‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 95 sur 137 · LIVRE n. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE n. — CHAPITRE III

Tandis que les contrées septentrionales de la péninsule , tremblantes au souvenir des dévastations exercées par les barbares du Nord, étaient ainsi tenues en respect par la vue de ces nuages amoncelés et toujours près d'éclater à son horizon, le centre de lltalie et les approches de Rome étaient incessamment livrés à la fureur des Mores.

Les Hongrois et les Sarrasins , guerriers nomades, sans discipline, marchant sans ordre, dédaignant la gloire, évitant autant que possible les batailles en rase campagne, pénétrant au cœur des pays les plus abrités par la nature, n'y cherchaient que le pillage et se dérobaient par la rapidité de leurs chevaux à la poursuite de l'ennemi en cas d'in* succès : terribles dans leur triomphe, ils ne laissaient plus à ceux qui désespéraient de les combattre corps à corps et de les exterminer, d'autre ressource contre leurs attaques furieuses que de solides et infranchissables remparts. Plus que jamais on sentit dans ces temps de crise le besoin d'enceintes bastionnées , derrière lesquelles , à la première alarme, les familles et les richesses mobilières pussent trouver un abri.

La Lombardie, moins harcelée que les provinces méridionales par les Sarrasins, mais plus rapprochée des Hongrois du côté du Nord» ne se montra pas moins empressée que le reste de la péninsule de pourvoir h sa sûreté en se couvrant de murailles crénelées et de châteaux forts. Tandis que le royaume de Bérenger complétait ce système de défense pour son territoire, en présence des Hongrois qui, immohiles sur sa frontière, semblaient attendre un signal de l'intérieur pour se mouvoir et attaquer, les Mores , campés sur les bords du Garigliano, l'œil constamment ouvert sur les contrées qui les avoi- Binaient , portaient la sape et le feu partout où commençaient à s'élever ces refuges tutélaires.

Àténolphe I'% prince de Bénévent et de Gapoue, tenta vainement de repousser et de réduire ces barbares. Un jour ayant fait établir un pont de bateaux à Traghetto^ il traverse le Garigliano et attaque vivement les Mores qu'il met en déroute complète ; l'ennemi, secouru par des habitants de Gaëte, se reforme dans ses lignes, reprend l'offensive et se jette à l'improviste, pendant la nuit, sur le camp dea chrétiens dont il fait un grand carnage ; mais les troupes d'Âténolphe se rallient près du pont et tiennent tête aux assaillants avec une vigueur telle que les Sarrasins retournent en toute h&te vers leurs retranchements^.

* Lbo Ostien818,11]). 2, cap. 80, cité par Mcr., Ann. d'It., t.V, p. 23S, anno 909.

114 BEGXliMI ÉPOQeR.

La guerre eoBUmaa ; le prince de Béné^ent, se sentant trop faible pour la soutenir seul, songea a invoquer quelque puissant secours.

Le roi 4e Lonterdio eût été peut-être en mesure de faire revivre pour toute ntaliele» beanx tempsde Louis II; maia Aténoli^avsit été loBgtempa régal de Bérenger, et il répugnait à son orgueil d*iDvoquer

cette protection • Quelque vernis de générosité et de désîntàres-

aeaent qu'on emprunte pour rendre un service, trop souvent on sTen f&fe par rabaissement et la confusion de l'obligé. A cette époque on la force tenait lien de tout, et où la féodalité enlaçait de se» réseaux de fer le faible et Topprîmé dont elle se constituflit la protectrice, ' demander Faide d'un grand, c'était e» quelque sorte fiiire acte de vasselage, et le prince de Bénévent ne voulait pas se coastHuer le vmal «k l'ancien duc de FriouK

Un reeoui» au roi de France eût sans doute moins blessé Ymitri)le susceptibilité de Landolphe ; mais, noua venons de le voir, In France, à force d'avoir dea rois, n'en avait aucun; la Germfittie avait eu trop à se plaindre de Rome lors de l'élévation au trône inqiérjal de Louia I¥, pour que la péninsule , dans an aussi grand péril, oaàt recourir à la cour de Trêves, que, du reste, la mort d'Amolphe et la grande jeunesse de son successeur avaient jetée dans bien des embarras»

Léarn^ le Pkilcmphê occupait le tréne d'Orient. Aténolphe tourne les yeux vers ce monarque et lui envoie un de se» fils.

Léon, séduit par l'espoir bien suranné et toujours déçu de relever en Italie la puissance de Gonstantinople ^ accueille le jeune prince avec de grandes protestations d'amitié et de brillantes promesaes de secours ^

Aténolphe mourut l'année suivante * ; son fila Landolphe revînt de Gonstantinople tout glorienx d'en rapporter le ti tre defotrice en échange de l'hommage qu'il avait fait à la cour d'Orient de la souveraineté de ses États '. La mort de Léon, qui suivit de près celle du prince de Bénévent, vint ajourner l'accomplissement des promesse» que cet empereur avait prodiguées à Landolphe. Les Mores continuèrent donc à désoler impunément la malheureuse Italie; et pendant quelques

■ Lbo OsTiBNSis, Chron., livre 1, cap. 52. ' HuRATORi, tome Y, page 242, anno 910. * Jbid,, page 2f5, anno 911.

UVR& ÏU — CaUPITUK III. 115

amiM» «k lit l» papea eiurmémes laisser la péainsiile en proie aux plus affreux désastresi sans songer à plaider, auprès des puissants de la teae, la cause de la chrétienté. Sergius étant mort, Landon lui succéda ; vptès Landon Tient Anoâtase IIL Ce pape qui, comme son prédéceiBeiir,i ne laisse aucune trace de son passage au trône pontifical, fait place enfin à l'archevêque de Ravennea qui« à l'exemple de Sergius, qnittantt contrairement aux lois et aux règlements canoniqutt^ aoa siège épiscopal, et, poussé sur le trône de saint Pierre par ks intrigues d'une femme impodique, s'est rendu célèbre sous le nom de Jean X.

Moua avons dit que selon Liuthprand et plusieurs historiens après lui, Jean X n'aurait eu pour atteindre à ce faite des grandeurs de rÈgliae , d'autre titre qu'une figure remarquablement belle et un cammerce criminel avec Théodora^ sa protectrice.

Jean X^ aurait été au contraire, selon Muratori, qui ne nie pas du reste la source honteuse de son élévation, un homme d'une grande tme, d'ua esprit élevé et d'un grand courage. Le panégyriste de Bérenger va plus loin; il représente Jean X comme un pontife plein de sagiesscy de lumières et fort attaché à ses devoirs.

Parmi ces qujdités attribuées au successeur d'Anastase III, il en est que l'impartialité de l'histoire ne saurait lui refuser, tout en laissant à sa mémoire la souillure de son entrée au pouvoir pontifical par dea moyens honteux.

Grandeur de vues, sagesse dans le gouvernement de l'Église, fermeté et constance dans l'accomplissement de ses desseins : telles furent les incontestables qualités de ce pontife célèbre, qui ne mérita ni un bUme sans réserve, ni des éloges exclusifs, ni surtout les malheurs qui flétrirent ses dernières années.

S'inspirant du glorieux exemple de Léon IV, Jean X^ à peine parvenu au pouvoir, conçoit le projet de détruire les hordes musuU mânes qui infestent l'Italie. En même temps que ses ambassadeurs vont rappeler à la cour de Constant! nople les promesses de secours faites au fils d'Aténolphe, et assistent à l'armement d'une flotte qui doit lui venir en aide dans le golfe de Gaëte, Fhabile pontife envoie des émissaires avec de riches présents à Bérenger, pour obtenir son puissant concours dans cette grande entreprise. Soit que ce prince fût arrêté par le» frais que pouvait entraîner une telle expédition S soit

' IfciLàToai, tome Y, page 251, aono 915.

qu'il voulût mettreuD haut prix à la coopération qu'on lui demandait, Bérenger répondit aux envoyés du pape : « Que ne vous adresKz* » vous à votre empereur Louis ! » En effet, le fils de Boson, bien que réduit par son dernier désastre à ses seules possessions de Bourgc^De et de Provence, continuait, lui chétif , lui pauvre aveugle, à porter le vain titre d'empereur. Jean X comprit la pensée du roi de Lombardie , et aussitôt il montra la couronne, impériale à l'ambitieux monarque ' . Bérenger, à ce signal qu'il attendait , rassemble ses troupes; à leur tète il se rend à Rome et y fait une entrée triomphale.

Une nouvelle heureuse précède sa venue, comme un fortuné pré* sage pour les succès belliqueux qui l'attendent. Une flotte nombreuse, équipée par les Arabes qui occupaient la Sicile, et faisant voile vers les rivages d'Italie pour secourir sans doute leurs compagnons campée dans la péninsule, venait d'être assaillie par une tempête qui l'avait dispersée et détruite ^.

Quand on sut à Rome, dit le poëte panégyriste de Bérenger ^ que le roi de Lombardie approchait de la grande cité, le sénat, le peuple et les écoles de toutes les nations qui se trouvaient à Rome, Grecs, Saxons, Français et autres, se portèrent à la rencontre du monarque, bannières et enseignes déployées... Tous chantaient les louanges de Bérenger dans leur langue nationale.

Les jeunes nobles romains fermaient cet imposant cortège ; parmi tu% on remarquait Pietro, frère du pape et le fils du consul Teofilano. Ces jeunes hommes, après avoir baisé les pieds du roi, le complimenlèrent au nom de la cité.

Jean X, revêtu de ses habits pontificaux et entouré de son clergé, attendait, sur les degrés du péristyle de Saint-Pierre, le prince qui, au milieu d'un immense concours de monde, arrivait sur une belle baquenée blanche que lui avait envoyée le pontife.

Bérenger mit pied à terre, et pendant qu'il montait les marches du

* Dona duci (BereDgario) miuit, sacris advecta minisuia Qao memor eitremi tribuat sua jura diei RomaDis, fauvet Ausonias quo Numica terras. Imperii sumpturus eo pro munere sertum

Bolus et occiduo Ccsar Yocitandiis io orbe.

(ApoKTB.y in PuHêg. Bergm§'^ Ub. 4.)

* Chron. arabie,, article S , cité par Hcratobi, Ânn. dit., tome Y, page 25S.

* Anontm., tn Paneg. Bennr., lib* 4.

LlVnB n. — CHAPTTBB III. 117

saint temple, le pape Jean X se leva do siège ou il était assis et s'avança vers le prince; tons deux, le front radieux de satisfaction, se tendirent cordialement la main et se donnèrent l'accolade de bienvenue aux acclamations joyeuses de la foule.

Les portes de la basilique restaient fermées; elles ne s'ouvrirent qu'après que Bérenger eût promis par serment de confirmer, quand il aurait ceint la couronne impériale, toutes les donations en biens/ en États, en puissance que le saint-siége tenait de la munificence des anciens empereurs ses prédécesseurs et ancêtres * .

Quand vint le grand jour du couronnement , le pape et le roi de Lombardie , salués sur leur passage par les bruyants vivat d'un immense concours de peuple, se rendirent à la basilique du Vatican.

Le , Bérenger reçut l'onction sainte , fut proclamé empereur des Romains , et Jean X posa sur son front une couronne d'or enrichie de pierres précieuses. Le clergé et le peuple chantèrent des hymnes en actions de grâces. Puis , on intima silence , et on lut à haute voix le diplôme par lequel le nouvel Âugtute confirmait à l'Eglise romaine

et à ses souverains pontifes les donations souscrites en leur faveur

' Selon le panég3nri8te , cette entrée soleanelle aurait ea Heu le samedi saint, etia couronnement de Bérenger, comme empereur, le jour de Pâques, en l'année 916.

Huratori s'attache à prouver * que ce monarque reçut la couronne impériale le jour de Noël de l'année 915. Il appuie cette opinion sur d'assez solides arguments; mais resterait alors k expliquer comment une aussi grave erreur a pu prendre place dans an panég^frique dont l'auteur parait avoir été contemporain de Bérenger, ou au moins avoir vécu peu de temps après la mort de cet empereur, peut-être sous le règne de son petit-fils , comme serait tenté de l'admettre Muratori.

Yoici ce que dit cet historien (tome Y, page 254, anno 916) : .

« Adrien de Valais^ qui fut le premier à tirer des ténèhres ce poëme historique, » précieux fragment d'un siècle obscur, a pensé que l'auteur était contemporain de 9 Bérenger; mais en présence de si graves erreurs sur des faits importants que le > poëte aurait dû mieux connaître, puisqu'il se montre lui-même vieux à la fin de » son enivre qu'U termine an couronnement , laissant i d'autres le soin de raconter 9 le reste de la vie de Bérenger.

» Et po$t itnperii diadema resumitê laudes.

» Je ne saurais me persuader que ce poëme ait été composé du vivant de Bérenger. 9 II paraîtrait toutefois peu vraisemblable qu'après la mort de l'empereur, quel- 9 qu'un ait entrepris une aussi longue et pénible tAche. Cependant il n'est pas hors 9 de possibilité que le marquis dTvrée, devenu plus tard lui-même roi d'Italie, ait 9 pris soin de faire honorer, par ce panégyrique, la mémoire de l'empereur son 9 aïeul. » Nous ajouterons que la mort peut avoir arrêté le poëte au milieu de son œuvre.

* Tome V, «nno 016, 921, 924, pages 2S4, 268 et soivantcs, et 271.

119 BSUXIÈMB ÉPOQUE.

par les empereurs précédents , avec menace de châtiment contre quiconque trouMerffit les fuccesseiu's de saint Pierre dans la jouissance de ces dons.

Grande fut la munificence de Bérenger dans la distribution de ses présents en armes , ornements , costumes , couronnes d'or et joyaux de tous genres. Le pape , le clergé , les troupes » le sénat , toutes les églises de Rome eurent leur part de ces largesses. Des pièces d*or et d'orgeat furent jetées avec profusion au peuple réuni dans la basilique de Saint-Pierre , dans les rues et sur les places publiques '.

Jean X^ au milieu de ces pompes et de ces fêtes, n'oubliait pas quel prix il sMÂi mis à la couronne impériale qu'un descendant de Charlemagoe était venu prendre de sa main. Par ses soins et tandis que s'accomplissait la grande fonction du couronnement, la flotte greque montrait soa pavillon le long des rivages d'Italie, prête à combattre tout ce qui tenterait de porter secours aux bandes de Sarrasins campées sur les bords du Garigliano. Les princes de Bénévent, de Gaëte et de Naples, émus à la voix du pontife ^ appelaient leurs peuples aux atraes* Albéric , marquis de Gamerino , accourait à la tête de nombreuses troupes pour renforcer cette puissante ligue. Le nouvel empereur t jaloux de just^r lecAoûv du pape et de mériter l'honneur qu'il venait de recevoir, se bette de prendre le commandement de cette armée.

Bérenger twïBe ses troupes e» deux camps et bloque étroitement les Sarrasins dans leur repaire fortifié el réputé inaecessiMe ; tontes les issues, tous les abords sont interceptés, coupés ; an bout de trois mois de blocus, la famine réduit les Mores à la dernière extrémité. Le» barbares n'écoutent pins que le désespoir ; leur» retraites et le riche bufin qu'ils y entassaient depuis longtemps deviennent ta proie d'un incendie que leurs mains ont allumé ; puis, en masse et tête baissée, ils se jettent au miKeu des chrétiens, espérant enfoncer leurs rangs par ce choc impétueux , et trouver leur telut dans des montagnes voisines couvertes d'épaisses forêts. Mais, moins heureux que les Hongrois sur les bords de la Brenta , les Mores sont reçus et poursuivis avec vigueur par les troupes de Bérenger ; pas un seul n'échappe au glaive ou aux fers des chrétiens.

La joie fut grande à Rome et dans toute l'Italie quand vint la nou-

• Antiq, italic,, disserl. 3, page 108. MrRATORi.

LITRE II. — GOàPriBK m. lâd

veHe de cet heureux résultat. BéreDger partagea la croire de cette briUaiite expédition a^ec le pape Jean X qm, non content de l'avoir conçue et d'en avoir babUement fNréparé le succès voulut y assister eo personne pour encourager k» troupes par sa présence.

Cet exemple, contraire aux maximes de TÈglise, ne fut que trop imité dans la suite par d'autres pontifes» qni n'eurent pas toujours à invoquer un aussi noble but pour justifier leur présence au milieu de ces sanglantes luttes où se décimaient les peuples.

Béreoger retourna triomphant à Pavie. Soigneux de réparer les

. maux de la gu^re, qui trouvaient leur compensation dans la gloire

récemment acquise à la Lombardie, il dut aussi, pour maintenir le

calme dans ces belles contrées, tenir l'œil ouvert sur les princes ses

vassaux dont il n'avait que trop éprouvé i'inquièle versatilité.

L'année qui suivit sa victoire sur les Sarrasins vit mourir un prince qui fut un des plus puissants moteurs des ses revers et de sa restauration sur le trône d'Italie.

La mort d'Adalbert II ^, duc et marquis de Toscane, souche de la fameuse maison à* Este, délivra le nouvel empereur d'un de ces hommes dont ramitié sans lendemain et la haine plus durable sont également à redouter.

Adalberi laissa à sa femme Berthe trois enfants, Gtty ^9 Lambert^ et la trop fameuse Bmnengarde qui, peu de temps avant la mort de son père, avait épousé Adalbert, marquis d'Yvrée, veuf de Ghûla on GiuUe^ fille, comme nous l'avons dit, de l'empereur Béreoger.

Il est difficile de suivre année par année l'histoire de ces temps obscurs. On ne puise qu^avec peine dans une source gui ne cotde pas tmgours '* Qoeûpiefois les événements font défaut. Est-^ïe oubli ou oniasioB de la part des historiens, 00 est-ce plut6t cette heureuse lacnne d'incidents qui se rencontre porfeis dans les repos » rares que fambitioD et la folie des hommes accordent aux peuples? Parfois aussi nous rencontrons dans cette histoire de violentes collisions, dont les causes et le début se cachent sous le voile mystérieux de ces temps

* MuRATORi, anno 917.

' Selon Liuthprand, Guy *, sans doute en sa qualité de fils afné, fut reconnu marquis de Toscane par le roi de Lombardie. ' FrédâgairEi continuateur de Grégoire de Tours.

* LiVTW., Xiêt.^ fib. 3, drap. %f.

FUiu$«jus Wido a Berengario rege marehio fWtritlêCQ comstUuiiw,

\}tO \ MUXliMB ÉPOQCB.

-reculés. Ainsi Liuthprand nous montre, deux ans après la mort d'Àdalbert II, son jeune fils, Guy de Toscane et Berthe sa Yeuye, rébam prisonniers par l'empereur Bérenger à Mantaue * .

Pourquoi cette rupture? quels revers purent jeter en captivité le fils et la veuve du fier Adalbert de Toscane? Miiratori lui-même l'ignore. La cause nous échappe, mais les suites en sont connues; elles furent glorieuses pour Berthe. C'est un noble et imposant spectacle, en effet, que de voir cette princesse telle que nous la montrât les liistoriens d'Italie, puisant de nouvelles forces dans l'excès de son infortune, commandant du fond de sa prison la fidélité à ses troopes» et donnant l'exemple de la constance et du courage aux gouvemear» de ses villes de Toscane. Désespérant de réduire un pays si noblement gardé à ses mattres absents et dans les fers, Bérenger se vit contraint, après une longue et vaine attente, de rendre la liberté à Berthe et i aon fils.

La plume envenimée mais cette fois véridique de Liuthprand ternit un peu l'éclat de cette belle page historique, rare monnment d'honneur et de fidélité, et l'explique aux dépens de la verta de Berthe dont il fait une autre Marosie, tant pour soo ambition qae pour le dérèglement de ses mœurs*. Muratori accuse cette fois encore Liuthprand de médisance, et fait observer qu'à cette éfMMiue Berthe avait soixante ans. Nous devons faire remarquer, pour être juste, que Liuthprand ne dit pas que la fille de Waldrade -ait attendu ses douze lustres pour se faire des fidèles. Au reste, ce dérèglement de mœurs reproché à Berthe n'est aujourd'hui mis en doute par aucun historien.

Quand on veut ramener à l'époque de la simplicité , de la fras* «chise et des bonnes mœurs , on dit encore en Italie : Al tempo cAtf JBerta/Uava (au temps que Berthe filait )... Mais le simple, et b<m peuple ne se doute pas que , par cette expression proverbiale, il ne se fait que l'écho d'une amère ironie digne de Liuthprand '.

' AnDée919.

' « Berta autem, Adalberti uxor, cum Widone filio post mariti obitom non fictt est mlnor quam Tir suus potenli». Quam tum calliditate et muneribus, tAm liymenci eiercitio dulcis, DonDullos sibi fidèles cffecerat. Undè cootigit, ut dùn paulo post à Berengario simul cum filio caperetur, et Mantue in custodiâ teoeretur, m sed firmiter teouerit , eamque poslmodum de cuslodià simnl cum filio libeiiirit. n^juTHpRAND, Biêt,, lib. 9y cap. 15. — Muratori, tome Y, page 960, anaoMaO

* Biogr, univ.f publiée par îf ichaud, art. Berthe^

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