans leurs gouvernements ou royautés héréditaires , plus maîtres que celui qui s'appelait roi de France.
Tandis que la race de Gharlemagne donnait le triste spectacle d'une puissance qui s'écroule et d'une famille dégénérée qui s'éteint, Alphonse III dans la péninsule hispanique» et Alfred en Angleterre, réhabilitaient l'honneur des rois , et conquéraient tons les deui, par un long et glorieux règne, le surnom de Grande sanctionné depuis pour l'un comme pour l'autre par la postérité.
Pourquoi faut-il qu'Alphonse III, après quarante-six ans d'un règne de sagesse et de lumières, ait imité (910) le pernicieux exemple donné par Charlemagne en partageant ses États entre ses deux fils ! Précédent suivi par ses successeurs et qui devint funeste à VEspagne.
uvRB n. — CHAPms m. 111
La même anuée qui tK mourir le |^pe Jean TJi ' fut marquée pour l'ÂDgleterre par la mort d'Alfred le Grand. Rome perdit en lui un ami zélé ««tant que généreux «1 magniâque. Alfred mourut asscE tAt pour n'être pas témoin des tristes scandales jetés au monde du haut du trêne poi^âcal : spectacle honteux q«i peut-être eAt altéré, sinon la foi religieuse , du moins le respectueux dévouement de œ grvnd prince pour les 'souverakis ponMesu Toiïttfois il est à remarquer que , durant cetle longue période de désordre et de confusion où des froDte déshonorés osèrent ceindre It tiare, le brait confus des sectes senMa s'apaiser, et la toix des liérésies setiit ^MMnme pour ne pas susciter de trop grandes épreuves à PËf^ise si tristement travaillée au fond de ses pro]Nre8 entrailles. Chose étrange ! jamais le respect des peuples, des rois et du clergé pour le saint-siége ne fut plus grand qu'en ces temps malheureux où le bercail de la chrétienté fut confié à d'indignes pasteurs ' !.. Le secret de cette puissance indestructible ne pourrait s'expliquer si on le cherchait dans des oombinaisons terrestres et des caknls favmains.
Benati /F, qui eut à peine le temps 4'acquérir des droits à la vénération et aux regrets de la chrétienté, légua ' le «iége de Rome è Léon V que renversa TambitieiHc Ckrwiophe après deux mois de pontificat, et qui expia dans un cachot, où il mourut, l'honneur d'avoir occupé le stége des pontifes. Six mois après ^, l'usurpateur était A son tour dépossédé par Ser^m^ oe prêtre turbulent, rival audacieux de Jean IX, 4t, dont sept ans d'exil n'avaient fait qu'irriter l'ambition. Si l'on en croit Liuthprand, MurMie^ fille du marquis ou duc Adalbert ^ dont la cour avait «ervi d'asile à Sergius ; Marosie, devenue si célèbre par sa beauté, le déiéf^ement de ses mceurs et son habileté dans les nSàires, aurait été d'un grand secours à ee prêtre proscrit pour s'établir sur la chaire de Rome.
Cette femme, selon le même historien, n'aurait fait en donnant la couronne pontificale à Sergius, que couronner un amant aussi débauché qu'elle, et poser les bases de sa propre puissance dans la capitale de la chrétienté.
' EnMO.
' Eut. de VÈgl., par B. B., tome V, livre 28, page 1.
' Année 903.
^ Année 904.
* Fille du premier lit.
112 DEUXIÈME iPOQOB.
Muratori repousse ces imputations comme injustes; il cite Frodoard, écrivain contemporain de Liuthprand, et oppose Topinion du premier de ces historiens aux récits injurieux de l'écrivain lombard qu'il accuse de légèreté, de passion, et surtout de cette jalousie qui fait de Favilissement des grands noms le triomphe et la joie des esprik médiocres.
Nous croyons que Sergins ne manqua pas de quelques grandes qualités comme prince ; mais à nos yeux, comme pour Jean X, attaqué aussi bientôt après par Liutbprand , le blÀme d'être monté au trône pontifical avec le concours d'une femme intrigante et justement décriée, pèse sur sa mémoire. Une honteuse soudure accole pour jamais aux noms de Sergius et de Jean X, les noms flétris de Marosie et de Théodora ^
Il est triste d'avoir à marquer de cet impur stigmate le front d'un des pontifes les plus remarquables qui aient ceint la couronne de saint Pierre. Il ne suffit pas de se montrer habile et grand une fois au pouvoir, il faut, pour que la gloire soit pure , que la source de la puissance l'ait été , et qu'aucun des échelons foulés pour atteindre le faite, n'ait gardé ou laissé l'empreinte d'une souillure.
Jetons un coup d'œil sur l'état où se trouvait l'Italie avant la consécration de Jean X.
La Lombardie, oubliée par la France , par la Germanie , par Constantinople, vivait, depuis quelque temps, paisible et prospère sous la sage administration de Bérenger. La pditique de ce prince avait purgé l'Italie de la présence des Hongrois ; mais sa trop grande prévoyance alimentait ces hordes dangereuses * le long de la frontière nordique de ses États, et les montrait, comme une menace toujours vivante, à ses grands vassaux et à son armée elle-même dont il suspectait la fidélité.
' Plusieurs auteurs disent que Théodora était la sœur cadette de Marosie. D'après Liuthprand et Muratori, Marosie était fille de Théodora *.
' « Terùm quia Berengarius finniter siios milites habere fiddes moD polenti • amicos sibi Huugaros dob mediocriter effecerat. » (Ltotiip., Hi$l*t lib. 2, cap. 2.)
* Lnnv., ITmC, lib. 2, dia|)itre 13. — Moiat., jinii. d^IuU.^ tome V, page Wl, anno 914.
Cet derniers historiens reconnaiMent Marosie comme fille d^Adalbert de Toscane.
Or, nous voyons Théodora pousser par ses intrigoes Jean X an trône pontifical , du TÎnat éf Berti e, femme d'Adalbcrt
Celte Théodora peut avoir été la soeor de Marosie, mab certes elle oe fnl point sa mère, i rnsim tontefois qu'épouse da premier Ht d'Adalbert, die n^ait divorcé avec ce prince qui, do vivant des pronière femme, aorait épousé la fille de Waldrade.