‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 96 sur 137 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Repos de l'Italie. « Noayelles trames contre Bérenger. « Appel de ce prince aux Hongrois. — Rodolphe de Bourgogne proclamé roi de Lombardie. — Bataille de Flortnxiiola. — Bérenger a de nouveau rtcours aux Hongrois. — Mort de ce prince. — Destruction de Pavie et châtiment des meurtriers de l'empereur. -» Conflit d'ambitions rivales. — Nouvelle crise de désordres en Lombardie. — État delà Germanie, de Constantinople et de la France. — Rodolphe s'empare une seconde fois de la Lombardie. ^ Influence d'Hermengarde. — Tout semble sourire à cette nouvelle royauté .

n y eut un moment de repos presque absolu en Italie» après l'éclatante victoire de Bérenger sur les bords du Garigliano. A peine quelques querelles entre princes voisins et quelques rares invasions tentées par les Mores de Sicile que refoulaient dans leur repaire les princes de Capoue et de Bénévent, venaient réveiller l'esprit guerrier de la péninsule. Le plus grave conflit qu'aient enregistré les annales d'Italie, pendant cette courte période de calme , est le combat qu'eurent à soutenir * les Gapouans et les Bénéventins contre VrsiUo ou OrseolOf général grec, qui perdit dans cette lutte la victoire et la vie *• Les vainqueurs s'emparèrent de la PouillOt qui resta pendant sept ans en leur pouvoir '.

La Lombardie eut sa part de ce salutaire repos, sous le sceptre de

' Aano921.

* Lupus Pbotospata, m chronie., tome Y, Her. Italie,, Anno 9^,int$riU VnUeo Stratigo tfi prœlio de A$eulo, même aprilis, et apprehmdit Pandulfum Àpuleo. On doit lire, d'après l'observation motivée de Camilluê Pêllegrinuê, et adoptée par Murâtou, Landulfus Apuliam et non Pandulfum Apuleo.

Muratori» pas plus que Luptu Protospata et Tannotateur CamiUus PélUgrinuM qu'il cite, et que nous avons consultés, ne fait mention des causes qui amenèrent ces coUisiona entre les Grecs et le Bénévent. On se rappelle qu'il y a peu d'années ce duché avait recomiu pour maîtres les empereurs de Constantinople.

* LiuTHPAAin), In Ugationihuts cité par H uratori, anno 921, tome T^ page 264« JVtfic^eifi Landolfum septennio poteitative Apuliam iibi $ubjuga$$$.

122 IIED3L1ËMB JÉPOQUB.

Bérenger, dont l'or et la politique continaaient à garantir ses États de la désastreuse visite des Hongrois. Ces barbares ravageaient la Moravie, la Bohème, la Styrie, le pays des Dalmates et des Bulgares, en attendant que le roi de Lombardie, poussé à bout par l'envie et l'ingratitude, ennemis souvent plus dangereux que la plus formidable armée, rompit enfin lui-même la digue qu'il avait opposée si longtemps aux flots de cette multitude avide prête à tout envahir.

Aucun prince ne connut plus que Bérenger la bonne et la mauvaise fortune. Les revers n'avaient jamaia abattu sa coasUmca : la victoire et les grandeurs humaines n'avaient pas davantage attéré les nobles qualités de son àme. Personne' ne poussa plus loin que lui la démence et l'oubli des injures.

Bérenger, depuis trente-trois ans, était roi de Lomriiardîe; il portait depuis sept ans le titre d'empereur, lorsque quelques grands que fatiguaient sa longue et glorieuse prospérité, la tranquillité de l'Italie sous son règne, et peut-être même le souvenir des bienfaits dont il les avait comblés, vinrent lui préparer de nouvelles traverses. Leur inquiète jeteosie parvînt i lui susciter un nouveau md daos la personne de Rodolphe il, roi de la Bourgogne Inii8|urane, dont l'autorité a'élMdail )UM|ue snr la Suisse, la Savoie el d'antrescoetrées voWqcb de la Lenkardie. L tt mariage avec £ariAe,fiUede Mwrcard doc de Smim % cvaitvalu k Bodolphe cette angHieDUtmii depuisunce ifoif ainsi que eei« se voit toiQoan , a'anrait iatl que cfenner ph» d'eaor à son ambition ^ .

' ItfuRATORi» tome T, page 265. Les auteurs de VArt de vérifier Us data dootent que Bertke, épouse ée Rodolplw If, fâl mllemeDt 1* Bile ée Bweurd {% AH); ma îlsuefiiDipiBCOMMltresBVfaelsMotife ils se fo»deoi y^w m pu partager «n sentiment adopté par tous les historiens. A ce propos, nous croyons devoir faire remarquer que cette reine Berthe, douée des plus précieuses et des plus rares Tertos* Isîsss ttve mémoire ténérée qui n'est pas effacée encore dtos la Suisse ramané9. Il est des historiens qui pensent que le dicton proverbial, pour rappeler un âge d'or. du temps que Berthe filait, se rapporte à l'épouse de Rodolphe plutAt qu'à la fifle de WaMrade.

* Un écrirain moderne a commis l'étrange erreur de désigner Rodolplie eemim fits de Bérenger et comme son héritier naturel.

DANDtLUS (Ber, Uaîie., tome XIT, page 199} dit, par emtir, foe ce Rodolphe était fils ô.eRicardoy qu'il qualifie de duc de Bourgogne. Selon les historiens les mieui renseignés, Rodolphe éiai! , comme nous l'avons dit, fils de Rodolphe !•% duc de U Bonrgognc transjurane, petit-fils de Conrad et pctit-neven du fmneni Eudes. Tel cri aussi l'avis du président Hénoult et de Zurlauben, qux Va développé dansuniné* moire inséré au Becueil de l'Académie des inscriptions, 36, 142. On retrome la même opinion dans la Biographie universelle t publiée pat MIHiaué, article Rodolphe II

UVRB 1I« -^ CHAVmE IV. 123

Admlbert, morquig d'Yvrée, veuf de la fiUe de Temperear; Olderie 00 Od$lric , camte du paiais « et un autre seigneur trèi-puisgant , nommé Gilbert^ comUé e<»mne eux de» bienfaits de Bérenger, furent tes principaux artisans de cette trame. A la têie des conjurés se trouTait aussi le nouvel archevêque de Milan, Lambert^ k qui l'on n'attribue d'antre sujet de mécontentement que d'avoir été contraint, selon l'usage abusif et condamnable de ce temps^à, d'acheter le consentement de l'empereur pour prendre possession du siège épiscopal, au mayeB d'abondantes largesset dont les crfBciers du palaî» furent les seub à profiter.

Béren^er, sur quelques soupçons, fit arrêter Olderie, qu'il confia à la garde de l'arebevôque Lambert, eu attendant que justice fût faite du eoupidrie : ta eompUeité du prélat se cachait encore dans l'ombre ; les chefs conjurés seuls la connaissaient. Peu de jours après l'arrestitioii d'Olderie, de» émissaires impériaux portent l'ordre à l'archevêque de resKttre le prisonnier entre leurs mains.

Lambert répond à ce message que tout évêque <|ui livrerait à la justice séculière un malheureux condamné à mort^ agirait contre les lois canoniques et mériterail de perdre l'épiscopat. 11 refuse d'obtempérer à l'ordre qui lui est intimé; le prélat factieux fait plus encore, il favorise l'évasion secrète d'Olderic, sana s'inquiéter du re»sentimest de Bérenger.

Les coojtnrés n'ayant phit rien à ménager après un tel éclat , pressent avee de nouvelles ioslaiicel Bodolphe de se rendre en Italie. En attendant que leur royal allié réponde à cet appel, ils réunissent hors partisans sur les montagnes voisines de Breseia.

Deux ehefi de Hongrois, nommés Dwioe eiBugat, se trouvaient à celte époque s«r les frontières de la Lombardie. Bérenger qui entretenait, conmw nova l'avons vu , de secrètes intelligences avec ses barbares, croit le OHimenl venu d'invoquer leur funeste assistance. Sur un signal du roi de Lombardie , ces hordes sauvages franchissent la frontière t pénètrent dans le pays lombard , et Bérenger les jette sur tes rebelles comme on lécherait aux arènes une bête féroce contre unu victime dévouée à la mort.

En un moment le refuge des révoltés est envahi, dévasté et inondé de sang. Olderie se fait tuer en combattant avec vaillance. Le marquis Adalbert, plus rusé que brave et perdant tout espoir de se sauver les armes à la main, se dépouille de ses riches vêtements, preivi les

124 racxiÉiiB ipoQCK.

simples habits d'un soldat, se mêle à la foule des prisounlers et demands à être coudait dans un château appdé Càkinaia , où ses parents , quoique pauvres , dit-il , trouveront les moyens de le rach^. Là, en effet , un de ses soldats qu'il y rencontre , obtient à vil prix «t rançon.

Gilbert, moins heureux, est reconnu par un des chefs; on le maU traite, on le dépouille d'une partie de ses vêtements, et il est conduit dans un état de nudité presque complète devant Bérenger. Le comte rebelle se prosterne aux pieds de l'empereur dans une posture qae son misérable accoutrement rend ridiculement indécente et qui provoque la bruyante hilarité des courtisans ' . La clémence de Bérenger ne se dément même pas à l'égard d'un des hommes qui ont le plus abusé de ses bontés ; il pardonne à Gilbert , lui fait donner des habits couve* nables et lui rend la liberté :

« Je n'exige de toi aucun serment, » lui dit-il, « les serments sont de » faibles liens pour les cœurs que ne peuvent retenir dans le devoir » l'honneur et la reconnaissance ; mais je te voue à la justice de Dieu )» si tu viens encore à me trahir. »

Peu de temps après, Rodolphe, sur les instances réitérées d'Adalbert et de Gilbert lui-même, passait les Alpes et venait à la tête d'une puissante armée, disputer à Bérenger la couronne de Lombardie.

Débordé par la faction ennemie , Bérenger dut une fois encore chercher un refuge à Vérone. Rodolphe fit son entrée triomphale i Pavie, où il fut proclamé roi des Lombards par les plus puissants des rebelles.

Il restait à Bérenger son duché de Frioul dont la fidélité ne Ini avait jamais failli aux mauvais jours. Ce monarque rassemble * ses loyaux serviteurs et marche vers Pavie pour tenter la fortune des comiMts. Rodolphe vole à sa rencontre ; les deux armées qu'anime une égale ardeur, se trouvent en présence à Fwrenzuola^ entre Plaisance et le bourg de Sat^Donino.

C'était le 29 juillet. •• Un combat acharné s'engage entre les deux partis ; le sang coule en abondance dans cette lutte où , comme dans toute guerre civile, les frères combattent contre les. frères, et les pères contre les enfants.

' McEATORi, Ànn. d^lL, lome Y.

* Anno 923.

L1VRB n. — CHAPITRE IV. 125

Aeer avus Mwm parât eeee n$poH,

Siemendu» par etun '

Un fik d'Adalbert dTf rée et de Ghisla ou Giselle, fille de l'empereur, combattait dans les rangs des ennemis de son aïeul dont il portait le nom : cette citation semble lui être applicable.

Les deux prétendants se montrent dignes , par le courage qu'ils déploient dans le combat » de commander à de si valeureuses troupes.

Rodolphe y après des prodiges de bravoure , est contraint ou fait mine de céder à la tenace impétuosité des soldats de Bérenger ; ses troupes débordées de toutes parts » prennent la fuite ; les impériaux se mettent à les poursuivre k outrance , en poussant des cris de victoire ; mais la face du combat change tout à coup. Tout porte à croire que cette fuite fut une ruse de guerre pour entraîner l'ennemi hors de ses lignes et l'attaquer après , dans l'abandon d'une poursuite d'autant plus désordonnée que la victoire ne paraissait pas douteuse.

En effet, le comte Baniface^ qui avait épousé Gualdrade*, sœur de Rodolphe » et le comte Gariard , autre seigneur puissant , s'étaient pendant toute la bataille tenus à l'écart hors de la vue de l'ennemi et k la tète d'une forte réserve.

Quand la déroute vraie ou simulée des troupes de Rodolphe eut entraîné sur les pas des fuyards les soldats de Bérenger, et porté le désordre de la poursuite dans les rangs des vainqueurs , les deux généraux bourguignons sortirent de leur retraite, et, se précipitant sur l'ennemi , changèrent brusquement sa victoire en une fuite désastreuse. Gariard fit prisonniers tous ceux qui jetaient les armes à ses pieds, mais Boniface donna ordre de tout massacrer impitoyablement '.

Bérenger ayant perdu ses plus braves troupes dans ce désastre , se retira à Vérone : La victoire fut, du reste, si chèrement achetée par

■ Pakégtr. dt Bèreoger. « Li, l'aïeul irrité inédite la mort de son petît-flls qui lui-même s'apprête à immoler son aïeul. »

> OuWaldrade.

* « Jam Rodulphi poenè omnes milites fugerant, et Berengarii dato Victoria signo eolligere spolia satagebant; quum Boniflicius atque Gariardus subito ex insidiis properantes, bos tanto levius quanto inopinatius sauciabant. » (Lhjtbpbamd.) Notre Tersion diffère peu de celle de Liutbprand. Huratori ajoute : « Gariardo accettava chiunque se gli rendeva prigione ; Bonifazio a niuno dava quartiere. » {Annale d*lu^ tome y, page 299, ann. 923.)

Bodolphe, que ce prioee diik retouraer ea Bam^agne pour y recruter des renforts.

Une seconde fois FempereBr &aX fe tort tnptfdoBMdik it*«f oqner le secoQfSide» Hmgrai».

Que ne brisa-t-U plutÀtee aeeptrest k^gteaiB eisîgloricQsemeDt porté 1 L'abtBdûD Yolontaîie d'uae puksaBce d«tti il A'avail isé (fue pour assurei te lepos el le bmhei» de YUaM, biei^ts qui ne lai «ment laki ea relMir que l'envie et l'iagratibide, aarait attiré le respect sur fai rettaile et to der^re» année» de ce noble descendant de Gbarlemagne ; tandis que ce fatal recouis aux barboKS ternit réelat d'une belle vie ciuî touchait k sa fin, et servit dans le temps, sinon de jHSIîficatiou,. dm moins de préteile à l'odieniL attentat dont ce prince fut victime.

A la voii de Bérenger» un corps considérable de Hongrois conduis par SdAardp leur chef , fondit de nouveau sur le nord de la péainsute et courut mettre le siège devant Pavie ^ .

Vérone eHe-nÊnae fut ébranlée dans sa fidélité ({uand elle vit son loî confier la défense de sa cause à d'aussi indignes auoûUaireSy à des païens féroces et indiscipUnéSt aussi redoutables comme alliés qp/è comme ennemis. Les factieux profitent de cette faute du BODarque po«r porter à son comble Texaspéiation des esprits ; des pensées de meurtre et de régicide finisent par se faire jour à travers les plaintes, trop fondées cette fois^ des fauteurs de désordres ; et ce fut un habitant de Vérone» un noUe nonmié FlauU^eri, qui se fit le Iftche instr»meal de leur implacable baine.

La mort de l'empereur fut décidée. Flambert, dont Béreoger avait tenu le filft sur les fonts baptismaux, Flambertosa se chaîner de porter le coup... Ainsi est faite la condition des hommes! Trop souvent la main qui s'arme dn poignard étre%nit jadis, en sigjue de gratitude, la main bienfaitrice de celui qu'elle frappe.

L'empereur prévenu du complot, et imperturbable dans sa sérénité comme dans sa clémence, fait venir le coupable, lui représente avec bonté l'infamie d'un crime qui outrage tons les sentiments et qui rompt les liens les plus respectés parmi les hommes. Puis, lui offrant un vase d'or : «Acceptes^,» dit-il, a cette coupe : qu'elle soit entre nous » le gage de f oubli de votre faute et de votre retour k la vertu. Vons

' £n féyrier 924.

» «fex déjà reçu de moi \àm des fateon^ reodeai-^vous digne d*en » reeevoîr denouyeHe». Votre emperettr se souvîefldra toajo»» qu'il » est k parrain de fotre fils. »

Le coeur s'éaieiit à la peasée (|iie cette magnanhnité, que ce noble bagage ne firent qu'irriter le remotineat de riofàme qui avait juré la perte de son bienbîteur.

La démence accroît la baiae quand die ne la désarme pas.

La même nuit *, le coeur satisfait^ et plus confiant que jamais dan» les effet» de sa bonté inépuisable, Bérenger p au lieu de se renfermer dans son paldat alla coucher sana garde, selon son habitude, dans un petit paviUoo de aon jardin, non loin d^uie église où sa piété le condaîsait à minuit pour assister aux ofltees.

An son de la dodie qui appeUe anx prières nocturnes, l'empereur se lère et s'adieminesevil fers le saiftt Beu ; le brutt innsité de quelques pas fortifs fient le tirer de sa pieuse rêverie ; il écoute, et son r^ard aperçoit dnna l'ombre des hommes s'approebant en silence ; bientôt le monarque evoîl reconnaître Flambert parmi eux, Flambert qu'il a aimé, qu'il aime, qu'il a comblé de biens ; Flambert dont il a le inatin même couvert l'odieuse faute sous le voile d'une sublime clémence: calme, sana soupçon, il l'appdle pour s'assurer que c'est bien loi, le père de son filleul, qui vient le chercher dans sa retraite ; Uentét n'en doutant plus, « Flambert, » lui dît-il en lui tendant la main, « quel motif t'amène à cette heure auprès de ton roi, de ton » ami? »

Flambert s'approebant sans répondre, écarte tout à coup la main que loi tend Bérenger, et plonge un poignard dan« le sein de son bienfaite^ : l'infortuné monarque se sentant frappé, pousse un cri moins de douleur peut-être que de surprise, il chanceBe, il tombe ; les autres conjurés se jettent sur la royale victime et l'achèvent à coups d'épée.

Telle fut la tristefin d'un prince dont le règne de plusd'un tiers de siècle opposa une puissante digue à l'esprit d'anarchie qui , se hissant sur son cadavre et promenant sa face hideuse sur toute la péninsule italique, s'empara de cette ère déplorable que Muratori appelle aécoJi» ai ferrOf seeole pieno i inimité.

' LiuTBP., JETiit., lib. % cap. 8 et suiv. — Ucratori, Ann. d'IU, tome Y, p. 270. — GnjUMi, tome II, anno 924.

Ce fut une grande et belle vie que la vie de Bérenger, si traversée de misères et de gloire, de bonheur et d'adversités ; toujours noble et calme à travers les périls et les complots semés sur ses pas ; toujours rayonnante de piété en face des débordements de Borne elle-même; toujours sublime de clémence au milieu des plus noires ingratitudes.

On a blâmé amèrement ce prince d'avoir appelé d'indignes auxiliaires. Nous avons, nous aussi, exprimé le regret de rencontrer cette triste page dans l'histoire d'un tel monarque ; disons-le toutefois, ou plutôt rappelons qu'en Espagne, en France, en Italie» en Germanie, plusieurs princes de la chrétienté avaient avant lui commis la même faute. Funeste exemple que Bérenger suivit peut-être dans la prévision que les maux préparés h l'Italie par la versatilité et l'inquiète ambition des grands, dépasseraient ceux qu'on pouvait redouter de la part des Hongrois qu'il se flattait de pouvoir diriger et contenir.

La mort de ce prince fut pleurée. Liuthprand raconte * que de son temps on montrait devant Une église, à Vérone, une pierre qu'on disait teinte du sang de Bérenger, et que rien encore n'avait pu effacer cette tache.

Le temps, tét ou tard, fait disparaître ces traces de folie et de crime sur nos places, sur les dalles et les seuils épouvantés des édifice» publics ; mais Thistoire est là, et son burin austère a d'impérissables stigmates pour le meurtre et la trahison... Quelquefois on voit chei un peuple des monuments élevés par une génération repentante en expiation d'un grand crime, brisés par la génération qui vient après, comme importuns, comme accusateurs d'un passé qu'on ose ne plus déplorer... Hommes insensés ! que n'effacent-ils le crime en effaçant les traces du repentir ! Mais le crime reste, il reste pour jamab cloué au pilori de l'inflexible histoire, et leur stupide brutalité ne fatt qu'imposer à l'historien la triste tÂche d'enregistrer deux crimes de plus, la profanation et l'appel à de nouveaux attentats !

Le meurtre de Bérenger fut suivi d'une terrible et prompte vengeance ; ce prince avait élevé à sa cour un jeune seigneqr qu'il affectionnait, nommé Milan, et à qui l'histoire donne le titre de comte de Vérone. On dit que si l'empereur eût écouté les sages avis de ce serviteur dévoué, cette illustre vie n'aurait pas été aussi imprudemment livrée aux poignards des assassins ; mais il est des hommes pour qui

■ biJTBP., Hi$t., Ub. % cap. 20.

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